Témoignages de Gazaouis : La survie qui s’organise au jour le jour dans l’enfer de Gaza – partie 594 / 10 (1).12 – Résilience de la femme palestinienne

Brigitte Challande, 12 décembre 2025. Compte rendu du deuxième atelier de soutien psychologique du Camp Al-Hurriya à l’ouest de Gaza-ville, 10 décembre.

« Les femmes déplacées dans les camps de fortune apparaissent comme un témoignage vivant de résilience quotidienne face à une réalité dépourvue des besoins humains les plus fondamentaux. Les camps, établis à la hâte comme abris d’urgence, ne disposent ni d’une infrastructure capable de répondre à l’ampleur des besoins humanitaires, ni d’un environnement respectant les besoins spécifiques des femmes portant le poids le plus lourd des responsabilités familiales en temps de guerre et de déplacement.

Des tentes qui ne protègent ni du froid ni de la chaleur, des installations sanitaires partagées sans aucune intimité, des sources d’eau limitées, et des espaces exigus provoquant une surpopulation étouffante : autant de facteurs qui amplifient la pression physique et psychologique sur les femmes palestiniennes, soudainement responsables de protéger leurs familles, d’apaiser leurs enfants, et de faire face au traumatisme de la perte et de la peur — tout cela sans espaces sûrs pour se reposer ou reconstruire leur énergie intérieure. Cette réalité impitoyable a placé la femme au premier front, rassemblant les fragments de sa famille, résistant en silence, et cherchant le moindre espace — aussi petit soit-il — pour respirer au milieu du chaos laissé par la guerre.

Dans ce contexte difficile, l’équipe de l’UJFP a poursuivi son travail de terrain, offrant des séances spécialisées de soutien psychologique destinées aux groupes les plus vulnérables, en premier lieu les femmes déplacées. La deuxième séance dans le camp Al-Hurriya a débuté par une introduction de présentation entre l’équipe et les participantes. L’équipe a expliqué sa mission humanitaire et le rôle de l’UJFP dans la mise en place d’interventions psychologiques professionnelles adaptées à la sensibilité du contexte de guerre et de déplacement. Elle a également présenté les objectifs du programme d’ateliers, visant à transformer leurs environnements oppressants en petites opportunités pour renouveler leur énergie psychique.

Le thème de la séance : La résilience de la femme palestinienne : gestion du stress et du traumatisme. Posséder des mécanismes d’autorégulation émotionnelle renforce sa capacité à remplir ce rôle sans s’effondrer sous le poids des responsabilités.

Après avoir souhaité la bienvenue aux 30 participantes, l’équipe est passée à une explication du contenu de l’atelier, l’importance de réserver de courts moments quotidiens pour les soins personnels, même dans les conditions les plus difficiles.

Le premier axe de l’atelier portait sur la relation profonde entre le corps et les émotions, sous le titre Mon corps, miroir de mes émotions. L’équipe a expliqué comment le stress psychologique se transforme en tension physique, souvent accumulée dans les épaules, la mâchoire et le haut du crâne. Un exercice pratique simple a été présenté pour aider les femmes à identifier et relâcher ces zones de tension grâce à des mouvements faciles à effectuer à tout moment, même dans une tente ou en s’occupant des enfants. Ce passage a aidé les participantes à comprendre que reprendre le contrôle du corps constitue une étape essentielle pour reprendre le contrôle des émotions.

Le deuxième axe, L’énergie des 5 minutes, visait à briser l’idée selon laquelle le soin de soi nécessite beaucoup de temps ou des conditions idéales. Les femmes ont été encouragées à consacrer seulement cinq minutes par jour à la respiration profonde, au silence, à boire une tasse de thé sans interruption, ou à effectuer un geste simple leur procurant un sentiment de confort. L’équipe a souligné que ces quelques minutes font une grande différence en réduisant le stress et en rééquilibrant le système nerveux.

Le troisième axe, Nous sommes résilientes ensemble, a porté sur l’importance des réseaux de soutien mutuel entre femmes dans le camp, et sur la manière dont la solidarité collective peut alléger la charge psychologique de chacune. L’équipe a évoqué l’importance de petites initiatives telles que l’échange de garde d’enfants pour quelques minutes, le partage des expériences quotidiennes, ou une parole bienveillante offrant à l’autre le sentiment qu’elle n’est pas seule face à l’épuisement.

