La France veut mettre hors la loi deux organisations de solidarité avec la Palestine

15 mai 2021 – A Toulouse, des centaines de personnes se sont rassemblées au métro Capitole en soutien au peuple palestinien et à sa résistance ! Une foule compacte, déterminée, qui a scandé son soutien au boycott d’Israël, pour la libération de la Palestine de la mer au Jourdain ou encore pour la libération des prisonniers palestiniens et Georges Abdallah. Le jumelage de Toulouse avec Tel Aviv a été aussi largement dénoncé – Photo : Collectif Palestine Vaincra

Jeudi [24 février 2022],Gérald Darmanin a tweeté qu’à la demande du président Emmanuel Macron, il allait prendre des mesures en vue de dissoudre le Collectif Palestine Vaincra et le Comité Action Palestine.

Le ministre de l’Intérieur a inclus dans son tweet un lien vers un rapport d’information d’Europe 1 apportant plus de détails sur son action.

« Le gouvernement accuse les organisations de promouvoir la haine envers Israël sous le prétexte de soutenir la cause palestinienne »,

déclare Europe 1.

Citant Darmanin, Europe 1 dit que le Collectif Palestine Vaincra va être interdite pour ses « appels à la haine, la discrimination et la violence ». La France l’accuse également de liens avec le Front populaire pour la libération de la Palestine, un parti politique en même temps qu’une organisation de résistance qu’Israël et la France considèrent comme « terroriste ».

Fait remarquable, les allégations de liens avec le FPLP constituent le même prétexte cité par Israël en octobre dernier pour la désignation de six organisations palestiniennes de défense des droits humains en tant que « terroristes ».

Certaines de ces organisations sont financées par l’Union européenne et nombre de ses États membres.

Selon Europe 1, Darmanin accuse le Collectif Palestine Vaincra de prétendre que les musulmans du monde entier sont opprimés par « l’impérialisme et le sionisme mondial » et de « propager l’idée qu’il existe une islamophobie au niveau mondial ».

Palestine Vaincra rétorque qu’elle

« soutient la lutte du peuple palestinien contre le sionisme, l’impérialisme et les régimes réactionnaires arabes et pour la libération de toute la Palestine, de la Méditerranée au Jourdain ».

L’une de ses campagnes actuelles vise à mettre en évidence la question de la Palestine lors des élections présidentielles françaises qui doivent avoir lieu un peu plus tard cette année.

Selon Europe 1, l’administration Macron interdit le Comité Action Palestine parce qu’il

« relaie des communiqués émanant du Hamas et du Djihad islamique en Palestine, ainsi que du Hezbollah [au Liban] et qu’il publie des comptes rendus de leurs actions ».

Le Comité Action Palestine se décrit comme une organisation qui

« œuvre à la réalisation des droits nationaux du peuple palestinien, en particulier le droit à l’autodétermination et le droit au retour des réfugiés, autrement dit la libération de la terre arabe de Palestine ».

Au cours de l’attaque contre Gaza, en mai dernier, quand Israël a anéanti des familles entières dans leurs maisons, le Comité Action Palestine a défendu le droit des Palestiniens à s’engager dans la résistance militaire contre les forces d’occupation israéliennes.

Darmanin peut rejeter de telles opinions, mais la décision de la France de mettre des organisations hors la loi en raison de leurs opinion politiques constitue une répression flagrante à l’encontre de la liberté d’expression.

Europe 1 fait remarquer qu’il y a un peu plus d’un an [le 28 octobre 2020], l’administration Macron a interdit deux organisations, le CCIF, qui combattait la discrimination à l’égard des musulmans, et BarakaCity, une association humanitaire, les accusant toutes deux de « séparatisme ».

Avec la présente mesure, c’est la première fois que le gouvernement français affirme son intention de dissoudre des organisations spécifiquement concentrées sur la Palestine.

C’est le signe d’une escalade inquiétante dans la répression en cours dans le pays à l’encontre de la liberté d’expression et des opinions politiques soutenant les droits palestiniens.

Lors des bombardements de Gaza par Israël, les autorités françaises ont interdit un rassemblement de solidarité avec les Palestiniens et ont arrêté Bertrand Heilbronn, le responsable de l’organisation activiste Association France-Palestine Solidarité, immédiatement après qu’il avait quitté un meeting au ministère des Affaires étrangères à Paris.

En 2020, la Cour européenne des droits de l’homme avait décidé que les poursuites pénales engagées en France contre les activistes de la solidarité avec la Palestine violaient les droits politiques de ces derniers.

Toutefois, Paris avait annoncé qu’il ignorerait effectivement cette décision et qu’il continuerait sa répression.

La décision du ministre français de l’Intérieur d’interdire les deux organisations a été annoncée le jour où le président Macron devait faire un discours au gala annuel du CRIF, le principal lobby pro-israélien en France et qui est également une association de la communauté juive.

Mais, au vu de la crise croissante en Ukraine, Macron a préféré y envoyer son Premier ministre.

Publié le 24 février 2022 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

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Trouvez ici le communiqué du Collectif Palestine Vaincra, que vous pouvez signer en tant qu’organisation.
Le Collectif a lancé une PETITION que vous pouvez signer ici.

Trouvez ici le communiqué du Comité Action Palestine