Témoignages de Gazaouis : La survie qui s’organise au jour le jour dans l’enfer de Gaza – partie 717 / 04.07 – L’éducation, un combat pour protéger l’avenir

Brigitte Challande, 5 juillet 2026.– Compte-rendu hebdomadaire des actions éducatives réalisées par l’UJFP.

«  Dès les premiers jours du conflit, les Palestiniens ont compris que perdre l’accès à l’éducation était tout aussi grave que perdre une maison ou un moyen de subsistance. Une société peut reconstruire ses bâtiments en quelques années, mais il lui faut des décennies pour réparer les conséquences d’une génération privée de savoir et privée de son droit à apprendre. C’est pourquoi la continuité de l’enseignement n’a pas été considérée comme une simple activité pédagogique, mais comme une nécessité nationale et humanitaire, ainsi qu’une des formes les plus essentielles de résistance face à la réalité imposée par la guerre dans toute sa brutalité.

Dans la bande de Gaza, le visage de l’école a été profondément transformé. Les salles de classe autrefois pleines de vie se sont, dans de nombreuses zones, réduites à des amas de décombres. Au cœur même de la crise, des initiatives éducatives ont émergé avec la volonté d’assurer la continuité de l’enseignement. Elles n’ont pas attendu la fin de la guerre pour espérer un retour à la normale ; elles ont choisi de créer une nouvelle réalité au sein des camps, où l’éducation ferait partie intégrante de la vie.

Dans ce contexte, le rôle central joué par l’UJFP dans le soutien au secteur éducatif au sein des zones de déplacement est devenu particulièrement remarquable. L’organisation a mis en place un réseau de centres éducatifs répartis dans plusieurs camps, offrant aux enfants la possibilité de retrouver les bancs de l’école, même si ces bancs étaient installés sous une tente ou sur un terrain de fortune. Cette initiative reposait sur une conviction profonde : protéger l’éducation revient à protéger la société elle-même, et investir dans les enfants pendant la guerre constitue un investissement dans l’avenir de Gaza après la guerre.Ces centres n’avaient pas uniquement pour mission d’assurer l’enseignement académique. Leur objectif était également de créer un environnement global offrant aux enfants un sentiment de stabilité au milieu du chaos et leur permettant de retrouver une partie de la vie normale qu’ils avaient perdue depuis le début de l’offensive. C’est pourquoi les activités éducatives étaient systématiquement associées à des programmes psychosociaux, récréatifs et communautaires, adaptés à l’ampleur des traumatismes vécus par les enfants et destinés à en atténuer progressivement les effets.

Dans de nombreux camps, la tente n’est plus seulement un abri : elle est devenue une véritable salle de classe où les élèves se retrouvent chaque matin, munis de leurs modestes cahiers, assis devant leurs enseignants dans une scène qui résume à elle seule le sens de la persévérance et de l’attachement à la vie. Malgré le manque de ressources, cette expérience a démontré que la qualité de l’éducation ne dépend pas de la beauté des bâtiments, mais de la détermination des enseignants, de la motivation des élèves et de la conviction collective que le savoir demeure essentiel.

Parmi les exemples les plus représentatifs de cette réussite figure le centre éducatif du camp Al-Fajr, qui a offert un espace d’apprentissage sécurisé à des centaines d’enfants, en particulier ceux issus de familles agricoles ayant perdu leurs terres et leurs moyens de subsistance à cause de la guerre. Dans ce centre, les enfants ne recevaient pas seulement des cours de mathématiques et de langue arabe ; ils trouvaient également des adultes prêts à les écouter, à leur offrir un espace d’expression pour leurs peurs et à leur redonner une part de la confiance que les bombardements et les déplacements avaient profondément ébranlée.Les équipes pédagogiques sont pleinement conscientes qu’un enfant ayant vécu la guerre ne peut être accompagné comme s’il évoluait dans un environnement normal.