Après, l’équipe a proposé une activité psychologique interactive visant à permettre l’expression symbolique comme moyen de décharge émotionnelle. Des feuilles et des stylos ont été distribués, et les femmes ont été encouragées à dessiner ou écrire ce qui reflète leur sentiment durant cette période de déplacement. Les femmes ont commencé à parler de leurs peurs, du poids des responsabilités, de la perte de leurs maisons, de leurs moments de fragilité, de leurs tentatives constantes pour protéger leurs enfants de l’effondrement. Cet espace sûr a constitué un moment charnière dans l’atelier, transformant la séance d’un cadre formateur en un cercle humain où chaque voix était entendue et respectée.

Pendant le temps de parole libre, une femme a confié que « la pression dans sa tête ne la quittait jamais » et que, pour la première fois, elle avait senti le besoin de respirer pour elle-même, et non seulement pour ses enfants. Une jeune participante a exprimé son soulagement en découvrant qu’elle n’était pas seule et que la fatigue qu’elle ressentait était partagée par la plupart des femmes autour d’elle.

Après cet échange émotionnel, l’équipe a proposé une activité psycho-récréative visant à réintroduire un peu de joie et de rire dans l’atmosphère, à travers un jeu collectif léger basé sur le mouvement et l’interaction. Ce n’était pas qu’un simple divertissement, mais un outil psychologique destiné à reconnecter les femmes à une énergie positive, capable d’atténuer le sentiment de lourdeur et de peur.

En conclusion, l’équipe a réaffirmé que les ateliers de soutien psychologique ne sont pas un luxe, mais une nécessité humaine dans les contextes de déplacement où la capacité d’endurance de l’individu s’érode jour après jour. L’équipe a également insisté sur l’importance de poursuivre de tels ateliers, car ils ancrent une culture de sensibilisation psychologique et offrent aux femmes des outils pratiques pour transformer le chaos environnant en énergie de résilience. Semer les graines de la résilience psychologique et renforcer la capacité à affronter les jours à venir avec davantage de solidité. »

Photos et vidéos ICI.


Retrouvez l’ensemble des témoignages d’Abu Amir et Marsel :

*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l’Union Juive Française pour la Paix.
*Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l’enfance.
Tous les deux sont soutenus par l’UJFP en France.

Partie 541 : 6 octobre. Partie 542 : 7 octobre. Partie 543 : 7 octobre (1). Partie 544 : 8 octobre. Partie 545 : 9 -10 octobre. Partie 546  : 9-10-11 octobre. Partie 547 : 11-12 octobre. Partie 548 : 13 octobre. Partie 549 : 14 octobre. Partie 550 : 15 octobre. Partie 551 : 16 octobre. Partie  552 : 17 octobre. Partie 553 : 18-19 octobre. Partie 554 : 19-20 octobre. Partie 555 : 21 octobre. Partie 556 : 22 octobre. Partie 557 : 24 octobre. Partie 558 : 25-26 octobre. Partie 559 : 26 octobre. Partie 560 : 27 octobre. Partie 561 : 28 octobre. Partie 562 : 29 octobre. Partie 563 : 31 octobre. Partie 564 : 2 novembre. Partie 565 : 3 novembre. Partie 566 : 4 novembre. Partie 567 : 4 novembre (1). Partie 568 : 6 novembre. Partie 569 : 7 novembre. Partie 570 : 8-9 novembre. Partie 571 : 9-10 novembre. Partie 572 : 11 novembre. Partie 573 : 13 novembre. Partie 574 : 14 novembre. Partie 575 : 14 novembre (1). Partie 576 : 16 novembre. Partie 577 : 16 novembre (1). Partie 578 : 17 novembre. Partie 579 : 19 novembre. Partie 580 : 21 novembre. Partie 581 : 22 novembre. Partie 582 : 22-23 novembre. Partie 583 : 24 novembre. Partie 584 : 25 novembre. Partie 585 : 27 novembre. Partie 586 : 29 novembre. Partie 587 : 30 novembre. Partie 588 : 3 décembre. Partie 589 : 5 décembre. Partie 590 : 6 décembre. Partie 591 : 8 décembre. Partie 592 : 9 décembre. Partie 593 : 10 décembre.

* Témoignages du 20 novembre 2023 au 5 janvier 2025 (partie 1 à 268)
* Témoignages du 5 janvier au 9 mai 2025 (partie 269 à 392)
* Témoignages du 10 mai au 5 octobre 2025 (partie 393 à 540)
Pour participer à la collecte "Urgence Guerre à Gaza" : HelloAsso.com
Les témoignages sont publiés sur UJFP / Altermidi / Le Poing