Le Hamas n’avait d’autre choix que de gouverner Gaza et a tenté à maintes reprises de trouver des solutions

Robert Inlakesh, 13 juillet 2026. – La décision du Hamas de dissoudre le comité chargé de gouverner la bande de Gaza n’était ni une ruse ni un simple geste symbolique ; le mouvement cherchait depuis longtemps à transférer le contrôle de l’administration civile du territoire. Bien que les sionistes aient affirmé que l’administration du territoire par le Hamas constituait le principal obstacle à la « paix », rien n’est plus faux.

Ismail al-Thawabta, directeur général du bureau des médias du gouvernement, annonce la dissolution du conseil chargé du gouvernement de la bande de Gaza lors d’une conférence de presse à l’hôpital Al-Aqsa de Deir el-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 6 juillet 2026.

Malgré le refus israélo-US de mettre en œuvre les termes convenus pour le cessez-le-feu à Gaza — la deuxième phase de l’accord n’ayant jamais été entamée, laissant la situation dans l’incertitude —, le Hamas a récemment pris une mesure visant à démontrer à la communauté internationale sa volonté de prendre l’initiative en toute bonne foi. Aussitôt, les Israéliens et leurs défenseurs ont commencé à échafauder des récits prétendant qu’il s’agissait d’une manœuvre du Hamas, tout en affirmant que le groupe palestinien devait désarmer pour que la seconde phase de l’accord puisse débuter.

Les États-Unis et leur soi-disant « Conseil pour la paix » (Board of Peace) n’ont déployé que peu ou pas d’efforts concernant le cessez-le-feu, alors même que son existence avait été autorisée par le Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU). Lorsque des mesures ont été prises, elles ont généralement consisté à protéger les Israéliens de toute critique, bien que ces derniers aient tué plus de 1.000 Palestiniens depuis le début du cessez-le-feu et bloqué l’entrée de nombreux biens de première nécessité dans le territoire où se trouvent les personnes déplacées à l’intérieur du pays.

Afin de tenter de relancer le processus, le Hamas a annoncé la dissolution du comité provisoire mis en place pour gouverner la population après qu’elle a subi un génocide total. Les détracteurs de cette initiative soutiennent que des personnes affiliées au Hamas pourraient siéger au futur organe technocratique auquel le mouvement vient de céder la place ; il ne s’agit là que d’un prétexte pour empêcher tout progrès supplémentaire.

Malheureusement, même si la mise en place d’un organe technocratique pour gouverner Gaza aboutit, il est fort probable que les Israéliens qualifient ses membres d’agents du Hamas. Ils pourraient, par exemple, pointer du doigt le fait que ces technocrates ont travaillé auparavant pour l’administration civile de Gaza, laquelle était manifestement gérée par le Hamas. Il en irait de même si l’on tentait de démanteler l’administration civile de l’Autorité palestinienne (AP) en Cisjordanie occupée ; Inévitablement, les personnes les plus qualifiées pour occuper des postes au sein d’une administration technocratique ont probablement déjà exercé des fonctions auprès de l’Autorité palestinienne (AP) par le passé et peuvent même être affiliées au Fatah ou au FPLP. Cela ne signifie pas pour autant qu’elles sont des agents de ces organisations ; cela implique simplement que tous les emplois disponibles dans leur domaine nécessitent d’être employé par l’AP.

Le Hamas n’a pas pris le contrôle de l’administration civile à Gaza par simple soif de pouvoir ou par désir effréné de domination. Il a été poussé à participer aux élections législatives palestiniennes de 2006, qu’il a remportées haut la main, à sa propre surprise. Aussitôt arrivé au pouvoir, le mouvement a vu les États-Unis, leurs partenaires de l’UE et « Israël » chercher à le sanctionner pour avoir osé s’engager dans la voie démocratique.

L’UE et les États-Unis ont immédiatement imposé des sanctions à la bande de Gaza, Israël a instauré un blocus et l’administration Bush a secrètement soutenu un complot visant à renverser violemment le Hamas. Ce complot a finalement été déjoué en 2007 par les brigades Al-Qassam (la branche armée du Hamas), moment choisi par Israël pour durcir le blocus de Gaza.

Par la suite, la guerre civile palestinienne entre le Hamas et le Fatah a fait rage. Malgré d’innombrables tentatives de réconciliation, Gaza et la Cisjordanie sont restées divisées. Cette situation a résulté de l’ingérence conjointe des États-Unis, d’Israël et de l’UE, et non de la seule volonté des Palestiniens.

Après des années de tentatives d’unité infructueuses, une percée diplomatique a semblé se dessiner en 2014 entre le Hamas et le Fatah ; c’est alors qu’Israël a trouvé un prétexte opportun pour lancer une offensive massive contre la bande de Gaza. Non seulement le régime sioniste a tué plus de 2.300 Palestiniens, mais ses alliés à Washington ont veillé à ce que l’Autorité palestinienne renonce à tout accord d’unité.

En 2017, un accord d’unité a de nouveau failli aboutir entre le Hamas et l’Autorité palestinienne. Le Hamas était sur le point de transférer le contrôle de l’administration civile à l’Autorité palestinienne (AP). Le 1er novembre, le Hamas a dissous son comité de gestion et a remis le contrôle du point de passage de Rafah à l’AP, un événement célébré dans toute la bande de Gaza. Toutefois, les États-Unis et Israël sont de nouveau intervenus pour faire pression sur l’AP afin qu’elle fasse capoter l’accord.

Le contrôle de l’administration civile à Gaza n’a jamais été l’objectif affiché ou revendiqué publiquement par le Hamas. À maintes reprises, le mouvement a fait des pas en avant pour céder les rênes du pouvoir. Si les États-Unis, l’UE et Israël s’y opposent, c’est pour deux raisons :

  • Ils ne veulent pas que l’AP gouverne à la fois Gaza et la Cisjordanie car ils craignent que cela ne confère une légitimité à l’idée d’un État palestinien.
  • Le Hamas et les mouvements de résistance alliés refusent de désarmer dans le cadre d’un tel accord.

Le problème n’a jamais été que le Hamas s’accrochait au pouvoir ; il résidait dans la volonté d’Israël et de ses partenaires occidentaux complices d’empêcher la création d’un État palestinien et de priver le peuple palestinien de sa capacité à se défendre.

Article original en anglais sur Al Mayadeen / Traduction MR