Partager la publication "Témoignages de Gazaouis : La survie qui s’organise au jour le jour dans l’enfer de Gaza – partie 504 / 29 août – Entre feu et exode : une petite apocalypse !"
Brigitte Challande, 30 août 2025.- Un texte d’Abu Amir, le 29 août au soir, sur la situation en ce moment à Gaza-ville.
« Dans la matinée du vendredi 29 août, les autorités d’occupation israéliennes ont annoncé que la ville de Gaza, avec toutes les vies, la mémoire et l’humanité qu’elle abrite, sortait du cadre de ce qu’elles appellent une « trêve tactique », pour être officiellement classée « zone de combat dangereuse ». Cette déclaration n’est pas une simple nouvelle passagère ou une directive militaire limitée, mais bien une condamnation à mort signée pour un million d’êtres humains qui peuplent la ville. Quelques heures après l’annonce, le ciel s’est rempli du bruit assourdissant des avions de guerre et les explosions ont retenti dans les quartiers, transformant le paysage en une toile de destruction, où les immeubles s’effondraient comme des feuilles mortes, et où les rues s’emplissaient de poussière et de sang.

Source : PIC
Gaza, qui a vécu de longues années sous un blocus étouffant, se retrouve aujourd’hui sans protection politique ni humaine. La décision de l’occupation de retirer toute « couverture tactique » à ses habitants est une déclaration explicite que chaque maison est une cible, chaque rue un champ de bataille, et chaque vie un projet d’exécution. Certains quartiers, jadis animés, se sont transformés en ruines en quelques instants, tandis qu’un épais nuage de fumée noire recouvrait le ciel de la ville, plongeant ses habitants dans la terreur, incapables de savoir où fuir.
La scène la plus cruelle fut celle de l’exode massif. Des centaines de familles n’ont eu d’autre choix que de quitter leurs maisons menacées de bombardement, se dirigeant vers le centre et le sud de la bande de Gaza dans une odyssée de souffrance et de désespoir. Les hommes portaient ce qu’ils pouvaient de leurs biens, les femmes entraînaient leurs enfants à travers des routes dévastées, et les personnes âgées marchaient lourdement, ignorants où le destin les mènerait. Des files humaines s’étiraient sur les routes jonchées de débris, tandis que les avions survolaient sans cesse le ciel, comme si la mort les poursuivait jusque dans leur fuite.
Le centre et le sud de la bande de Gaza sont devenus les destinations des déplacés, mais ces zones ne sont pas en meilleur état que le nord et la ville. Ces régions, déjà surpeuplées, voient leurs maisons accueillir des effectifs bien au-delà de leurs capacités, tandis que beaucoup se voient contraints de dormir dehors, sous les arbres ou dans les places publiques. Il n’y a pas assez de tentes, pas de centres adaptés, ni aucune infrastructure capable d’absorber ce flot humain. Ils fuient les bombardements, mais savent au fond d’eux qu’ils ne font que passer d’un danger à un autre, de la mort sous les décombres à une mort probable par la faim, la soif ou la maladie.

Des avions de guerre israéliens ont bombardé la tente de déplacés de la famille Nassar à Al-Sudaniya, au nord de Gaza-ville, tuant toute la famille, y compris deux enfants, et laissant les proches dévastés à l’hôpital Al-Shifa. 29 août 2025. (source Times of Gaza)
Ce sont des scènes de déplacement remplies de tragédie : des enfants pleurent de faim et de soif, des femmes crient leur peur pour leurs enfants, et des hommes restent impuissants devant leurs familles dont la vie s’est effondrée en une nuit. De petites camionnettes transportent quelques matelas et couvertures, des charrettes à bras tirent les restes des biens, et même les chevaux, les bicyclettes ou les simples pas à pied servent à cette fuite effrénée d’une ville exterminée à ciel ouvert. Pas assez d’eau, pas de nourriture ni de médicaments, et tout ce qui leur reste est l’espoir de trouver un endroit un peu plus sûr, ne serait-ce que pour quelques heures.
Les hôpitaux qui n’ont pas encore été bombardés suffoquent sous le poids des blessés. Les médecins travaillent sans relâche, mais sans ressources ni équipements, tandis que les patients gisent à même le sol dans les couloirs. Les gémissements se mêlent aux explosions, les blessés hurlent et les médecins tentent l’impossible avec des moyens dérisoires. De l’autre côté, des corps restent prisonniers des décombres, que personne ne peut retirer à cause des bombardements continus qui transforment les quartiers en cimetières collectifs silencieux.
Ce qui se déroule aujourd’hui à Gaza n’est pas une simple opération militaire, mais bien un crime de génocide à part entière. Un million d’êtres humains ont été laissés à leur sombre destin : soit rester sous les bombardements dans une ville en flammes, soit se réfugier vers le centre et le sud de la bande de Gaza, là où il n’y a ni abris, ni ressources vitales. Ici, l’exode n’est pas un passage d’une maison à une autre, mais un chemin de souffrance sans fin, marqué par l’humiliation, la faim et la peur. Les habitants ne portent plus que leurs âmes fatiguées qui marchent sur des routes bordées de bombes, en quête d’une sécurité introuvable dans un territoire exigu et assiégé de toutes parts.

