Témoignages de Gazaouis : La survie qui s’organise au jour le jour dans l’enfer de Gaza – partie 712 / 19.06 – Se protéger des nuisibles / Entre les pressions et l’espoir

Brigitte Challande, 21 juin 2026.– Comptes-rendus de deux ateliers de soutien psychologique pour les femmes, dans le camp al-Durra (Deir el-Balah) et dans le camp Baladna (Gaza-ville), le 19 juin.

« Dans les camps, les souffrances ne se limitent pas au manque de ressources ou à l’exiguïté des espaces ; elles s’étendent également aux défis environnementaux et sanitaires qui s’intensifient pendant la saison estivale. Avec la hausse des températures à l’intérieur des tentes fabriquées en nylon et en tissu, les risques liés à la prolifération des insectes, des rongeurs et de divers nuisibles augmentent, créant un état d’inquiétude permanent chez les mères et les femmes qui s’efforcent de protéger leurs enfants et d’assurer un environnement sûr à leurs familles malgré les moyens limités.

Les équipes de l’UJFP ont organisé un atelier de soutien psychologique : « Le Royaume de la Tente Sûre : Ensemble vers un environnement sain et une vie plus stable », dans le camp Al-Durra, à l’ouest de Deir al-Balah, dans la région centrale de Gaza.

Vingt femmes déplacées vivant dans le camp y ont participé. Cet atelier a combiné soutien psychologique, sensibilisation communautaire et activités récréatives ciblées.

La séance a débuté par une activité de présentation pour briser les barrières psychologiques entre elles et à instaurer une atmosphère de familiarité et de confiance. Au cours de cette activité, chaque participante a été invitée à citer un nom symbolisant pour elle la force ou l’espoir, puis à partager une situation dans laquelle elle avait réussi à protéger sa famille ou à surmonter un problème rencontré dans le camp.

Dans la première partie de l’atelier, une discussion ouverte a porté sur la vie quotidienne dans le camp. Les participantes ont évoqué les difficultés liées à la chaleur élevée à l’intérieur des tentes et ses effets sur les enfants et les personnes âgées, ainsi que les inquiétudes permanentes causées par la présence d’insectes et de rongeurs. Plusieurs femmes ont souligné que la peur ne se limitait pas aux maladies, mais englobait également le sentiment d’insécurité à l’intérieur de la tente, particulièrement durant les heures nocturnes. L’une des participantes a raconté son expérience avec les rats qui s’introduisaient dans la tente pendant la nuit et s’approchaient des lieux de stockage de la nourriture, expliquant que cela provoquait chez elle une inquiétude constante pour la santé de ses enfants. Une autre participante a évoqué la prolifération importante des mouches pendant les périodes de forte chaleur et les difficultés que cela engendre pour conserver les aliments et l’eau dans des conditions sûres.

Une activité collective intitulée : Le Cercle de la Force a été organisée. Les participantes se sont assises en cercle et ont échangé sur les éléments qui leur procurent le plus de sécurité malgré les circonstances actuelles. Les réponses ont été variées : la famille, la solidarité entre voisines, la foi en l’avenir et la capacité à s’adapter aux défis. La rencontre a également comporté un exercice de relaxation et de respiration profonde destiné à réduire le niveau de stress et de pression psychologique. Les femmes ont été encouragées à pratiquer régulièrement ces exercices, notamment lorsqu’elles ressentent de l’anxiété ou de l’épuisement en raison des responsabilités accumulées et des conditions de vie difficiles.

Au cours des échanges, les participantes ont également abordé l’importance de la coopération entre les familles du camp. Nombre d’entre elles ont souligné que les problèmes environnementaux ne pouvaient être résolus individuellement, mais nécessitaient des efforts collectifs et une coordination continue entre voisins. Un dialogue constructif s’est ainsi engagé sur les meilleures façons de maintenir la propreté autour des tentes et de réduire les facteurs attirant les insectes et les rongeurs.

Les femmes ont proposé plusieurs idées pratiques issues de leur expérience quotidienne, telles que l’organisation de campagnes de nettoyage communes, la désignation d’espaces appropriés pour le dépôt des déchets, la couverture adéquate des aliments et de l’eau, ainsi que le colmatage des ouvertures et fissures par lesquelles les rongeurs pourraient pénétrer dans les tentes.

