La tension sur plusieurs fronts aggrave l’« érosion stratégique d’Israël »

Al Mayadeen, 12 juin 2026. – Israël subit une érosion stratégique sur de multiples fronts. Sa dissuasion est fortement compromise et l’obstination du Premier ministre Benjamin Netanyahu à rester aligné sur le président américain Donald Trump paralyse l’armée israélienne, tandis que les colons du nord en paient le prix, rapporte Israel Hayom.

Le journal reconnaît que ce qui est présenté comme un « succès militaire » n’est en réalité rien d’autre qu’une « érosion stratégique ». Il note un sentiment d’anxiété généralisé au sein du commandement militaire israélien cette semaine, alimenté par des événements qui ont « fortement compromis » la capacité de dissuasion d’Israël.

« Manque de vision et de perspective » au Liban

Sur le front libanais, Israel Hayom a révélé une profonde frustration au sein des forces israéliennes face à la situation actuelle. Le rapport évoque un « manque de vision et de perspective », ainsi que l’incapacité de l’armée à tenir ses promesses d’éliminer le Hezbollah et de rétablir le calme dans les colonies du nord.

Yoav Limor, analyste militaire d’Israel Hayom, ajoute : « Le Hezbollah a tiré de manière calculée et mesurée au début des combats, tandis qu’en Israël, ils se sont empressés d’exploiter l’événement pour l’attaquer, comme ils l’espéraient depuis des mois afin de l’affaiblir et d’entraver sa réhabilitation. »

Le « piège parfait » pour le Hezbollah se retourne finalement contre Israël

« C’était censé être le piège stratégique parfait », poursuit Limor. « Le Hezbollah devait commettre une petite erreur et en payer le prix fort. Mais en réalité, c’est devenu un piège stratégique pour Israël. Au lieu d’avoir la liberté d’écraser le Hezbollah, Israël s’est retrouvé assiégé et contraint au sud du Liban. »

« Et au lieu d’être terrifié, le Hezbollah s’est retrouvé libre d’opérer, y compris en territoire israélien », ajoute Limor.

L’article qualifie la position israélienne au Liban de « frustrante », imputant cette situation aux restrictions imposées par le président américain Donald Trump à la liberté d’action israélienne, notamment à Beyrouth. Parmi les autres facteurs contribuant à cette situation difficile figurent l’extension des combats aux colonies israéliennes épuisées, l’absence de gain stratégique et les pertes quasi quotidiennes parmi les soldats, en particulier dues aux drones guidés par fibre optique.

Victoire de Téhéran, Washington ignore la « détermination iranienne »

Dans une analyse de la guerre US-israélienne contre l’Iran, Israel Hayom a déconstruit l’affirmation des dirigeants israéliens selon laquelle Téhéran aurait reçu une « leçon cinglante », affirmant que de nombreux éléments prouvent la victoire de l’Iran, notamment les suivants :

1. « Survie du régime » : La simple survie et la résilience du système politique et militaire iranien après avoir encaissé les frappes de la « plus grande puissance de la région et du monde » constituent une victoire en soi.

2. Impasse nucléaire et stratégique : L’incapacité des agresseurs iraniens à briser son emprise sur l’uranium enrichi, ainsi que leur échec à forcer l’ouverture du détroit d’Ormuz, représentent une autre victoire iranienne.

3. Équilibre diplomatique : C’est Washington, et non Téhéran, qui plaide pour un accord et semble prêt à assouplir ses conditions, une victoire incontestable pour l’Iran.

4. Influence régionale : Le fait que les États du Golfe restent « terrifiés par l’Iran » témoigne du succès iranien.

5. Perception mondiale : La perception d’« Israël » dans une grande partie du monde comme « le mal incarné », tandis que l’Iran est considéré comme le « moindre mal », est également perçue comme une victoire pour Téhéran.

Le journal a qualifié cette situation de « détermination iranienne » que Washington semble ignorer ou refuser de reconnaître. Il a rappelé que les États-Unis avaient eu l’occasion de « renverser le régime et de vaincre l’Iran », mais qu’ils n’y étaient tout simplement pas parvenus.

« Quiconque croit qu’Israël vivra en paix avec des affrontements répétés et fréquents contre l’Iran se trompe », ajoutait l’article.

Le journal a également noté que Netanyahu obéit aux ordres de Trump, même si cela se fait au détriment des soldats du nord, de l’armée israélienne et de la dissuasion israélienne. Il a souligné que les événements de cette semaine sur l’axe Beyrouth-Téhéran-Al-Quds-Washington prouvaient à quel point Israël a sombré, démontrant sa soumission totale à Trump et à ses exigences, au prix de sa propre dissuasion.

Plusieurs fronts unis contre Israël

Israel Hayom reconnait également que les différents fronts sont désormais unis contre Israël, l’Iran ayant ajouté le Liban à la liste des exigences non négociables présentées aux États-Unis. Le rapport confirme que la dissuasion israélienne s’est affaiblie face au Hezbollah au Liban, en Iran et au mouvement Ansar Allah au Yémen.

Le journal critique Washington pour avoir mené des pourparlers avec Téhéran de manière « infructueuse », ce qui ne fait que renforcer la confiance iranienne et permettre à Téhéran de durcir le ton de ses menaces. Ceci, à son tour, compromet les négociations d’Israël avec le Liban. Téhéran a élargi son champ d’action pour inclure le Sud-Liban, et non plus seulement Beyrouth, après avoir déclaré que toute attaque contre le Liban entraînerait une riposte contre Israël, ajoute l’article.

Enfin, le journal dresse un tableau sombre de la situation intérieure, admettant que l’armée est épuisée, les soldats à bout de forces et la société israélienne ravagée. La volonté de combattre n’existe que si une guerre est « véritablement nécessaire » et si l’ensemble d’Israël y participe. Or, selon l’article, ces conditions ne sont pas réunies.

« Il en résulte qu’Israël s’affaiblit », affirme le journal. « Et lorsqu’il s’affaiblit, l’autre camp le remarque immédiatement. »

Article original en anglais sur Al Mayadeen / Traduction MR