Partager la publication "L’entrée de partis palestiniens au gouvernement israélien aura un coût"
Hiba Khoury, 20 juillet 2026. – À l’approche des élections à la Knesset, le débat resurgit sur la possibilité pour un parti palestinien de rejoindre la coalition gouvernementale israélienne, dans un contexte politique complexe et inédit tant par son intensité que par sa nature. Ce débat est indissociable des profondes transformations qui traversent la région, notamment après plus de deux ans de guerre à Gaza, l’intensification des attaques en Cisjordanie occupée, les violations persistantes au Liban et en Syrie, ainsi que l’accélération de la colonisation et des politiques de discrimination raciale à l’encontre des Palestiniens.

Juin 2025 : La Knesset a tenté d’exclure de ses rangs le député arabe Ayman Odeh, qui a déclaré lors d’une manifestation contre la guerre « Gaza a gagné et Gaza va continuer de gagner ».
Dans ce contexte, la question ne semble pas relever d’une simple manœuvre tactique ou d’une tentative d’obtenir des acquis civils ou municipaux limités. Elle soulève plutôt des interrogations plus profondes sur l’essence même de la représentation politique palestinienne au sein du système de la Knesset. Intégrer le gouvernement israélien ne signifie pas seulement avoir la capacité d’influer sur certaines questions du quotidien ; cela implique également d’assumer directement une responsabilité politique et morale quant aux politiques globales du gouvernement, que ce soit à Gaza, en Cisjordanie, en Israël même ou dans l’ensemble de la région.
Historiquement, la représentation politique palestinienne à la Knesset a eu pour vocation de servir de tribune pour défendre les droits de la communauté palestinienne vivant à l’intérieur de la « Ligne verte », dénoncer les politiques de discrimination et d’exclusion, et s’opposer à un système politique qui considère les Palestiniens comme des citoyens de seconde zone.
Toutefois, passer d’une représentation d’opposition ou de contestation à un partenariat gouvernemental marque un changement qualitatif. Il s’agit de passer du statut de représentant d’une communauté marginalisée à celui de partenaire au sein même de la structure gouvernementale. En effet, la droite israélienne ne se résume plus à une simple coalition au pouvoir susceptible d’être remplacée ; elle est devenue la culture politique dominante au sein de larges pans de la société israélienne. Cette domination se reflète dans les institutions de l’État, le discours public ainsi que dans les politiques officielles et sociétales. Dès lors, pour les Palestiniens de la diaspora, ces questions revêtent une dimension plus large.
En effet, les Palestiniens de la diaspora, affranchis des contraintes d’une géographie imposée, perçoivent le paysage palestinien comme une entité politique et historique unique, indivisible. Par conséquent, toute discussion sur la représentation politique doit partir d’une réalité fondamentale : le peuple palestinien, où qu’il se trouve, ne forme qu’un seul peuple, et ses causes politiques et juridiques sont interdépendantes, quelles que soient les différentes formes de lutte et les réalités quotidiennes en Cisjordanie, dans la bande de Gaza, à Jérusalem, en Israël et dans la diaspora.
Dans cette optique, limiter le débat aux Palestiniens citoyens d’Israël, ou à toute autre communauté palestinienne, revient à réduire la nature même de la cause nationale et à reproduire la fragmentation imposée au peuple palestinien par l’occupation au fil des décennies.
Sur les plans historique et politique, la question palestinienne ne se réduit pas à une zone géographique isolée ou à un groupe de population distinct. C’est la cause d’un peuple unique, en dépit de la diversité des lieux de résidence et des situations politiques et juridiques. Par conséquent, tout débat sur l’avenir du projet national palestinien ne saurait faire abstraction des Palestiniens de la diaspora ; ces derniers représentent plus de la moitié du peuple palestinien et portent une part essentielle de la mémoire nationale, ainsi que du combat politique, diplomatique et juridique.
Leur droit au retour ne constitue pas une simple revendication humanitaire, mais un droit politique et juridique imprescriptible. C’est un pilier indissociable de la cause palestinienne et de toute vision nationale visant à représenter le peuple palestinien dans sa globalité et à préserver ses droits historiques.
Un dilemme profond surgit alors : comment un parti censé représenter une partie des Palestiniens vivant en Israël peut-il intégrer un gouvernement qui mène des politiques affectant l’ensemble du peuple palestinien ? Peut-on réellement distinguer la représentation civile au sein des institutions étatiques de la participation à l’élaboration ou à la légitimation des politiques globales de l’État ?
Ce dilemme se complexifie encore davantage lorsqu’on l’examine à la lumière de la mutation idéologique d’Israël, où la droite ne représente plus seulement une tendance gouvernementale fluctuante, mais s’est imposée comme une structure culturelle et politique dominante au sein des institutions et de la société, imprégnant tous les domaines, de la législation à la sécurité en passant par le discours public.
Dans ce contexte, comment justifier la participation à un gouvernement qui prolonge ce projet politique, sans que cela ne s’apparente à une forme de normalisation avec une structure fondée, par essence, sur la négation des droits nationaux palestiniens ?
Par ailleurs, le débat ne se limite pas à sa dimension politique immédiate ; il engage également l’avenir. Toute décision en ce sens aura des répercussions directes sur la forme que prendra l’action politique palestinienne, non seulement parmi les citoyens palestiniens d’Israël, mais aussi au sein de la diaspora et dans les espaces étudiants et associatifs.
Les jeunes générations, qui redéfinissent actuellement leurs modes de lutte et leurs enjeux politiques, se retrouveront confrontées à un nouveau modèle d’interaction avec l’establishment israélien, susceptible de redéfinir les limites de ce qui est jugé acceptable ou inacceptable dans l’action politique palestinienne. Dans ce contexte, la question centrale demeure : lorsque l’on invoque le slogan « du fleuve à la mer » — avec sa vision d’une unité du territoire, du peuple et de la lutte —, comment accepter la fragmentation politique ou représentative de ce même peuple ?
Et comment concilier un discours d’unité globale avec des pratiques politiques susceptibles de reproduire la division au sein même du corps palestinien ?
Article en anglais sur The New Arab / Traduction MR
Article original en arabe, traduit en anglais par Afrah Almatwari. Pour lire l’original, cliquez ici.
Hiba Khoury est une militante palestinienne des droits humains et une consultante en développement.
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