L’une des expériences les plus remarquables est celle de l’École des Premier Pas, située à l’ouest de Nuseirat, devenue en peu de temps un modèle de référence dans le domaine de l’éducation à Gaza. Ce qui n’était au départ qu’un petit projet accueillant un nombre limité d’élèves est aujourd’hui un établissement éducatif complet couvrant tous les niveaux scolaires et accueillant des centaines d’enfants qui ont pu poursuivre leurs études malgré les conditions de guerre et de déplacement.Le succès de cette école repose sur une vision claire : l’éducation ne doit jamais s’arrêter, quelles que soient les circonstances, et chaque journée de classe représente une étape supplémentaire dans la protection des enfants contre le décrochage scolaire. Dans cette perspective, la structure administrative et pédagogique de l’école a été renforcée, tandis qu’une équipe enseignante qualifiée assure quotidiennement le suivi des élèves et met en œuvre des programmes destinés à compenser les pertes d’apprentissage accumulées au cours des mois de guerre.Parce que le conflit a laissé de profondes séquelles psychologiques chez les enfants, l’école ne s’est pas limitée à l’enseignement académique. Elle a mis en place un dispositif spécialisé de soutien psychosocial réunissant plusieurs psychologues et spécialistes qui accompagnent les élèves de manière continue et organisent des séances individuelles et collectives pour les aider à surmonter les traumatismes qu’ils ont vécus. Par ailleurs, les familles sont régulièrement associées au suivi du bien-être psychologique et comportemental de leurs enfants, afin de renforcer la coopération entre l’école et les parents dans la protection de l’enfant.

Il est remarquable de constater que la fin de l’année scolaire n’a pas marqué la fin des activités éducatives, mais au contraire le début d’une nouvelle étape destinée à mettre les vacances d’été au service du rattrapage scolaire. Les écoles et les centres éducatifs ont ainsi lancé des programmes estivaux associant enseignement, activités récréatives et soutien psychosocial, afin de maintenir le lien entre les élèves et leur environnement éducatif et d’empêcher la guerre d’élargir davantage les écarts d’apprentissage.Ces programmes traduisent une compréhension profonde de la réalité que traverse la bande de Gaza. L’éducation y est devenue un projet permanent, qui ne dépend plus d’un calendrier scolaire traditionnel mais d’une situation d’urgence imposant une mobilisation tout au long de l’année afin de préserver l’avenir de milliers d’enfants privés d’école pendant de longues périodes.

Malgré l’ampleur des défis, ces initiatives ont permis de réduire significativement le décrochage scolaire et de réintégrer des centaines d’enfants dans un environnement éducatif leur offrant apprentissage, protection et accompagnement. Les résultats obtenus dans ces écoles et centres éducatifs ne sont pas le fruit de moyens abondants, mais celui d’une profonde foi dans la mission éducative et d’efforts constants déployés par les enseignants, les responsables administratifs, les bénévoles et les organisations partenaires, tous animés par un même objectif : placer l’avenir des enfants au-dessus de toute autre considération.

L’enfant qui ouvre un livre sous une tente adresse un message clair : la vie est plus forte que la destruction, et le savoir est capable de triompher de la peur.L’expérience éducative portée par les équipes de l’UJFP est devenue un modèle concret démontrant que l’action humanitaire ne se limite pas à fournir une aide d’urgence. Elle consiste également à protéger les droits fondamentaux, au premier rang desquels figure le droit à l’éducation. Grâce à ces efforts, ce ne sont pas seulement des salles de classe temporaires qui ont été créées, mais aussi de véritables passerelles vers l’espoir, permettant aux enfants de rester attachés à leur avenir et affirmant que l’école demeurera un symbole de vie, même lorsque la guerre l’entoure de toutes parts.

L’éducation à Gaza constitue une forme de résistance silencieuse et un message affirmant que les peuples qui s’attachent au savoir sont capables de surmonter les épreuves les plus difficiles. Ce que réalisent chaque jour les enseignants et les élèves dans les tentes et les centres de déplacement est un témoignage vivant que l’avenir commence par un livre ouvert, une leçon transmise et le sourire d’un enfant malgré les ruines qui l’entourent. »

Photos et vidéos ICI.


Retrouvez l’ensemble des témoignages d’Abu Amir et Marsel :

*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l’Union Juive Française pour la Paix.
*Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l’enfance.
Tous les deux sont soutenus par l’UJFP en France.

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* Témoignages du 20 novembre 2023 au 5 janvier 2025 (partie 1 à 268)
* Témoignages du 5 janvier au 9 mai 2025 (partie 269 à 392)
* Témoignages du 10 mai au 5 octobre 2025 (partie 393 à 540)
* Témoignages du 6 octobre au 31 décembre 2025 (partie 541 à 614)
Pour participer à la collecte "Urgence Guerre à Gaza" : HelloAsso.com
Les témoignages sont publiés sur UJFPAltermidi / Le Poing