Témoignages de Gazaouis : La survie qui s’organise au jour le jour dans l’enfer de Gaza – partie 348 / 28 mars – Le cœur du drame : Gaza sous le feu, entre massacres et blocus

Brigitte Challande, 29 mars 2025. Texte envoyé par Abu Amir ce vendredi 28 mars…Ce bruit de bombardements continus nous l’entendons quand nous lui téléphonons par WatsApp.

« Dans chaque recoin de la bande de Gaza, le bruit des bombardements ne s’éteint jamais longtemps avant que le suivant n’éclate. Entre deux frappes, ce sont les âmes des civils qui vacillent, en majorité des enfants à peine éclos à la vie, qui n’ont connu de ce monde que la peur, et du ciel que les flammes. L’armée israélienne poursuit ses attaques massives sur toutes les zones du territoire, intensifiant jour après jour ses frappes et perpétrant des massacres sanglants contre des civils désarmés, devenus cibles directes d’une guerre impitoyable, non pour un crime commis, mais simplement parce qu’ils vivent sous un toit cerné par le feu.

Dans les hôpitaux de Gaza, le tableau rappelle un chapitre de l’enfer. Le nombre de morts et de blessés dépasse de loin les capacités des équipes médicales. Les couloirs sont remplis de corps épuisés, d’enfants mutilés, de femmes serrant contre elles les restes de leurs proches. Les hôpitaux, déjà en manque cruel d’équipements et de médicaments, ne peuvent plus accueillir d’autres victimes. Les lits d’urgence sont tous occupés, les unités de soins intensifs débordées, et les équipes soignantes travaillent sans repos, luttant désespérément contre une mort omniprésente.

Alors que le champ de ruines s’élargit, des plans inquiétants, dépassant la simple guerre militaire, commencent à se dessiner. Le site Axios a révélé que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a chargé le Mossad de rechercher des pays susceptibles d’accepter un grand nombre de Palestiniens de Gaza, ravivant ainsi les craintes d’un déplacement forcé massif. Le journal Haaretz a de son côté dévoilé que l’extrême-droite israélienne pousse un plan clair : reprendre le contrôle total de Gaza, réduire encore davantage la soi-disant « zone humanitaire » de Al-Mawasi – déjà exiguë – et même placer des navires au large des côtes de Gaza pour inciter les habitants à fuir sous les bombardements.

Lors d’une réunion stratégique, un haut responsable israélien a été entendu disant : « Aucun sac de farine ne passera vers Gaza si l’armée ne contrôle pas l’aide humanitaire. » Ce propos dévoile une volonté préméditée d’affamer la population pour exercer une pression en faveur de l’exode, une politique qui soulève une vive condamnation internationale, sans pour autant arrêter l’hémorragie.

Sur le plan international, les déclarations américaines sont contradictoires. Alors que le président Donald Trump a été lié à des plans évoquant « l’achat de Gaza » et « le déplacement des Palestiniens », deux responsables américains ont affirmé récemment que Trump ne cherche pas actuellement à mettre en œuvre ce projet, mais concentre ses efforts sur un nouvel accord pour la libération des otages et le rétablissement du cessez-le-feu. Un discours qui illustre le désarroi de la communauté internationale face aux crimes en cours.

Francesca Albanese, rapporteur spécial des Nations Unies aux droits de l’homme – sur les territoires palestiniens occupés, a exprimé son inquiétude profonde, appelant Israël à permettre immédiatement l’entrée de l’aide humanitaire dans Gaza et à cesser tout déplacement forcé. Elle a qualifié ces déplacements de « violations graves du droit international humanitaire » et a indiqué qu’Israël avait émis jusqu’à présent dix ordres d’évacuation couvrant de vastes zones de la bande depuis la reprise des hostilités. Les Nations Unies ont également affirmé que les opérations militaires israéliennes portent les marques de « crimes atroces », évoquant un ciblage direct des civils, notamment des femmes et des enfants, dans des zones densément peuplées.

Le Programme alimentaire mondial a averti que ses réserves alimentaires dans Gaza ne suffiront que pour deux semaines au maximum, compte tenu de l’escalade militaire et des restrictions d’accès. Les hostilités empêchent gravement les opérations d’aide, mettent en danger la vie des humanitaires, tandis que la population de Gaza fait face à nouveau au spectre d’une faim aiguë et d’une malnutrition grandissante, aggravées par la fermeture des points de passage et l’arrêt des livraisons.

« Croissant-Rouge palestinien : le corps du chef de la Défense civile palestinienne a été retrouvé : 14 autres membres sont toujours portés manquants. »

Les cauchemars ne se limitent plus à la faim ou à la mort. Les Nations Unies ont annoncé avoir perdu le contact avec neuf de leurs agents de santé près du point de passage de Rafah, sans aucune information sur leur sort à ce jour. Elles ont également révélé que les derniers ordres d’évacuation israéliens concernent 18 % de la superficie totale de la bande de Gaza, intensifiant les souffrances d’une population déjà accablée par les déplacements répétés.

Le trou de balle dans le casque de l’officier de la Défense civile Anwar Al-Attar fournit la preuve claire qu’il a été exécuté de sang-froid par les forces israéliennes.

À Rafah, la situation humanitaire est dramatique. Les équipes de la défense civile attendent depuis plusieurs jours l’autorisation de l’armée israélienne pour entrer dans la zone des Bureaux, au nord de Tal al-Sultan, afin de retrouver leurs collègues disparus. Lorsque l’accès leur a été brièvement permis, elles ont découvert le corps déchiqueté de l’officier Anwar Abdel Hamid Al-Attar. Leurs véhicules – ambulances, camions de pompiers – ont été réduits à des amas de fer. Des morceaux d’équipements de sécurité, retrouvés en lambeaux, indiquent un ciblage direct et intentionnel, suivi d’une dissimulation volontaire des traces du crime et des corps par des bulldozers militaires.

À ce jour, cinq membres des équipes de secours sont toujours portés disparus (1). L’armée continue de bloquer l’accès aux civils de Rafah et tire à vue sur les équipes de secours. Des corps gisent encore dans les rues, sans que personne ne puisse les atteindre. Le sort de 50.000 habitants de Rafah reste inconnu, enfermés dans un avenir d’obscurité.

Sur les 4 ambulances manquantes, 2 ont été retrouvées détruites et enfouies dans le sable. Le Croissant-Rouge palestinien (CRSP) a déclaré aujourd’hui 29 mars n’avoir trouvé aucun corps ni aucun indice sur l’emplacement des 15 médecins disparus. Source : compte X de Mosab Abu Toha)

À Gaza, la mort ne se choisit pas, elle s’impose. Pourtant, la dignité ne s’est pas effondrée, et l’espoir demeure, même s’il ne tient qu’à la voix d’une mère serrant son enfant tremblant, à un médecin soignant sans outils, ou à un secouriste fouillant les ruines à la recherche d’un camarade.

Ce qui se passe à Gaza n’est pas seulement une guerre… c’est une épreuve pour l’humanité. »

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(1) Note ISM-France : L’armée israélienne a admis samedi avoir ouvert le feu sur des ambulances et exécuté des médecins à Gaza, affirmant qu’ils étaient « suspects » (source Quds News Network)


Retrouvez l’ensemble des témoignages d’Abu Amir et Marsel :

*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l’Union Juive Française pour la Paix.

*Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l’enfance.

Tous les deux sont soutenus par l’UJFP en France.

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Pour participer à la collecte « Urgence Guerre à Gaza » : HelloAsso.com
Les témoignages sont également publiés sur UJFPAltermidi et sur Le Poing.