Témoignages de Gazaouis : La survie qui s’organise au jour le jour dans l’enfer de Gaza – partie 714 / 27.06 – Israël réactive son projet de Gaza sans Gazaouis !

Brigitte Challande, 28 juin 2026.– Un texte envoyé par Abu Amir le 27 juin qui explique comment Israël poursuit son projet de déplacement de la population de Gaza.

« Il semble que le gouvernement israélien n’ait toujours pas perdu espoir. Bien au contraire, il traite le projet de déplacement des habitants de la bande de Gaza comme s’il s’agissait du « projet du siècle », un projet auquel il serait interdit de renoncer, quelles que soient les circonstances, quels que soient les obstacles rencontrés dans la réalité, le droit international ou la volonté de plus de deux millions de Palestiniens qui refusent de quitter leur terre. Chaque fois qu’un scénario échoue, un autre est sorti des tiroirs ; chaque fois qu’une fenêtre se ferme, une nouvelle porte est recherchée. Comme si la question n’était plus une guerre ou un conflit politique, mais une start-up en quête d’investisseurs pour un projet qui n’a toujours trouvé personne prêt à en acheter l’idée.

« Nous sommes ici, les propriétaires de cette terre. Même si les maisons sont détruites, le drapeau de la Palestine continuera de flotter au-dessus des tentes, témoignant de notre fermeté et de notre survie. Nous restons enracinés ici, et nous ne quitterons jamais cette terre. » Photo et post Tamer Nahed.

Selon plusieurs médias israéliens, les dirigeants politiques israéliens ont tenu une réunion spéciale consacrée au dossier de l’émigration depuis la bande de Gaza. À l’issue de cette réunion, d’après ces mêmes informations, le Mossad aurait été chargé de piloter ce projet, avec l’attribution d’un budget spécifique pour sa mise en œuvre. Dès lors, une question s’impose : le Mossad, longtemps présenté comme un service de renseignement et d’opérations clandestines, est-il devenu un bureau de l’émigration et des voyages ?

Publiera-t-il bientôt des brochures touristiques intitulées : « Les meilleures destinations pour les habitants de Gaza » ?

Ce qui prête à sourire, c’est que le gouvernement israélien traite le déplacement comme s’il s’agissait d’une simple équation administrative : un budget ici, une commission là, des réunions à huis clos et des émissaires parcourant le monde à la recherche d’un État disposé à accueillir des Palestiniens. Pendant ce temps, une réalité pourtant très simple semble absente du tableau : un Palestinien ne transporte pas sa patrie dans une valise, ne range pas son histoire dans un conteneur d’expédition et n’échange pas sa terre contre un billet d’avion, aussi dramatiques que soient les circonstances.

Tous les quelques mois, le nom d’un nouveau pays apparaît, puis disparaît, avant qu’une nouvelle série de fuites ne commence. Tantôt il s’agit d’un État africain, tantôt d’une île lointaine, tantôt d’un projet d’investissement sur la côte méditerranéenne, tantôt encore d’arrangements régionaux évoqués dans des réunions à huis clos. Comme si le véritable problème de Gaza n’était ni l’occupation, ni le blocus, ni la guerre, mais simplement la présence d’une population déterminée à rester sur sa terre.

Ce qui étonne peut-être le plus, c’est l’obstination israélienne à recycler la même idée après chaque échec. Au lieu d’examiner les raisons pour lesquelles les Palestiniens refusent de partir, ce refus est présenté comme un simple obstacle technique qui nécessiterait davantage de budget, plus d’intermédiaires ou des pressions politiques supplémentaires. Comme si la volonté humaine pouvait être achetée à coups d’aide financière, brisée par la famine ou contournée au moyen d’accords politiques.