Tous les habitants de Gaza — 1,3 million — sont actuellement entassés dans la partie ouest — devant la ligne blanche. (Source Motasem A Dalloul)
C’est un déplacement qui ne fait qu’amplifier la détresse humaine et transforme la vie des civils en tragédie continue. Les enfants, qui devraient vivre leur enfance, reconnaissent désormais les sons des avions et comptent les bombes au lieu de jouer. Les femmes, qui aspiraient à construire une vie paisible, se retrouvent à protéger leurs familles d’une mort certaine. Quant aux personnes âgées, elles sont devenues témoins d’un crime qu’elles n’auraient jamais imaginé voir de leur vivant : un crime perpétré en direct, sous le silence du monde et l’impuissance de la communauté internationale.
Ce qui rend la catastrophe encore plus grave, c’est que même les organisations humanitaires se retrouvent incapables d’agir sous la menace directe. Les entrepôts sont vides, les convois humanitaires sont interrompus, et les habitants crient leur faim et leur soif sans recevoir aucune aide. Ils vivent sans nourriture, sans médicaments, sans abris et sans sécurité, enfermés dans un morceau de terre exigu, attendant la mort à chaque instant. Gaza aujourd’hui n’est pas seulement une ville sous bombardements, c’est un symbole du plus haut degré de souffrance humaine, un test pour la conscience mondiale qui continue de garder le silence.
La scène générale ressemble à une petite apocalypse : un ciel couvert de fumée, des routes bondées de déplacés, des hôpitaux effondrés, des quartiers détruits, et des âmes égarées cherchant un refuge inexistant. C’est une tragédie ouverte à toutes les possibilités, et le plus grave est qu’elle s’aggrave d’heure en heure. L’exode massif n’est qu’un nouvel épisode d’une longue chaîne de souffrances, mais aujourd’hui il est plus grand, plus profond et plus douloureux. Un million de vies menacées d’extermination, des voix qui se perdent dans le vide, tandis que la mort continue de faucher des vies sans répit.

Des snipers israéliens traquent les civils dans le quartier Al Sabra, à Gaza-ville. 28 août 2025. @TamerMisshal
Gaza est devenue une plaie béante au cœur de l’humanité, une blessure qui dévoile la cruauté de l’occupation et le silence du monde. Ce qui se passe n’est pas une simple nouvelle passagère, mais un crime historique qui restera une tache de honte sur le front de l’humanité. Un crime qui ne s’efface pas avec le temps, et qui rappellera aux générations futures ce qui est arrivé lorsque le monde s’est tu, laissant un million d’êtres humains affronter seuls la mort. »
Retrouvez l’ensemble des témoignages d’Abu Amir et Marsel :
*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l’Union Juive Française pour la Paix.
*Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l’enfance.
Tous les deux sont soutenus par l’UJFP en France.
Cliquez ici pour consulter les Témoignages du 20 novembre 2023 au 5 janvier 2025 (partie 1 à 268) Cliquez ici pour consulter les Témoignages du 5 janvier au 9 mai 2025 (partie 269 à 392)
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Pour participer à la collecte « Urgence Guerre à Gaza » : HelloAsso.com
Les témoignages sont également publiés sur UJFP, Altermidi et sur Le Poing.