L’État palestinien n’est pas la solution

Manal A. Jamal, 29 août 2025.- En réponse au génocide israélien en cours à Gaza et à l’escalade des violations des droits humains en Cisjordanie, la communauté internationale a relancé la dynamique en faveur d’un État palestinien.

La reconnaissance de l’Etat de Palestine dans le monde à août 2025.

Fin juillet, la France et l’Arabie saoudite ont coprésidé une réunion de haut niveau à New York, à laquelle ont participé des représentants de plus de 100 pays, afin de créer un élan en faveur de cet objectif.

Depuis, le Canada, l’Australie et plusieurs pays arabes se sont joints aux appels à la reconnaissance, tandis que le Royaume-Uni a déclaré son intention de le faire si Israël n’acceptait pas de cessez-le-feu.

Bien que largement saluée comme une initiative diplomatique majeure, la promotion de l’idée d’un État palestinien à un moment où près de 2,2 millions de personnes sont confrontées à une campagne de famine systématique orchestrée par Israël n’est rien d’autre qu’une mise en scène politique.

La version d’un « État palestinien » actuellement promue par la communauté internationale ne mettra pas fin au génocide à Gaza ni ne créera un véritable État souverain.

La relance d’un État palestinien en ce moment précis ne sert qu’un seul objectif : conférer à Israël une légitimité et une couverture diplomatique pour ses atrocités à Gaza et ses agressions continues en Cisjordanie.

A mars 2025, 147 des 193 États membres de l’ONU avaient déjà reconnu un État palestinien. Pourtant, une communauté internationale qui refuse – ou est incapable – de mettre fin à la famine délibérée de Gaza ne pourra jamais forcer Israël à faire les concessions nécessaires à un État palestinien véritablement souverain.

En réalité, l’heure de la création d’un État palestinien est déjà passée. Pendant des décennies, Israël a systématiquement œuvré pour rendre cette perspective quasiment impossible. Territorialement, institutionnellement, financièrement et juridiquement, une telle entité n’aurait que peu de ressemblance avec un État-nation souverain.

Pour commencer, le territoire en question est fragmenté, divisé en enclaves déconnectées, et ne représenterait au maximum que 40 % de la Cisjordanie – excluant probablement Gaza.

La communauté internationale obligera-t-elle Israël à abandonner le contrôle de la zone C, les 60 % de la Cisjordanie qui restent sous l’entière autorité militaire et administrative israélienne ? Fera-t-elle pression sur Israël pour qu’il cède le contrôle de la bande de Gaza ?

Depuis 1967, chaque gouvernement israélien a étendu les colonies dans les territoires palestiniens occupés et a systématiquement encouragé les citoyens juifs à s’installer en Cisjordanie en leur offrant des avantages financiers et le développement des infrastructures. Chaque colonie abrite une unité de sécurité civile financée et armée par le ministère israélien de la Défense, qui bénéficie du soutien de l’armée israélienne.

La communauté internationale fera-t-elle pression sur Israël pour qu’il démantèle ces colonies ou pour qu’il établisse un système juridique unique soumettant les Palestiniens – chrétiens et musulmans – et les Israéliens juifs aux mêmes lois ?

En vertu de l’accord intérimaire d’Oslo II de 1995, Israël conserve le contrôle total de toutes les ressources en eau des territoires occupés. Cet accord ne donne aux Palestiniens accès qu’à 20 % de l’eau de l’aquifère montagneux de Cisjordanie, une ressource partagée par les Israéliens et les Palestiniens.

La communauté internationale forcera-t-elle Israël à établir une répartition plus équitable des ressources entre les communautés palestiniennes et les colonies juives israéliennes de Cisjordanie ?

Actuellement, Israël contrôle la quasi-totalité des frontières extérieures des territoires occupés. Chaque Palestinien, y compris le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, doit obtenir l’autorisation israélienne pour entrer ou sortir des territoires, et souvent même pour circuler à l’intérieur.

La communauté internationale obligera-t-elle Israël à abandonner le contrôle des frontières et des points de passage ?

L’Autorité palestinienne, créée en 1994 pour administrer les affaires palestiniennes en Cisjordanie et à Gaza, a moins fonctionné comme un gouvernement que comme un sous-traitant de l’occupation militaire israélienne. Israël se réserve même le pouvoir d’approuver les résultats de ses élections.

La communauté internationale exigera-t-elle d’Israël et de ses alliés qu’ils autorisent des élections véritablement libres et équitables – et en acceptent les résultats ?

En vertu du Protocole de Paris de 1994, Israël contrôle le transfert des recettes de la TVA à l’Autorité palestinienne, qui constituent une source majeure de ses revenus.

La communauté internationale forcera-t-elle Israël à autoriser un gouvernement palestinien à gérer ses propres revenus ?

Ces questions ne font qu’effleurer les nombreux obstacles territoriaux et administratifs qui entravent la création d’un futur État palestinien. Et surtout, elles n’abordent même pas les injustices historiques subies par les Palestiniens, notamment les droits longtemps refusés à des millions de réfugiés.

Toute discussion sur un État palestinien qui n’aborde pas ces questions ne fait que détourner l’attention des atrocités commises par Israël. L’histoire montre qu’aucun génocide n’a jamais été arrêté en faisant appel à la raison de ses auteurs. Seules des mesures telles que des sanctions et un embargo sur les armes contraindront Israël à réfréner sa force brute.

Au lieu de se livrer à des gestes politiques dénués de sens, les dirigeants mondiaux doivent se poser trois questions fondamentales : le droit international doit-il s’appliquer à Israël ? Les droits humains des Palestiniens doivent-ils être respectés ? Et la communauté internationale est-elle véritablement déterminée à préserver l’ordre mondial d’après-guerre ? Les réponses à ces questions détermineront non seulement l’avenir du conflit israélo-palestinien, mais aussi la crédibilité du système fondé sur des règles.

Article en anglais sur The New Arab / Traduction MR.

Cet article a été initialement publié dans Project Syndicate.

Manal A. Jamal est professeure de sciences politiques à l’Université James Madison et auteure de Promoting Democracy: The Force of Political Settlements in Uncertain Times (New York University Press, 2019).


Sur ce sujet, lire : « Rentre impossible un Etat palestinien : l’objectif d’Israël depuis sa création« , par Monique Chemillier-Gendreau, mai 2025, Textuel – Petite encyclopédie critique.