Quand la guerre en Iran sera terminée : pourquoi la Cisjordanie pourrait être le prochain front de Netanyahu

Ramzy Baroud, 19 juin 2026. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu traverse peut-être la période la plus délicate de sa carrière politique. Il le sait. Ses alliés le savent. Et ses rivaux – au sein de sa coalition comme sur l’ensemble de l’échiquier politique israélien – se préparent à tirer profit de sa faiblesse croissante.

19 juin 2026. Pour la deuxième journée consécutive, des bulldozers israéliens ont poursuivi les travaux d’excavation sur des terres palestiniennes volées à Jénine, dans le cadre d’un projet d’établissement d’une nouvelle base militaire surplombant le camp de réfugiés de Jénine. Ce projet menace d’entraîner de nouveaux déplacements de population, après l’expulsion d’environ 21.000 Palestiniens du camp et la destruction ou la détérioration de près de la moitié de ses bâtiments. (source : compte X Mustafa Barghouti)

L’ancien ministre israélien de la Justice, Haïm Ramon, qui a également occupé le poste de vice-Premier ministre entre 2007 et 2009, figure parmi les dernières personnalités politiques israéliennes à se joindre au concert de critiques grandissant à l’encontre de Netanyahu.

« Au final », a déclaré Ramon dans une interview accordée à Radio Galey, citée par le média israélien Srugim, « nous n’avons pas gagné. » Il a ensuite analysé cet échec en termes crus : « Nous n’avons pas gagné au Liban, nous n’avons pas gagné en Iran et nous n’avons pas gagné contre le Hamas. »

Parmi les critiques les plus virulents figure l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, Gadi Eisenkot, qui a rejoint le gouvernement de guerre d’urgence de Netanyahou après les événements du 7 octobre 2023, avant de démissionner avec Benny Gantz en juin 2024.

Outre le fait d’accuser Netanyahou de ne pas avoir protégé Israël le 7 octobre, Eisenkot soutient que le Premier ministre a de facto abandonné le pouvoir de décision politique d’Israël au président américain Donald Trump, affaiblissant ainsi stratégiquement le pays.

Ironiquement, les partenaires de coalition de Netanyahou se sont souvent montrés encore plus opportunistes que l’opposition.

Depuis la formation du gouvernement de coalition actuel le 29 décembre 2022 – largement considéré comme le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël – des personnalités telles que le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, et le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, ont exploité à maintes reprises la vulnérabilité politique de Netanyahou pour étendre leur propre influence. Chaque fois que Netanyahou avait besoin de soutien politique pour se maintenir au pouvoir, ils exigeaient des concessions en retour.

Pour l’extrême-droite israélienne, l’incapacité de Netanyahu à remporter des victoires stratégiques décisives s’est souvent traduite par des opportunités de faire avancer leurs propres objectifs. Chaque revers sur le champ de bataille est devenu une occasion d’étendre la colonisation, de durcir les mesures contre les Palestiniens et d’ancrer davantage les politiques extrémistes.

Incapable de remporter la « victoire », Netanyahu a érigé la guerre perpétuelle en stratégie politique à part entière. Il en a résulté une guerre génocidaire à Gaza, des ravages considérables au Liban et une confrontation dangereuse avec l’Iran qui a maintes fois mené la région au bord d’une catastrophe majeure.

Pendant un temps, cette stratégie s’est avérée politiquement viable. Netanyahu a réussi à obtenir le soutien indéfectible des États-Unis pour entretenir la guerre. Parallèlement, l’incapacité de l’Europe et d’une grande partie de la communauté internationale à traduire en justice un criminel de guerre recherché lui a offert l’espace politique nécessaire pour poursuivre ses calculs sanglants.

Cependant, cette stratégie pourrait bien atteindre ses limites. Bien que cette possibilité puisse paraître encourageante, elle comporte un grave avertissement. Si Netanyahu ne peut plus soutenir les guerres qui ont prolongé sa vie politique pendant près de trois ans, il pourrait intensifier les hostilités là où la résistance est la plus faible : en Cisjordanie occupée.

Concernant l’Iran, il est de plus en plus admis que la confrontation actuelle est intenable et qu’un accord finira par émerger. De même, que le Liban soit formellement inclus ou non dans un éventuel accord futur, l’ambition d’Israël d’occuper durablement des portions de son territoire demeure insoutenable.

Historiquement, lorsqu’Israël ne parvient pas à réaliser une percée stratégique sur un front, il cherche à compenser sur un autre – généralement là où les Palestiniens sont les plus vulnérables et où le contrôle international est le plus faible.

À l’approche des élections israéliennes, il est donc raisonnable de craindre une nouvelle escalade du génocide à Gaza, qui ferait grimper le nombre de morts et l’ampleur des destructions à des niveaux sans précédent. Selon les autorités sanitaires de Gaza, près de 1.000 Palestiniens ont été tués depuis l’annonce de l’accord de cessez-le-feu en octobre, portant le bilan total du génocide israélien à Gaza à 73.000 morts.

Bien que la guerre menée par Israël n’ait pas réussi à briser la détermination palestinienne, son objectif principal demeure inchangé : le nettoyage ethnique des Palestiniens de Gaza et la transformation de la bande de Gaza en un espace devenu invivable pour les Palestiniens.

La Cisjordanie, cependant, présente un défi différent.

Israël y est confronté à un paysage politique fragmenté et à une Autorité palestinienne qui refuse d’élaborer une stratégie efficace pour contrer l’accélération de la violence israélienne, le nettoyage ethnique, les démolitions de maisons, les confiscations de terres et l’expansion incessante des colonies illégales.

Cette vulnérabilité a permis à Israël de passer des discussions sur l’annexion à sa mise en œuvre concrète. La stratégie repose sur deux piliers interdépendants : d’une part, la violence extrême et les déplacements de population, et d’autre part, l’expansion rapide des colonies.

Selon une étude d’Oxfam International publiée le 12 juin, Israël a tué 1.244 Palestiniens, dont 268 enfants, en Cisjordanie occupée depuis 2023, soit plus que le nombre total de victimes des dix-sept années précédentes cumulées.

Ce bain de sang s’accompagne de déplacements massifs de population qui ont déjà déraciné près de 46.000 Palestiniens, dont beaucoup vivaient dans des camps de réfugiés et des communautés vulnérables du nord de la Cisjordanie.

Un rapport d’Amnesty International, publié le 10 juin, documente le déplacement total ou partiel d’au moins 117 communautés bédouines et pastorales palestiniennes entre janvier 2023 et avril 2026.

Comme on pouvait s’y attendre, les violences, les déplacements, l’expansion des colonies et les vols de terres ne sont pas des événements isolés, mais les composantes d’un projet politique cohérent. En septembre 2025, Smotrich a officiellement proposé l’annexion de 82 % de la Cisjordanie occupée. Ce qui était autrefois présenté comme une vision politique se concrétise désormais progressivement sur le terrain.

L’ère Netanyahu touche peut-être à sa fin, mais avant que ce chapitre politique sanglant ne se referme, d’innombrables Palestiniens pourraient encore en subir les conséquences.

Les pays arabes et musulmans, ainsi que leurs alliés au sein de la communauté internationale, ne doivent pas attendre qu’Israël lance une offensive d’envergure en Cisjordanie avant de réagir.

Cette situation exige une attention urgente et une action immédiate.

Article original en anglais sur The Palestine Chronicle / Traduction MR