Partager la publication "Ce n’est pas l’Iran qui utilise le Liban comme monnaie d’échange"
Robert Inlakesh, 12 juin 2026. – Le président libanais Joseph Aoun a affirmé que l’Iran « utilise le Liban comme monnaie d’échange ». Non seulement cette affirmation est manifestement fausse, mais elle sous-entend également que Téhéran a un intérêt matériel à inclure le Liban dans son accord de cessez-le-feu.
Le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont récemment publié plusieurs déclarations incendiaires, accusant l’Iran d’être responsable du massacre de civils libanais par Israël et de son invasion illégale du sud du Liban.
Ces accusations contre l’Iran ne sont pas nouvelles. Depuis des décennies, elles sont propagées par des politiciens israéliens et des groupes de réflexion sionistes tels que le Washington Institute for Near East Policy (WINEP). Il existe toutefois une différence importante lorsque de telles affirmations sont reprises par un président libanais dont le gouvernement a reçu l’ordre d’entamer des négociations directes avec un ennemi qui, en quelques mois seulement, a tué près de 3.600 citoyens libanais et continue d’occuper le territoire libanais.
L’idée même que le Liban puisse servir de « monnaie d’échange » est factuellement erronée dans le cas de l’Iran. Une telle idée sous-entend que Téhéran utiliserait le Liban à son avantage, ce qui est manifestement faux. Bien au contraire, les exigences iraniennes, à savoir le retrait d’Israël du territoire libanais et la cessation de ses bombardements, rendent la perspective d’un accord encore plus difficile.
Si l’on s’en tient uniquement aux avantages matériels que l’Iran pourrait tirer, les autres demandes formulées – à savoir des garanties contre toute agression future, le retrait des forces américaines de la région, la levée des sanctions, la reconnaissance de son contrôle sur le détroit d’Ormuz, le déblocage de ses avoirs et des compensations – constituent des gains tangibles. En revanche, l’exigence d’un cessez-le-feu sur tous les fronts, et notamment le retrait complet d’Israël du territoire libanais, n’offre aucun avantage matériel direct à l’Iran. Il s’agit d’une question de principe et non d’intérêt personnel.
On pourrait arguer qu’en insistant sur l’inclusion du Liban dans l’accord de cessez-le-feu, l’Iran cherchait à renforcer sa position tout en démontrant sa loyauté envers ses alliés. Pourtant, s’il s’agissait d’une revendication essentiellement stratégique ou symbolique, Téhéran aurait pu se contenter d’accepter le retour au statu quo imposé par Israël au Sud-Liban avant le 2 mars.
Au lieu de cela, l’Iran exige qu’Israël ne soit plus autorisé à agir comme il l’a fait après l’annonce de l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024, qu’il a violé, selon la FINUL, au moins 15.400 fois. L’Iran a clairement indiqué qu’un accord purement symbolique ne l’intéresse pas ; il souhaite des garanties crédibles qu’Israël cessera ses bombardements et se retirera du territoire libanais.
En réalité, ce genre de déclarations s’explique par deux raisons : premièrement, si un accord global avec l’Iran contraignait le régime sioniste à se retirer complètement, les dirigeants libanais perdraient toute légitimité. Deuxièmement, cet argument reprend fidèlement un discours tenu par des responsables américains.
En 2021, le Hezbollah a facilité l’acheminement de cargaisons de carburant iranien vers le Liban, alors que le pays traversait une grave crise énergétique. L’année suivante, Téhéran a également offert gratuitement des livraisons de carburant supplémentaires au Liban. Plus généralement, l’Iran a toujours apporté un soutien financier à diverses initiatives sociales libanaises, notamment des programmes d’aide sociale, une assistance aux communautés à faibles revenus et des efforts de reconstruction.
Bien que les dirigeants libanais arrivés au pouvoir en février 2025 aient adopté une position généralement hostile envers le Hezbollah et l’Iran, Téhéran n’a pas cherché à entraver la formation du gouvernement. En réalité, Nawaf Salam et Joseph Aoun sont arrivés au pouvoir dans un contexte politique où le Hezbollah et le mouvement Amal ont finalement choisi de ne pas bloquer le processus, apparemment dans l’intérêt de la préservation de la stabilité intérieure.
Les allégations selon lesquelles l’Iran serait responsable de la guerre sont tout simplement absurdes. L’ambassadeur iranien a été déclaré persona non grata, et pourtant le gouvernement libanais est désormais disposé à entamer des négociations directes avec les Israéliens. Toutes les accusations portées contre l’Iran sont dénuées de sens.
Si Joseph Aoun et Nawaf Salam croyaient réellement à la souveraineté libanaise, ils expulseraient également l’ambassadeur américain, qui représente un gouvernement donnant littéralement son feu vert aux frappes aériennes israéliennes contre le Liban. En ce sens, l’argument contre l’Iran n’est pas nouveau ; il s’appuie sur des récits anciens qui circulent depuis des décennies et qui manquent souvent de fondement.
On affirme souvent qu’une condition essentielle à tout cessez-le-feu devrait être la cessation des hostilités et le retrait des forces des territoires occupés. Dans ce contexte, les avertissements iraniens selon lesquels de nouvelles frappes israéliennes sur Beyrouth entraîneraient des représailles sont intervenus dans un climat de fortes tensions, à la veille du troisième cycle de négociations directes Liban-Israël, durant lequel l’escalade israélienne prévue n’a pas eu lieu.
Pendant quinze mois, la diplomatie a eu une chance. Résultat : les Israéliens occupent toujours le Sud-Liban et continuent de bombarder le territoire libanais, tandis que les États-Unis ont élaboré un plan de désarmement de la Résistance.
Article original en anglais sur Al Mayadeen / Traduction MR
