Témoignages de Gazaouis : La survie qui s’organise au jour le jour dans l’enfer de Gaza – partie 713 / 20.06 – Les conditions de vie continuent de s’effondrer à Gaza

Brigitte Challande, 25 juin 2026. À la marge de la survie, Gaza face à la faim, au déplacement et à l’effondrement des conditions de vie. Abu Amir nous envoie le compte rendu des actions de l’UJFP à la mi-juin.

« La nuit à Gaza ne ressemble plus à la nuit, et les matinées n’ont plus cette signification simple avec laquelle les gens avaient l’habitude de commencer leurs journées. Ici, dans une ville accablée par la guerre et épuisée par des pertes accumulées, les habitants se réveillent chaque jour avec une seule question qui revient sans cesse : comment continuer un jour de plus ? Comment une famille qui a perdu sa maison, sa source de revenus et son sentiment de sécurité peut-elle poursuivre sa vie au milieu de tant de souffrances ?

À Gaza, la tragédie n’est plus une nouvelle passagère ni une scène temporaire ; elle est devenue une réalité quotidienne que les habitants vivent dans tous ses détails les plus durs. Des enfants cherchent de l’eau comme d’autres cherchent des jouets. Des mères passent de longues heures à réfléchir à la manière de préparer un repas simple pour leur famille. Des pères sont épuisés par leurs tentatives incessantes de trouver une opportunité leur permettant de protéger leurs proches de la faim et du besoin. Ici, les grands rêves ont cédé la place aux exigences de la survie, et la priorité est désormais de garantir la nourriture, l’eau et un abri avant toute autre chose. La guerre a provoqué des transformations profondes dans tous les aspects de la vie dans la bande de Gaza. Les villes qui étaient autrefois animées par l’activité commerciale et économique ont perdu une grande partie de leur dynamisme. Les quartiers résidentiels qui abritaient la vie quotidienne de la population ont subi d’importants dégâts, tandis que des centaines de milliers de familles se sont retrouvées contraintes de fuir et de chercher des lieux plus sûrs dans des conditions extrêmement difficiles.

Les effets de la crise ne se sont pas arrêtés aux destructions matérielles ; ils se sont étendus à l’ensemble de la structure économique. Le secteur industriel a subi de lourdes pertes en raison de l’arrêt des usines et des ateliers de production, privant ainsi des milliers de travailleurs de leurs sources de revenus. Le secteur commercial a également été paralysé par le ralentissement de l’activité économique et les difficultés d’approvisionnement en biens et produits essentiels. Le secteur agricole, qui constituait l’une des principales sources de sécurité alimentaire pour les habitants de Gaza, a lui aussi été durement frappé. De vastes surfaces agricoles ont été endommagées et la production des cultures a fortement diminué, ce qui a eu un impact direct sur la disponibilité des denrées alimentaires et sur leurs prix sur les marchés locaux.

Dans ce contexte économique complexe, les taux de chômage ont atteint des niveaux sans précédent. Des milliers de familles qui dépendaient du travail journalier ou d’emplois privés ont perdu totalement leurs revenus et se trouvent désormais incapables de répondre à leurs besoins essentiels. Avec la prolongation de la crise, les maigres économies dont disposaient de nombreuses familles se sont progressivement épuisées, plongeant de larges segments de la société dans une situation de dépendance à l’aide humanitaire. Avec la baisse du pouvoir d’achat et l’effondrement des sources de revenus, l’aide humanitaire est devenue la principale bouée de sauvetage pour une grande partie de la population. Elle est plus un élément essentiel dont dépendent les habitants pour satisfaire leurs besoins quotidiens en nourriture, en eau et en produits de première nécessité.

Le visage de la vie quotidienne a profondément changé. Aujourd’hui, ce ne sont plus les marchés, les lieux de travail ou les établissements scolaires qui dominent le paysage, mais les longues files d’attente devant les points de distribution d’aide, les centres alimentaires communautaires et les citernes d’eau. Les habitants passent de longues heures à attendre dans l’espoir d’obtenir ce qui leur permettra de traverser une nouvelle journée de souffrance. Dans ces files d’attente, toutes les catégories de la société se retrouvent côte à côte. Employés, ouvriers, commerçants, enseignants et chefs de famille font désormais face aux mêmes défis et cherchent les mêmes moyens pour satisfaire leurs besoins fondamentaux.

