Partager la publication "Témoignages de Gazaouis : La survie qui s’organise au jour le jour dans l’enfer de Gaza – partie 702 / 4.06 – Quand les tentes deviennent des écoles"
Brigitte Challande, 5 juin 2026. Compte rendu des actions éducatives, la résilience devient un mode de vie. 4 juin.
« Parmi les secteurs les plus durement touchés par la guerre figure l’éducation, qui s’est retrouvée au cœur de la tempête : les écoles et les universités ont été réduites en ruines, tandis que les élèves ont été dispersés par le déplacement forcé et la peur. Dès le début de la guerre, il est apparu clairement que l’éducation à Gaza était l’un des principaux piliers de la résistance palestinienne. C’est pourquoi l’occupation a cherché à démanteler systématiquement le système éducatif pour créer une génération brisée psychologiquement et intellectuellement. Des centaines de milliers d’enfants se sont retrouvés hors du système scolaire, privés de leur droit fondamental à l’éducation, tandis que de nombreuses écoles étaient transformées en centres d’hébergement pour des milliers de familles fuyant la mort et les bombardements. L’enfant qui se réveillait autrefois le matin pour se rendre à l’école se réveille désormais au son des explosions et passe ses journées à chercher avec sa famille de l’eau, de la nourriture et un endroit sûr où s’abriter.
Malgré toute cette destruction, les Palestiniens de Gaza ont refusé de se résigner à l’effondrement de l’éducation. Des initiatives communautaires et des centres éducatifs ont commencé à émerger dans les camps et les zones de déplacement afin de sauver ce qui pouvait encore l’être de l’avenir des enfants et de compenser une partie des pertes éducatives causées par la guerre. Ces centres éducatifs sont devenus bien plus que de simples salles de classe alternatives. Ils se sont transformés en espaces de vie, d’espoir et de soutien psychosocial, constituant de véritables lignes de défense communautaires protégeant les enfants contre l’abandon, l’effondrement psychologique et la rupture totale avec l’éducation.
L’UJFP a joué un rôle majeur. dès les premiers instants, elle a considéré que l’éducation à Gaza constituait une bataille pour l’existence, tout aussi importante que toute autre lutte, et que protéger les enfants de l’ignorance et de la peur relevait d’une responsabilité nationale, morale et humanitaire. Elle a contribué activement à la création de nombreux centres éducatifs dans les camps et les zones de déplacement et a fourni les ressources nécessaires à la poursuite des activités éducatives malgré les conditions catastrophiques auxquelles la bande de Gaza est confrontée. Ces centres ont accueilli des milliers d’enfants privés de leurs écoles et leur ont offert un environnement éducatif relativement sûr combinant apprentissage, soutien psychosocial et activités récréatives. Les tentes se sont transformées en salles de classe. Les simples tableaux noirs sont devenus des fenêtres ouvertes sur l’espoir. Les enseignants sont devenus des soldats dans la bataille de la conscience et de la résilience, portant le flambeau de l’éducation dans certaines des circonstances les plus difficiles qu’un peuple puisse connaître.
Le centre éducatif du camp Al-Fajr, devenu un refuge sûr pour des centaines d’enfants, en particulier les fils et filles d’agriculteurs confrontés à des conditions humanitaires extrêmement difficiles en raison du déplacement forcé, de la perte de leurs moyens de subsistance et de la destruction des terres agricoles. Dans ce centre, trouvent également un espace sûr pour jouer, exprimer leurs émotions et atténuer les séquelles psychologiques de la guerre. Le centre éducatif du camp Al-Fajr a réussi à instaurer un équilibre entre éducation, soutien psychosocial et loisirs, aidant ainsi les enfants à retrouver une partie de leur enfance volée et à sentir que quelqu’un se souciait encore de leur avenir malgré l’ampleur des destructions. La présence d’enseignants, de bénévoles et de spécialistes en santé mentale a également joué un rôle essentiel dans l’accompagnement quotidien des enfants et dans l’atténuation des effets psychologiques de la guerre, en particulier pour ceux qui avaient perdu leur maison ou des membres de leur famille.
Parmi les plus remarquables réussites nées des difficultés de la guerre figure l’école Les Premièrs Pas, à l’ouest de Nuseirat, qui s’est imposée comme un véritable phare éducatif, un modèle inspirant de résistance scolaire dans la bande de Gaza. Cette école, qui avait débuté avec des ressources limitées et un petit nombre d’élèves, a réussi, grâce à l’engagement de son personnel éducatif et au soutien de l’UJFP, à devenir un établissement accueillant des centaines d’élèves. Aujourd’hui, l’école couvre l’ensemble du parcours éducatif, de la maternelle jusqu’au lycée, devenant un modèle éducatif dans une région confrontée à des circonstances exceptionnelles.
