Témoignages de Gazaouis : La survie qui s’organise au jour le jour dans l’enfer de Gaza – partie 721 / 8.7 – L’éducation entre les décombres et les tentes, une résistance silencieuse

Brigitte Challande, 10 juillet 2026.– Le compte rendu de l’action éducative de l’équipe de l’UJFP pour protéger l’avenir. 8 juillet.

« À Gaza, la guerre est indissociable des détails de la vie quotidienne. Elle ne laisse pas seulement derrière elle des destructions matérielles ; elle s’étend également aux droits les plus fondamentaux, au premier rang desquels figure le droit des enfants à l’éducation. Alors que le monde est témoin des images de bombardements et de déplacements forcés, une autre bataille, plus silencieuse mais infiniment plus sensible, se déroule en arrière-plan : celle de maintenir l’école en vie dans une réalité où tout semble s’effondrer.

Les enfants qui ont quitté leurs maisons, chargés de peur et d’incertitude, se retrouvent confrontés à une question bien plus grande que leur âge : continuer à apprendre au milieu d’une guerre qui ne leur laisse même pas le temps de reprendre leur souffle ?

À mesure que le conflit s’est intensifié, l’image même de l’école s’est profondément transformée. Les enfants se sont retrouvés plongés dans un univers dominé par la peur et l’exil, cherchant d’abord la sécurité avant de pouvoir retrouver leurs cahiers et leurs livres. Malgré cette réalité, les efforts pour préserver l’éducation ne se sont jamais interrompus. Des initiatives éducatives ont vu le jour là où se trouvaient les enfants, dans les camps de déplacés et les centres d’accueil. Ainsi, la tente est parfois devenue une salle de classe, et un simple espace de terre battue s’est transformé en lieu d’apprentissage, d’écriture et de découverte. Ces centres n’ont pas été conçus comme de simples solutions temporaires, mais comme des espaces visant à reconstruire le lien entre l’enfant et l’apprentissage, à un moment où tous les repères de la vie normale s’effondraient. Cette initiative reposait sur une conviction claire : protéger l’éducation, c’est protéger la société tout entière, et investir dans les enfants pendant la guerre, c’est investir directement dans l’avenir de l’après-guerre.

L’enseignement a été associé à des activités psychosociales, récréatives et artistiques, conçues pour atténuer les effets des traumatismes et offrir aux enfants un espace où ils puissent s’exprimer loin des pressions de leur quotidien.

Dans de nombreux camps, la tente est devenue un véritable espace éducatif rempli de vie. Chaque matin, les enfants s’y rassemblent avec des moyens très modestes mais une détermination remarquable. Ils poursuivent leur apprentissage dans des conditions qui ne ressemblent à aucun contexte scolaire traditionnel, et pourtant ils continuent. Cette expérience a démontré que la qualité de l’éducation ne dépend pas des murs d’une école ou de ses équipements, mais de la volonté de ceux qui enseignent, de la passion de ceux qui apprennent et de la conviction d’une communauté entière que le savoir demeure le seul chemin vers l’avenir.

Le Centre éducatif du camp Al-Fajr a offert un espace sûr à des centaines d’enfants, en particulier ceux issus de familles ayant perdu leurs moyens de subsistance à cause de la guerre. Les enfants ayant vécu les horreurs de la guerre ne peuvent être accompagnés comme s’ils évoluaient dans un contexte ordinaire. C’est pourquoi les cours ont été associés à des activités artistiques, au dessin, aux jeux collectifs et aux ateliers créatifs, faisant de ces outils une composante essentielle d’un processus à la fois éducatif et thérapeutique. Cette approche a contribué à réduire le stress et à offrir aux enfants un espace où exprimer leurs émotions.

L’expérience de l’École des Premiers Pas, située à l’ouest de Nuseirat lancée comme une initiative modeste, s’est progressivement développée pour devenir un établissement éducatif accueillant des centaines d’élèves de différents niveaux scolaires. Son succès n’est pas le résultat de ressources matérielles abondantes, mais d’une vision claire selon laquelle l’éducation ne doit jamais s’interrompre, quelles que soient les circonstances, et que chaque journée d’école représente une étape supplémentaire dans la lutte contre le décrochage scolaire. L’école a accordé une attention particulière au soutien psychologique grâce à une équipe spécialisée qui accompagne les élèves de manière continue et organise des séances individuelles et collectives afin de les aider à surmonter les traumatismes liés à la guerre. Un dialogue régulier avec les parents a également été instauré afin de mieux comprendre les besoins psychologiques et comportementaux des enfants et de construire autour d’eux un réseau de soutien solide et cohérent.

Le travail éducatif ne s’est pas arrêté avec la fin de l’année scolaire. Il s’est poursuivi à travers des programmes d’été destinés à combler les lacunes d’apprentissage et à rattraper les retards accumulés, en associant enseignement, activités récréatives et soutien psychosocial. Ces programmes ont permis de maintenir le lien entre les élèves et l’école et d’éviter une nouvelle interruption qui aurait aggravé les difficultés éducatives déjà considérables.

Cette expérience a démontré que la volonté collective est capable de transformer les moyens les plus modestes en espaces de vie, de savoir et d’espoir. Ce qui se passe dans ces écoles et ces centres éducatifs dépasse largement le cadre d’une simple activité scolaire. Il s’agit d’une manière de préserver l’existence humaine elle-même. L’enseignant qui donne son cours sous une tente, tout comme l’enfant qui écrit sur une simple table en bois, participent à un acte qui dépasse l’éducation pour devenir une forme de résistance silencieuse : une résistance contre l’oubli et contre l’effondrement de l’avenir.

Ainsi, il apparaît clairement que l’éducation à Gaza n’est plus seulement un droit qu’il faut revendiquer ; elle est devenue une bataille quotidienne menée dans le silence. Une bataille qui affirme que la vie continue malgré tout, que l’avenir ne disparaît pas mais se construit dans une petite salle de classe, même installée sous une tente, au milieu des ruines d’une ville qui refuse de renoncer à apprendre, à vivre et à se relever. »

Photos et vidéos ICI.


Retrouvez l’ensemble des témoignages d’Abu Amir et Marsel :

*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l’Union Juive Française pour la Paix.
*Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l’enfance.
Tous les deux sont soutenus par l’UJFP en France.

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* Témoignages du 20 novembre 2023 au 5 janvier 2025 (partie 1 à 268)
* Témoignages du 5 janvier au 9 mai 2025 (partie 269 à 392)
* Témoignages du 10 mai au 5 octobre 2025 (partie 393 à 540)
* Témoignages du 6 octobre au 31 décembre 2025 (partie 541 à 614)

Pour participer à la collecte "Urgence Guerre à Gaza" : HelloAsso.com
Les témoignages sont publiés sur UJFP Altermidi / Le Poing