Partager la publication "Le martyr humanitaire Muhammad Al-Habil : une vie de générosité inoubliable – un homme qui a vécu pour les autres et qui est parti parmi eux"
Ahmed Shaheen, 19 juin 2026. Il y a des gens qui traversent nos vies sans qu’on s’en aperçoive, et il y a ceux qui laissent une empreinte indélébile, peu importe le nombre d’années qui passent. Muhammad Al-Habil était de ceux-là. Il a consacré sa vie aux autres, vivant pour eux avant de vivre pour lui-même, et son départ laisse un vide immense et des souvenirs inoubliables.
Muhammad Al-Habil est né le 4 septembre 1988 dans le quartier de Sheikh Radwan, à Gaza, au sein d’une famille palestinienne modeste qui connaissait la valeur de la lutte et de la patience. Il a grandi dans les ruelles et les rues de son quartier, nourrissant de grands rêves et avec un cœur débordant de bonté. Dès son plus jeune âge, il était connu pour sa beauté intérieure, son calme et son amour des autres. Il était proche de tous et aimé de sa famille, de ses amis et de ses voisins.
Muhammad a choisi la voie de l’humanitaire, s’inscrivant à une école d’infirmiers et obtenant une licence. Il a ensuite commencé à travailler en 2009 comme infirmier à l’hôpital Al-Shifa, le plus grand de la bande de Gaza. Dès son premier jour, il a compris que le métier d’infirmier n’était pas un simple travail, mais une vocation noble exigeant sacrifice, patience et compassion.
Pendant de nombreuses années, Muhammad a été un modèle d’infirmier dévoué, plaçant le bien-être de ses patients au-dessus de tout. Il ne connaissait pas la fatigue et n’hésitait jamais à aider quiconque en avait besoin. Ses collègues témoignaient de sa compétence, de son intégrité et de son dévouement, tandis que ses patients vantaient sa gentillesse, sa douceur et sa compassion sincère. Il entrait dans les chambres des patients porteur d’espoir avant même de recourir aux médicaments, y laissant un sentiment de paix et de réconfort.
Avec le déclenchement de la guerre et les destructions et souffrances sans précédent qui l’ont accompagnée, le courage exceptionnel de Muhammad s’est révélé. Alors que beaucoup étaient contraints de fuir et de chercher refuge, il a choisi de rester à Gaza. Il a refusé de quitter sa ville et de renoncer à sa mission humanitaire, convaincu que sa place était auprès des malades, des blessés et des plus démunis. Il a poursuivi son travail dans les conditions les plus difficiles, se déplaçant entre hôpitaux et services médicaux, bravant la peur, le danger et la mort. Il savait que chaque jour pouvait être le dernier, mais il n’a jamais faibli, restant en première ligne, accomplissant son devoir avec un courage et un dévouement inébranlables.
Sa générosité ne se limitait pas à l’hôpital. Lorsque le quartier de Sheikh Radwan fut détruit et que de nombreux services essentiels furent interrompus, Muhammad fut parmi les premiers à se précipiter au secours de la population. Il participa au déblaiement des décombres, au déblaiement des routes, à l’aide aux familles sinistrées et à l’approvisionnement en eau des habitants, à une époque où même une goutte d’eau était devenue un rêve inaccessible pour beaucoup. Il n’a jamais refusé son aide à personne et n’a jamais hésité à répondre à l’appel de ceux qui étaient dans le besoin. Il considérait le service aux autres comme un devoir moral et humanitaire, sans rien attendre en retour.
Tous l’aimaient car son cœur était ouvert à tous. Ses patients l’aimaient, ses collègues l’aimaient, ses voisins et ses amis l’aimaient, car ils voyaient en lui un être humain authentique, incarnant la compassion, la noblesse et la loyauté.
Musa rêvait d’acheter un vélo pour jouer et s’amuser quelques jours avant sa mort, mais les missiles de l’occupation ne lui en ont pas laissé le temps.
Lundi 15 juin 2026, un jour tragique et déchirant, alors qu’il remplissait une citerne sur son toit pour subvenir aux besoins de sa famille et de ses voisins, il fut frappé par des missiles tirés par des avions de guerre israéliens. Son jeune fils, Musa, était avec lui – un enfant innocent, à peine âgé de sept ans, qui, comme tous les enfants, rêvait d’une vie paisible et d’un avenir radieux.
En un instant, Muhammad et son fils Musa tombèrent en martyrs, disparaissant ensemble comme ils avaient toujours vécu : un père aimant et son enfant innocent. Ils laissèrent derrière eux des cœurs brisés, des yeux emplis de larmes et une douleur indescriptible.
Muhammad tomba en martyr en accomplissant la mission de donner qui animait sa vie, et Musa tomba en martyr avant d’avoir pu pleinement profiter de son enfance ou réaliser ses rêves les plus simples. Ils ne sont plus là, mais leurs vies demeurent le témoignage d’une grande histoire humaine : celle d’un homme pour qui servir autrui était un honneur et être présent dans l’adversité un devoir incontournable. La communauté palestinienne a perdu un infirmier dévoué et un homme d’une grande noblesse, et le quartier de Sheikh Radwan a perdu l’un de ses plus illustres fils. Sa famille a perdu un père, un époux, un fils et un frère irremplaçable. Mais l’amour, le respect et l’influence positive que Muhammad a laissés derrière lui resteront vivants dans la mémoire de tous ceux qui l’ont connu.
Muhammad Al-Habil s’est éteint, emportant avec lui son fils Musa. Seuls leurs corps ont disparu. Leurs actes nobles, leur cœur pur et leurs actions sincères demeurent immortels.
Que Dieu ait pitié du martyr humanitaire Muhammad Al-Habil et de son fils Musa, et que leur mémoire soit un phare éclairant le chemin de l’humanité, de la loyauté et de la générosité. Puisse-t-Il les réunir au Paradis avec les prophètes, les justes, les martyrs et les vertueux — quels excellents compagnons ils sont !
Muhammad est décédé, laissant derrière lui sa femme et ses deux autres enfants, Osama et Zeina, sans ressources. Si une organisation caritative ou une personne est susceptible de les parrainer, elles peuvent se mettre en contact avec Ahmed Shaheen, beau-frère de Muhammad, par l’intermédiaire d’ISM-France.
Témoignage envoyé par l’auteur.