Lors d’une autre activité, les participantes ont été réparties en petits groupes et invitées à dessiner une tente idéale réunissant les conditions de sécurité, de confort et de bien-être psychologique. À l’issue de l’exercice, chaque groupe a présenté ses idées aux autres participantes, offrant ainsi une occasion d’échanger des points de vue, de partager des expériences et de renforcer l’esprit de participation et de coopération. Les dessins et propositions présentés par les femmes ont révélé leur profond souci de garantir un environnement sûr à leurs enfants. La plupart des groupes ont mis l’accent sur la propreté, la ventilation, la bonne conservation des aliments, la création d’espaces de jeu pour les enfants ainsi que sur l’importance de relations positives entre les habitants du camp.

Dans la partie consacrée à la sensibilisation, les participantes ont discuté des risques liés à la prolifération des insectes et des rongeurs pendant l’été et ont échangé leurs expériences sur les moyens disponibles pour réduire ces risques à l’aide de méthodes simples, sûres et adaptées au contexte du camp. L’importance d’une surveillance régulière des abords des tentes et d’une réaction rapide face à tout signe de présence de nuisibles ou de risques sanitaires a également été soulignée. L’une des participantes a affirmé que le principal bénéfice retiré de cette rencontre était le sentiment de ne pas être seule face à ces défis. Une autre participante a déclaré que l’atelier n’était pas seulement une séance de sensibilisation, mais aussi un espace lui permettant d’exprimer les émotions et les pressions accumulées au cours des derniers mois. Elle a ajouté que le fait d’échanger avec des femmes vivant les mêmes conditions lui avait procuré un sentiment de réconfort et de soutien.

Chaque femme a écrit un mot d’encouragement ou une phrase porteuse d’espoir qu’elle a offerte à une autre participante, dans un geste symbolique destiné à renforcer les sentiments de solidarité et d’entraide au sein de la communauté.

L’importance de ces d’ateliers apparaît particulièrement dans la période post-conflit, où ils constituent l’un des outils essentiels du rétablissement psychologique et social des individus et des communautés. Ils offrent un espace sûr pour exprimer ses émotions et partager ses expériences, ce qui aide à réduire les pressions psychologiques et à renforcer la cohésion sociale au sein des camps. Avec ces rencontres, la tente cesse d’être un abri temporaire pour devenir un espace plus sûr et plus stable, tandis que la coopération entre les femmes devient une véritable force. »

Photos et vidéos ICI.

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Dans le camp Baladna à l’ouest de Gaza-ville : entre les pressions et l’espoir

« Dans le paysage humanitaire complexe que connaissent les camps de déplacés de la bande de Gaza, la tente n’est plus seulement un espace temporaire offrant une protection contre les intempéries ou un refuge imposé par la réalité du déplacement continu. Elle est devenue un monde à part entière derrière les fines parois de tissu qui séparent les familles du monde extérieur, se déroulent chaque jour des batailles silencieuses menées par les femmes pour préserver la cohésion de leurs familles et maintenir vivante la flamme de l’espoir dans le cœur de leurs enfants malgré les pressions accumulées et les défis croissants.

Les équipes de l’UJFP ont organisé un atelier de soutien psychologique : « Entre les pressions et l’espoir », dans le camp Baladna, à l’ouest de Gaza-ville. Vingt-cinq femmes déplacées vivant dans le camp ont participé à cette activité. La séance a été organisée sous forme de cercle de discussion ouvert, dans un message symbolique affirmant que toutes les voix sont égales et que chaque femme a le droit d’être entendue et de voir son expérience humaine respectée.

La rencontre a débuté par une activité de présentation : Je suis plus forte que je ne le pense. Chaque participante a été invitée à citer une qualité positive qu’elle avait découverte en elle-même pendant la période de déplacement. Patience, capacité d’adaptation, sens des responsabilités, détermination à protéger la famille et aptitude à créer de l’espoir malgré les circonstances difficiles. Très vite, ces mots ont rappelé aux femmes l’ampleur de la force qu’elles possèdent dans ce qu’elles ont traversé.

