Partager la publication "Élections présidentielle et législatives sous l’ère Abbas : le cas particulier de Jérusalem et le risque de perpétuer la division"
Ahmed Al Abd, 14 juillet 2026. — La décision du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, de convoquer des élections pour le Conseil législatif palestinien le 28 novembre s’inscrit dans le cadre des conditions imposées par les Européens et les Américains à Abou Mazen, notamment après l’échec des élections du Conseil national de l’OLP, jugées insuffisantes pour renouveler la légitimité des institutions de l’Autorité palestinienne.

Marwan Barghouti, incarcéré dans les geôles de l’occupation depuis 2002, « s’impose comme un facteur déterminant dans les calculs de la direction palestinienne« . Il est régulièrement torturé par ses geôliers. Il y a quelques jours, un gardien lui a tiré une balle en caoutchouc dans la jambe, dans sa cellule.
Le décret présidentiel stipule que les élections se tiendront à Jérusalem, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, mais il évite de répondre à la question plus complexe du mécanisme d’organisation du scrutin à Jérusalem ; or, c’est précisément sur ce point de blocage qu’Abbas s’était appuyé en 2021 pour annuler les élections quelques semaines avant la date prévue, après que la puissance occupante a refusé d’autoriser leur tenue au sein de la ville. Le décret laisse également en suspens la date de l’élection présidentielle, indiquant seulement qu’elle aura lieu au cours du premier trimestre de l’année prochaine ; il s’agit manifestement d’une tentative de sonder l’humeur populaire via les élections législatives avant de passer à la présidentielle, un processus susceptible de redéfinir les rapports de force au sein du système politique palestinien.
Avant la publication du décret, Abbas avait apporté des modifications substantielles à la loi électorale, avec une dimension politique dépassant le simple cadre procédural. Ces amendements ont porté le nombre de membres du Conseil législatif de 132 à 200, abaissé l’âge d’éligibilité à 23 ans et augmenté le taux de représentation des femmes, tout en imposant un minimum de vingt candidats par liste et en exigeant des candidats qu’ils adhèrent au programme politique de l’OLP ainsi qu’aux résolutions de la « légitimité internationale ». La modification la plus notable a consisté à abaisser le seuil électoral de 2 % à 1 % — permettant ainsi à un plus grand nombre de petites listes d’être représentées au sein du futur conseil — et à conférer aux membres élus du Conseil législatif le statut de membres du Conseil national de l’OLP, conférant ainsi au scrutin une portée qui dépasse la simple formation d’un parlement pour toucher à la recomposition des institutions mêmes de l’OLP.
Bien que ces amendements soient présentés comme un moyen d’élargir la participation politique, l’augmentation du nombre de sièges et la réduction du seuil électoral requis pourraient contribuer à une dispersion des suffrages et à une incertitude accrue quant aux résultats, affaiblissant ainsi les chances de constituer des blocs équilibrés au sein du Conseil. L’obligation persistante d’adhérer à la plateforme politique de l’OLP soulève des interrogations quant à l’ampleur réelle de l’ouverture au pluralisme politique : la compétition opposera-t-elle véritablement des programmes distincts, ou se transformera-t-elle en une rivalité entre personnalités et listes locales ? Les répercussions de ces amendements ne se limitent pas à la sphère politique ; le passage à 200 membres pour le Conseil entraîne des charges financières et administratives supplémentaires, tant pour l’organisation du processus électoral que pour la gestion de la nouvelle assemblée.
Cette situation survient alors que se sont dissipés les espoirs d’une large partie des élites politiques — qui prônaient la tenue simultanée d’élections présidentielles et législatives comme véritable voie vers le renouvellement de la légitimité et la sortie de l’impasse politique qui perdure depuis plus de vingt ans. Le maintien des législatives couplé au report de la présidentielle suscite des doutes quant à la capacité de cette démarche à engendrer un changement structurel du pouvoir, dans la mesure où elle perpétue la concentration du centre de gravité politique au sein de l’institution présidentielle, laquelle reste centrée sur la personne même d’Abou Mazen. Ces interrogations se font d’autant plus pressantes en l’absence de consensus national sur les règles du processus électoral ; les forces palestiniennes restent divisées sur les conditions de candidature et sur la nature de la prochaine étape, tandis que des observateurs avertissent que certaines restrictions juridiques pourraient accentuer l’exclusion politique, reproduisant ainsi la division actuelle au lieu de la surmonter.
Toutefois, les amendements juridiques ne semblent pas suffire à garantir une issue électorale favorable à Abbas et au Fatah ; ce dernier aborde l’échéance en proie à des divisions internes et à une multiplicité de centres de pouvoir, laissant entrevoir la possibilité de l’émergence de plusieurs listes concurrentes issues du mouvement. Ces désaccords ont fait surface durant et après le « huitième congrès » du mouvement, les membres du Comité central Jibril Rajoub et Mahmoud al-Aloul boycottant les réunions de l’instance pour protester contre le mécanisme de répartition des commissions, consécutif à la nomination de Hussein al-Sheikh au poste de vice-président du mouvement.
Au cœur de ce paysage, le prisonnier Marwan Barghouti s’impose comme un facteur déterminant dans les calculs de la direction palestinienne. Il jouit d’une forte popularité au sein du mouvement, alors que l’on s’attend à ce qu’il se présente à l’élection présidentielle ou soutienne une liste législative indépendante si les dissensions au sein du Fatah persistent — une éventualité susceptible de redéfinir les rapports de force internes. Les médias israéliens soulignent que Barghouti demeure l’un des acteurs majeurs de la scène palestinienne, malgré son incarcération depuis 2002 ; il a su préserver son influence au sein du Fatah grâce à un réseau de proches collaborateurs, tout en restant l’un des noms les plus souvent cités pour succéder à Abbas.
Le mouvement « Réforme démocratique », dirigé par Mohammed Dahlan, se prépare à participer aux élections via une liste indépendante ou des alliances nationales. Parallèlement, il est question, dans les cercles palestiniens, d’une initiative menée par l’ancien ministre Qaddoura Fares, ainsi que d’un possible retour de Nasser al-Kidwa sur la scène électorale ; autant d’éléments qui renforcent la probabilité de voir émerger plusieurs listes issues de la mouvance du Fatah.
Par ailleurs, le Hamas représente le défi extérieur le plus important pour le Fatah, car il conserve une influence populaire notable, notamment en Cisjordanie. Le mouvement envisagerait une participation directe ou un soutien à des listes nationales indépendantes et à des personnalités technocrates politiquement compatibles avec lui ; une telle stratégie complexifierait davantage le paysage électoral et accroîtrait la pression sur le Fatah. Dans ce contexte, les analyses israéliennes indiquent que Barghouti a cherché à maintenir des canaux de communication avec diverses factions, en particulier le Hamas, convaincu qu’aucun projet politique palestinien ne saurait être viable sans un large partenariat national. C’est ce qui expliquerait, selon la version israélienne, l’intérêt du Hamas à inclure son nom dans tout accord d’échange de prisonniers et à le considérer comme une figure capable de mener une nouvelle phase politique.
Article original en arabe sur Al-Akhbar / Traduction ISM