Il est également frappant de constater que chaque nouveau projet est présenté à l’opinion publique israélienne comme une « percée historique », avant de disparaître discrètement quelque temps plus tard. Quelques semaines suffisent ensuite pour qu’une nouvelle campagne médiatique voie le jour sous un autre titre, alors que le contenu reste inchangé : comment faire sortir les Palestiniens de Gaza ? À tel point que la véritable question n’est plus de savoir quand ce projet réussira, mais combien de nouveaux noms le gouvernement israélien donnera encore à cette même idée.

Si les informations évoquant un lien entre ce dossier et des arrangements régionaux plus larges sont exactes, elles montrent que le gouvernement israélien continue de miser sur les évolutions politiques de la région pour réaliser un vieux rêve. Pourtant, ce qui semble échapper aux auteurs de ces scénarios, c’est que les peuples ne sont pas des cartes que l’on redessine autour d’une table de réunion, et que l’être humain n’est pas un chiffre que l’on déplace d’une colonne à une autre par simple décision gouvernementale.

Dans le discours politique israélien, l’idée du déplacement est devenue un projet dont les promoteurs refusent d’admettre l’échec. Chaque fois qu’elle se heurte à la réalité, elle revient sous une nouvelle appellation, avec une nouvelle commission, un nouveau responsable et un nouveau budget.

Pourtant, le résultat reste le même : les Palestiniens sont toujours là, malgré la guerre, malgré les destructions, malgré la faim et malgré toutes les tentatives visant à les pousser au départ.Peut-être que si le gouvernement israélien avait investi ne serait-ce que la moitié de ces efforts dans la recherche d’une solution politique juste, plutôt que dans la recherche de nouvelles cartes de migration, il se serait épargné des années de réunions, de commissions, de plans confidentiels et de fuites médiatiques. Mais il semble que certains responsables politiques soient convaincus que le problème ne réside pas dans les politiques menées, mais dans l’existence même du Palestinien.

Au final, cette histoire ressemble à une longue pièce de théâtre dont seuls les acteurs changent, tandis que le scénario demeure identique. Un ministre s’en va, un autre arrive ; un conseiller à la sécurité nationale est remplacé par un autre ; le Mossad entre en scène, puis peut-être d’autres institutions le rejoindront. Mais le résultat, lui, reste inchangé depuis plus de sept décennies : tous les plans sont écrits sur le papier, tandis que les Palestiniens continuent d’écrire leur histoire sur leur terre, affirmant que la patrie n’est ni un projet susceptible d’être liquidé, ni un dossier que l’on peut refermer par une décision politique, un budget ou une opération de renseignement. Il apparaît que le gouvernement israélien n’a toujours pas renoncé à son rêve d’une « Gaza sans Gazaouis ». Pourtant, à chaque tentative, il se heurte à la même réalité : la terre peut être détruite, les maisons peuvent être démolies, les routes peuvent être bombardées, mais déraciner un peuple de sa patrie n’est pas une mission que les services de sécurité peuvent accomplir, ni un objectif que les budgets gouvernementaux ou les réunions à huis clos peuvent atteindre. Car ce que le gouvernement israélien considère comme un simple « plan de migration » est perçu par les Palestiniens comme une question d’existence, d’identité et d’avenir. Et c’est une équation qu’Israël n’est pas parvenu à modifier jusqu’à aujourd’hui, quels que soient le nombre de plans élaborés, les nouveaux intitulés qui leur sont donnés ou l’élargissement du cercle de ceux qui en assurent la mise en œuvre. »


Retrouvez l’ensemble des témoignages d’Abu Amir et Marsel :

*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l’Union Juive Française pour la Paix.
*Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l’enfance.
Tous les deux sont soutenus par l’UJFP en France.

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* Témoignages du 20 novembre 2023 au 5 janvier 2025 (partie 1 à 268)
* Témoignages du 5 janvier au 9 mai 2025 (partie 269 à 392)
* Témoignages du 10 mai au 5 octobre 2025 (partie 393 à 540)
* Témoignages du 6 octobre au 31 décembre 2025 (partie 541 à 614)
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Les témoignages sont publiés sur UJFP / Altermidi / Le Poing