L’établissement compte plus de 22 enseignants qui travaillent quotidiennement pour garantir la continuité de l’enseignement malgré les défis liés à la guerre. Ce qui distingue l’école des Premiers Pas, c’est l’attention particulière qu’elle accorde au bien-être psychologique et social de ses élèves. Récemment, l’école a renforcé ses services de soutien psychosocial grâce à l’intégration d’une équipe de neuf psychologues et spécialistes en santé mentale issus de trois organisations différentes, travaillant de manière permanente au sein de l’établissement afin d’assurer le suivi émotionnel et comportemental des élèves. Ces spécialistes ne travaillent pas de manière temporaire ou saisonnière. Ils sont présents chaque jour, assurant un accompagnement individuel et collectif, organisant des séances de soutien psychosocial et des activités de décharge émotionnelle qui aident les enfants à exprimer leurs peurs et leurs émotions. Ils organisent également des rencontres régulières avec les parents afin de suivre la santé mentale des enfants et de traiter les difficultés comportementales liées à la guerre, au déplacement et à la privation.
L’école accueille actuellement environ 730 élèves, un chiffre qui reflète le niveau de confiance qu’elle a su gagner au sein de la communauté locale. Alors que l’année scolaire se termine habituellement le 17 juin, la direction de l’école a décidé de mettre en place un système exceptionnel garantissant la poursuite des activités éducatives pendant les vacances d’été. Cette initiative vise à compenser les importantes pertes d’apprentissage subies par les élèves à cause de la guerre et des longues interruptions scolaires, tout en les protégeant contre les effets psychologiques de l’inactivité. Pour atteindre cet objectif, deux grandes tentes ont été installées dans l’enceinte de l’école afin d’accueillir un camp d’été complet proposant des programmes éducatifs, récréatifs et psychosociaux pour les enfants. Les enseignants, psychologues et bénévoles participent tous à la gestion de ce camp d’été, dans le but de créer un environnement sain permettant aux enfants de surmonter les effets de la guerre tout en renforçant les valeurs d’espoir, d’appartenance et de persévérance.
L’école Les premiers Pas est devenue un exemple concret de la capacité de la société palestinienne à faire naître la vie au milieu de la mort et à démontrer que l’éducation peut se poursuivre même dans les conditions les plus difficiles. Ce qui a été accompli dans cette école confirme que l’investissement dans l’éducation en temps de guerre est une nécessité stratégique pour protéger la société palestinienne contre l’effondrement et la fragmentation.
Les enfants de Gaza ont eux aussi prouvé qu’ils sont plus forts et plus déterminés que beaucoup ne l’imaginent. Malgré la peur, la faim et le déplacement, ils continuent de s’accrocher à leur droit à l’éducation et à la vie. Ce qui se passe aujourd’hui à Gaza n’est pas simplement une crise éducative, mais une véritable bataille pour l’avenir d’une génération entière. Soutenir ces centres éducatifs constitue donc un devoir humanitaire et moral pour les institutions internationales, les organisations de défense des droits humains et les acteurs humanitaires du monde entier.
La poursuite du travail de ces centres éducatifs envoie un message clair : les Palestiniens ne permettront pas à la guerre de détruire les rêves de leurs enfants ni leur avenir académique. Alors que le monde regardait les images de destruction et de mort à Gaza, une autre bataille se déroulait en silence dans les tentes et les centres éducatifs : celle de la protection des enfants et de la sauvegarde de leur avenir. Cette extraordinaire lutte humanitaire mérite d’être racontée au monde entier, car ce qui a été accompli à Gaza pendant la guerre constitue un exemple unique de volonté de vivre. Les organisations de soutien, à commencer par l’UJFP, ont également démontré que l’action humanitaire authentique ne se limite pas à l’aide d’urgence, mais s’étend à la protection des personnes, de leur avenir et de leur conscience. Investir aujourd’hui dans l’éducation des enfants de Gaza signifie investir dans l’avenir d’un peuple tout entier. Cela signifie protéger une génération entière contre l’exclusion, l’extrémisme et l’effondrement psychologique et social.
Aujourd’hui, Gaza n’a pas seulement besoin d’un cessez-le-feu et de la reconstruction des infrastructures. Elle a également besoin d’un projet national et humanitaire global visant à reconstruire l’être humain palestinien sur les plans psychologique, éducatif et social. Les centres éducatifs et les écoles alternatives constituent aujourd’hui le véritable noyau de ce projet, car ils protègent les enfants des effets de la guerre et leur offrent une chance de poursuivre leur vie et leur apprentissage.
Ici, à Gaza, où la mort tente chaque jour de triompher, les tentes continuent de se transformer en écoles, les tableaux noirs continuent de s’élever au-dessus des décombres, et les enfants continuent d’écrire leurs petits rêves dans des cahiers qui ont survécu aux bombardements, pour dire au monde entier que Gaza, malgré ses blessures, continue de vibrer de vie. »
Photos et vidéos ICI.
Retrouvez l’ensemble des témoignages d’Abu Amir et Marsel :
*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l’Union Juive Française pour la Paix. *Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l’enfance. Tous les deux sont soutenus par l’UJFP en France.
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Pour participer à la collecte "Urgence Guerre à Gaza" : HelloAsso.com Les témoignages sont publiés sur UJFP / Altermidi / Le Poing




