Comment la résistance de Gaza a construit ses tunnels – Podcast

Eli Gerzon, 1er septembre 2026.– Pourquoi lire un livre sur le sol et l’architecture ?

L’une des raisons, ce sont les tunnels, a expliqué le co-animateur Ali Abunimah lors d’un entretien avec Eyal Weizman, auteur de *Ungrounding: The Architecture of Genocide*, diffusé sur la chaîne Youtube de The Electronic Intifada le 27 août. (de 0.38.38 à 1.45)

Weizman est le fondateur et directeur de Forensic Architecture ainsi que professeur de cultures spatiales et visuelles à Goldsmiths, Université de Londres.

Weizman a reconnu que les sujets qu’il étudie, tels que « la composition des sols ou les détails architecturaux », peuvent sembler « un peu pointus » ou relever d’une approche très spécialisée.

« J’observe la micro-matérialisation de la politique », a-t-il déclaré. Il utilise cette approche pour examiner « la longue durée de l’histoire du colonialisme » et « raconter, peut-être, une histoire familière sous un angle différent ».

À Gaza, différents types de sols convergent de manière complexe. Les Palestiniens ont développé un savoir-faire local sophistiqué pour creuser des puits. Les combattants de la résistance se sont appuyés sur ces connaissances pour construire des tunnels essentiels à leurs opérations.

Ces tunnels « ont permis à la résistance de se déplacer pour poser des explosifs sur les chars, toutes ces choses que notre collègue Jon Elmer nous a montrées », a précisé Abunimah.

Weizman a indiqué avoir beaucoup appris des reportages du co-animateur Jon Elmer et en avoir intégré certains éléments dans son livre.

Selon Weizman, Israël a une vision fondamentalement erronée de ces tunnels.

Israël perçoit les tunnels de Gaza comme un métro – un « système omniprésent et interconnecté ». Or, pour Weizman, ils ressemblent davantage à un réseau social.

« Ils relient des personnes de confiance, que ce soit au sein d’une famille ou d’une même organisation. C’est une sorte de manifestation matérielle d’un réseau social », a-t-il expliqué.

Weizman a affirmé que ces tunnels constituent l’un des exemples les plus marquants de l’utilisation de l’architecture comme moyen de résistance au colonialisme.

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Membres de l’unité militaire israélienne 2640 – Uriah (une unité irrégulière opérant sous le commandement de la division de Gaza et dont les missions sont axées sur la démolition d’habitations), bande de Gaza. 21 juillet 2025 (journal Ha-Macom)

« Le sol de Gaza est désormais un charnier »

Pourquoi Israël évacue-t-il chaque jour de Gaza des camions remplis de décombres — et, vraisemblablement, de restes humains ?

Début août, l’organisation Euro-Med Human Rights Monitor a publié une enquête (en français sur Spirit of Free Speech) sur les opérations d’envergure et hautement organisées menées par Israël pour traiter et évacuer les décombres des quartiers et des installations détruits à Gaza, afin de les transporter hors du territoire.

« La bande de Gaza occupée subit actuellement une transformation radicale du terrain — ce qu’on appelle le « terraforming » : modification du paysage et de la topographie, effacement des bâtiments et suppression des preuves », a déclaré Weizman.

Israël démantèle des bâtiments et d’autres infrastructures tout en érigeant des collines et des levées de terre.

« Le sol de Gaza est désormais un charnier. Le terme « preuve » désigne une réalité bien plus grave : l’enlèvement, le déplacement et le vol effectifs des corps palestiniens arrachés à leur terre. L’effacement ne se limite pas à la destruction d’éléments de preuve destinés à la justice ; il s’agit de détruire — ou de tenter vainement de détruire — la volonté de retour. C’est une méthode utilisée de tout temps », a expliqué Weizman.

Depuis le début de la Nakba en 1947, Israël modifie le paysage de la Palestine dans le cadre de sa politique de colonisation. Ces pratiques incluent notamment la plantation d’arbres par le Fonds national juif sur les sites de villages palestiniens afin de les effacer.

« Il s’agit d’éliminer les ancrages du retour », a affirmé Weizman.

Il a précisé que certains Palestiniens de Gaza décrivent comme une forme de torture le fait de retrouver un paysage familier totalement métamorphosé.

Israël a eu recours à de telles tactiques au début du génocide, espérant procéder à un nettoyage ethnique de l’ensemble de Gaza « très rapidement, en l’espace d’un mois », a ajouté Weizman.

« La ville de Gaza survit grâce au sumud [détermination inébranlable] héroïque des Palestiniens qui y sont restés sans évacuer. Certes, beaucoup sont partis, mais des centaines de milliers sont restés et ont sauvé la ville. »

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Tamara Nassar a produit et réalisé l’émission. Michael F. Brown a apporté son aide à la préproduction, et l’auteur de ces lignes a contribué à la postproduction.

Article original en anglais sur The Electronic Intifada / Traduction MR