Partager la publication "Francesca Albanese : « L’éviction de Karim Khan s’inscrit parfaitement dans la lutte pour neutraliser le mandat d’arrêt contre Netanyahu »"
Middle East Eye, 26 juillet 2026.- La rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés a déclaré samedi que l’éviction du procureur en chef de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, ne pouvait être dissociée de la campagne lancée pour faire annuler le mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
« L’éviction de Khan s’inscrit parfaitement dans la lutte pour neutraliser le mandat d’arrêt contre Netanyahu. La coïncidence est un luxe que le droit international ne peut plus se permettre », a écrit Francesca Albanese sur X.
« Cela prouve que la justice menace bel et bien l’Israël de l’apartheid et ses alliés. Si la CPI est paralysée, les avocats et les juges du monde entier doivent en faire davantage. »
La déclaration d’Albanese faisait suite à un article des médias israéliens indiquant que le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, avait « joué un rôle actif » dans les initiatives d’éviction de Khan.
L’article citait un haut responsable israélien affirmant que « Saar a supervisé un groupe de travail dédié et a déployé des efforts diplomatiques intensifs pour obtenir le renvoi de Khan ».
La décision de Khan de demander des mandats d’arrêt contre Netanyahu et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant en mai 2024, pour des crimes de guerre présumés à Gaza, a déclenché une campagne féroce de menaces et de sanctions à son encontre ainsi que contre ceux qui soutiennent le travail de la Cour sur la Palestine.
Francesca Albanese, avocate italienne spécialisée dans les droits de l’homme qui occupe ce mandat de l’ONU depuis 2022, réagissait au vote des États membres de la CPI — lors d’une session extraordinaire à New York — sur la destitution de Khan pour des allégations de mauvaise conduite.
82 des 125 États parties à la Cour ont soutenu cette éviction lors d’un scrutin secret, dépassant ainsi le seuil requis de 63 voix. 13 ont voté contre et 15 se sont abstenus. C’est la première fois qu’un procureur en exercice de la CPI est évincé.
« Le camp pro-apartheid »
Albanese avait précédemment accusé un « camp pro-apartheid » de chercher à évincer Khan. En mars, après que Middle East Eye a révélé qu’un comité de trois experts juridiques nommés par l’organe de contrôle de la Cour avait innocenté Khan à l’unanimité, Albanese a écrit que « le camp pro-apartheid s’efforce déjà de l’évincer QUOI QU’IL ARRIVE : ceux qui défendent la justice doivent veiller à ce que cette tentative échoue ».
Le comité a conclu que les constatations des enquêteurs de l’ONU « n‘établissent ni faute ni manquement au devoir au regard du cadre applicable ».
Le Bureau de l’Assemblée des États parties, un organe exécutif composé de 21 diplomates, a voté quelques semaines plus tard pour écarter cette conclusion.
MEE a révélé ce mois-ci que le Bureau avait également modifié les règles de vote, fusionnant un scrutin prévu en deux étapes en une motion unique et abaissant le seuil effectif requis pour une révocation.
Albanese a été sanctionnée par l’administration de Donald Trump en juillet 2025, quelques jours après avoir publié un rapport citant plus de 60 entreprises qui, selon elle, tiraient profit de l’occupation israélienne.
Khan est le premier responsable de la CPI à être visé par le même décret présidentiel, en février 2025, en raison des mandats d’arrêt demandés à l’encontre de Netanyahu et de Gallant.
Onze responsables de la CPI avaient été sanctionnés à la fin de l’année dernière, notamment les deux procureurs adjoints et plusieurs juges ayant statué contre Israël.
Les mandats d’arrêt visant Netanyahu et Gallant restent en vigueur et ne peuvent être retirés que par des juges.
Israël réclame l’abandon de ces mandats.
S’exprimant avant que la révocation du procureur ne soit officiellement confirmée, Saar a appelé la Cour à abandonner les mandats d’arrêt contre les responsables israéliens, réitérant l’affirmation israélienne — démentie par les faits — selon laquelle ces mandats avaient été émis à la hâte pour détourner l’attention d’accusations d’inconduite sexuelle.
« Ces mandats, émis contre un pays qui n’est même pas membre de la CPI, n’auraient jamais dû être demandés et doivent être révoqués immédiatement », a-t-il écrit sur X.
Depuis l’émission des mandats par les juges de la chambre préliminaire en novembre 2024, Israël a multiplié les recours juridiques pour les invalider. Deux points restent en suspens, notamment l’argument d’Israël selon lequel la Cour n’aurait aucune compétence à l’égard de ses ressortissants, dans la mesure où Israël n’est pas partie au Statut de Rome.
Le Bureau du Procureur est désormais dirigé par les procureurs adjoints Nazhat Shameem Khan et Mame Mandiaye Niang ; tous deux ont été sanctionnés par les États-Unis en août, en vertu du même décret présidentiel que celui qui a visé Albanese et Khan.
À la suite du vote actant ce départ, le Bureau du Procureur de la CPI a publié un communiqué affirmant que ses travaux se poursuivraient sans interruption.
L’élection d’un nouveau procureur devrait suivre, mais aucun calendrier n’a encore été annoncé par l’organe directeur de la Cour.
Article original en anglais sur Middle East Eye / Traduction MR