Dans la partie principale de l’atelier, une discussion a été ouverte sur les pressions psychologiques auxquelles les femmes sont confrontées dans les camps. Les participantes ont parlé de l’inquiétude constante concernant l’avenir de leurs enfants, de la peur de ne pas pouvoir répondre aux besoins de leur famille et de l’épuisement causé par l’accumulation des responsabilités quotidiennes. Elles ont également évoqué la tristesse liée à la perte de stabilité et la nostalgie d’une vie plus normale, qui leur offrait davantage de sécurité, d’intimité et d’autonomie. L’une des participantes a expliqué que la chose la plus difficile à laquelle elle est confrontée chaque jour n’est pas seulement la dureté des conditions de vie, mais aussi ses efforts permanents pour cacher sa fatigue à ses enfants afin qu’ils ne ressentent ni peur ni anxiété. Une autre a souligné que la femme dans le camp assume plusieurs rôles simultanément : elle est mère, éducatrice, organisatrice et soutien psychologique pour sa famille, ce qui la rend constamment en besoin d’écoute et de soutien. Toutes ont convenu que parler des difficultés et les partager avec d’autres aide considérablement à en réduire le poids, tandis que l’isolement psychologique accroît le sentiment de fatigue et d’épuisement.

Une activité interactive intitulée La fenêtre de l’espoir. Chaque participante a reçu une carte sur laquelle elle a écrit un objectif qu’elle souhaite atteindre ou un espoir auquel elle s’accroche malgré les circonstances actuelles. Les cartes ont ensuite été accrochées sur un panneau collectif, créant une image forte qui reflétait l’attachement des femmes à la vie et leur confiance dans leur capacité à surmonter les crises.

La rencontre comprenait également un exercice de relaxation et de respiration profonde destiné à réduire le stress physique et psychologique. Pendant l’exercice, l’accent a été mis sur l’importance de s’accorder chaque jour quelques instants de repos, quelles que soient les difficultés.

Une autre activité Une lettre à moi-même, a invité chaque participante à écrire un court message à elle-même contenant des mots d’encouragement, de soutien et des pensées positives pour l’avenir.

L’atelier a également comporté plusieurs activités récréatives légères destinées à réduire les tensions et à instaurer une atmosphère de détente et de bien-être. Les échanges ont porté sur les moyens de transformer les émotions négatives en énergie positive orientée vers l’action, la coopération et la planification de l’avenir, plutôt que de céder aux sentiments d’impuissance et de découragement. De nombreuses participantes ont souligné que les relations sociales au sein du camp constituent une source essentielle de soutien psychologique et que l’entraide entre voisines contribue à alléger de nombreux fardeaux quotidiens. De cette réflexion a émergé l’importance de construire des réseaux de soutien féminins capables d’apporter une aide pratique et morale lorsque cela est nécessaire. Au cours de la séance, de nombreux récits humains inspirants ont émergé, révélant l’ampleur de la force intérieure que possèdent les femmes malgré les défis.

À la fin de l’atelier, une activité collective, L’arbre de la force, a été proposée. Les participantes ont inscrit sur des feuilles colorées les principales forces qu’elles reconnaissent en elles-mêmes et dans leur communauté. Ces feuilles ont ensuite été fixées sur un grand panneau en forme d’arbre symbolisant la résilience, la croissance et le renouveau.

L’importance de ces ateliers constitue un pilier fondamental des efforts de rétablissement psychologique et social dans la période post-conflit. En offrant des espaces sûrs pour le dialogue, l’expression et la libération émotionnelle, ces rencontres aident les femmes à retrouver confiance en elles et à renforcer leur sentiment de contrôle sur leur propre vie. Elles contribuent également à la création de réseaux communautaires solides et soutiennent les valeurs de solidarité et d’entraide dont la société a besoin pendant les phases de reconstruction et de relèvement.

L’expérience de l’atelier : « Entre les pressions et l’espoir » dans le camp Baladna confirme que l’investissement dans la santé mentale des femmes est un investissement dans l’avenir de la famille et de la société tout entière, et que la reconstruction de l’être humain est tout aussi importante que celle des lieux. Lorsqu’une femme retrouve son équilibre psychologique et la confiance en ses capacités, elle devient davantage capable de protéger sa famille, de soutenir ses enfants et de participer activement à la construction d’un avenir plus stable et plus humain. C’est ce qui fait de telles initiatives l’un des outils les plus importants pour la période à venir. »

Photos et vidéos ICI.


Retrouvez l’ensemble des témoignages d’Abu Amir et Marsel :

*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l’Union Juive Française pour la Paix.
*Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l’enfance.
Tous les deux sont soutenus par l’UJFP en France.

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* Témoignages du 20 novembre 2023 au 5 janvier 2025 (partie 1 à 268)
* Témoignages du 5 janvier au 9 mai 2025 (partie 269 à 392)
* Témoignages du 10 mai au 5 octobre 2025 (partie 393 à 540)
* Témoignages du 6 octobre au 31 décembre 2025 (partie 541 à 614)
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Les témoignages sont publiés sur UJFP / Altermidi / Le Poing