Ces conditions ont également eu de profondes répercussions sur la santé psychologique et sociale de la population. L’inquiétude constante concernant la nourriture, le logement et l’avenir pèse sur toutes les générations. Beaucoup vivent sous une pression quotidienne accumulée, alimentée par le déplacement, la perte de stabilité et les difficultés à répondre aux besoins essentiels. Les enfants figurent parmi les groupes les plus touchés par ces circonstances. Beaucoup ont été privés d’une scolarité régulière et de la possibilité de vivre une enfance normale.

Face à ces immenses défis humanitaires, les initiatives de secours et les actions communautaires ont joué un rôle essentiel dans l’atténuation de la crise et dans la fourniture de diverses formes de soutien à la population. Parmi ces initiatives, le travail mené par les équipes de l’UJFP en collaboration avec l’organisation POD dans les camps et les différentes zones de déplacement. Ces efforts ne se limitent pas à la distribution de nourriture ou à l’assistance matérielle ; ils reposent sur une vision humanitaire globale visant à protéger les personnes et à préserver leur dignité dans des circonstances extrêmement difficiles. L’UJFP a compris très tôt que la fourniture de nourriture était devenue une priorité absolue pour des dizaines de milliers de familles. C’est dans ce contexte qu’est née l’idée de créer des cuisines communautaires et des centres alimentaires fonctionnant quotidiennement afin de fournir des repas chauds aux déplacés et aux familles les plus vulnérables.

La préparation des repas commence plusieurs heures avant l’arrivée des bénéficiaires. Les équipes évaluent les besoins quotidiens, s’efforcent de réunir les produits alimentaires disponibles, puis lancent les opérations de préparation, de cuisson et de conditionnement selon des procédures organisées visant à servir le plus grand nombre possible de bénéficiaires. L’importance de ces repas ne réside pas uniquement dans leur valeur nutritionnelle ; elle va bien au-delà et englobe des dimensions humaines et sociales plus larges. Les équipes s’efforcent également d’organiser les distributions de manière à respecter la dignité des bénéficiaires et à réduire leurs souffrances pendant l’attente, dans le but de créer un environnement plus humain malgré les circonstances exceptionnelles auxquelles la population est confrontée.

Ces efforts constituent un modèle d’action humanitaire fondé sur un partenariat direct avec la communauté locale. Les besoins des habitants sont écoutés attentivement, et les interventions sont adaptées en permanence à l’évolution de la réalité dans les camps et les zones de déplacement. Malgré les défis considérables auxquels est confronté le travail humanitaire — notamment la limitation des ressources, les difficultés d’accès à certaines zones et l’augmentation constante du nombre de personnes dans le besoin — les équipes poursuivent leur mission quotidienne.

Ce que vit aujourd’hui la bande de Gaza dépasse largement le cadre d’une crise humanitaire temporaire. Il s’agit d’une réalité complexe qui affecte tous les aspects de la vie économique, sociale et humaine. Entre les rangées de tentes, les longues files d’attente et les besoins croissants, les habitants continuent de chercher des moyens de résister et de poursuivre leur existence. Au cœur de cette situation difficile, les initiatives humanitaires demeurent l’un des principaux outils de protection sociale, non seulement parce qu’elles fournissent de la nourriture, mais aussi parce qu’elles contribuent à préserver la cohésion sociale et à renforcer la capacité des personnes à faire face à des conditions extrêmement dures.

Aujourd’hui, Gaza n’est pas simplement une ville confrontée à une crise ; c’est toute une société qui tente de préserver ce qui reste des fondements de la vie. Une société confrontée à d’immenses défis, mais qui continue malgré tout de s’accrocher à l’espoir, à la volonté et à la persévérance. Au milieu de toutes ces difficultés, l’action humanitaire reste un pont reliant les habitants à la vie, ainsi qu’une dernière ligne de défense protégeant la dignité humaine dans l’une des périodes les plus difficiles que la bande de Gaza ait jamais traversées. »

Photos et vidéos des distributions de repas aux familles de : Khan Younis / Deir al-Balah. Photos et vidéos des programmes éducatifs ICI.


Retrouvez l’ensemble des témoignages d’Abu Amir et Marsel :

*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l’Union Juive Française pour la Paix.
*Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l’enfance.
Tous les deux sont soutenus par l’UJFP en France.

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* Témoignages du 20 novembre 2023 au 5 janvier 2025 (partie 1 à 268)
* Témoignages du 5 janvier au 9 mai 2025 (partie 269 à 392)
* Témoignages du 10 mai au 5 octobre 2025 (partie 393 à 540)
* Témoignages du 6 octobre au 31 décembre 2025 (partie 541 à 614)
Pour participer à la collecte "Urgence Guerre à Gaza" : HelloAsso.com
Les témoignages sont publiés sur UJFP / Altermidi / Le Poing