Martyrs : Une source d’inspiration et d’espoir

Par Sayid Marcos Tenório

Sayid Marcos Tenório, 20 novembre 2021. Les martyrs occupent une place particulière dans le cœur et l’esprit des Palestiniens. Dans la Déclaration d’indépendance palestinienne, écrite par le poète palestinien Mahmoud Darwish et proclamée par Yasser Arafat le 15 novembre 1988, un serment a été fait de lutter sans relâche devant et en l’honneur du sacrifice de milliers de martyrs palestiniens tombés dans la lutte. C’est une source d’inspiration et d’espoir pour ceux qui luttent pour mettre fin à l’occupation et établir la souveraineté et l’indépendance de la Palestine.

Le leader palestinien Yasser Arafat (à droite) pose avec (de gauche à droite) : Le poète palestinien Mahmoud Darwish, l’écrivain américain Russell Banks, le réalisateur américain Oliver Stone et le dissident nigérian Wole Soyinka, lauréat du prix Nobel de littérature, dans son bureau de Ramallah, en Cisjordanie, le 25 mars 2002 [AWAD AWAD/AFP via Getty Images].

Le martyre est l’un des concepts importants de l’Islam et concerne non seulement le sacrifice et l’abandon de la vie d’une personne mais aussi le bénéfice de la collectivité, l’Ummah (Nation) islamique. Selon l’Islam, les martyrs (shahid/shouhada en arabe) sont ceux qui souffrent de persécutions et meurent sur le champ de bataille, face à l’ennemi pour une cause juste et légitime – celui qui meurt pour sauver les autres, les victimes innocentes et le non-musulman qui meurt en combattant pour une cause juste ou pour son pays.

Dans ce contexte, le martyr est avant tout un moudjahidin ou fida’yyin, un résistant palestinien ; un combattant musulman prêt à sacrifier sa vie pour une cause fondée sur la justice et la lutte contre l’oppression. Dans le Coran, le livre saint des musulmans, il est dit : “Et ne croyez pas que ceux qui ont succombé pour l’amour d’Allah [Dieu] soient morts ; au contraire, ils vivent aux côtés de leur Seigneur, bien pourvus (3:169).”

Le martyre dénote également l’exercice du jihad, un mot arabe qui signifie “lutte”, “combat”, “effort” pour atteindre quelque chose – dans ce cas, lutter pour la justice ou contre l’injustice. L’effort pour la défense et la sécurité de la Oumma islamique indique que chaque musulman a le devoir de se battre au nom de son frère dans la foi et de défendre la communauté contre les menaces étrangères et l’arbitraire interne.

Au cours des siècles, le peuple palestinien a donné des milliers de martyrs à la cause de sa libération, qui remonte aux batailles contre les Croisés, les Romains, les Perses, les Ottomans, les Britanniques et, au cours des 73 dernières années, les juifs sionistes venus d’Europe pour mettre en œuvre un projet colonial de suprématie juive en Palestine.

En 2002, un groupe de plus de 70 intellectuels palestiniens, dont Mahmoud Darwish, Rima Tarazi, Georges Ibrahim, Jamal Salsa, Izzat Ghazzawi et Mazen Saadeh, a publié un manifeste contre une énième opération militaire israélienne cette année-là. Dans l’un des passages, ils citent la dure réalité dans laquelle “les vivants sont privés du droit fondamental à la vie, et les martyrs sont privés de tombes pour reposer en paix. Mais surtout, ce que nous voyons maintenant est l’expression du désir d’un peuple qui n’a d’autre choix que de résister.”

Lorsque les chrétiens ont conquis Jérusalem pour la première fois en 1099, il y a eu un massacre au cours duquel des centaines de non-chrétiens (infidèles) ont été martyrisés. Lorsque Salah Ad-Din Yusuf Ibn Ayyub (Saladin) a reconquis Jérusalem en 1187, on craignait un massacre contre les non-musulmans. Pourtant, Saladin, à l’apogée de sa puissance militaire, fit preuve du même respect et de la même compassion pour les habitants chrétiens que le calife Umar cinq siècles plus tôt, leur permettant de s’occuper de leurs morts de façon appropriée.

Nous nous souvenons du martyre du leader historique de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat, qui a rendu son âme au Créateur le matin du 11 novembre 2004, à l’hôpital militaire Percy à Clamart-Paris. Arafat a lutté pendant 13 jours interminables contre une maladie qui, a-t-on appris par la suite, avait été causée par l’empoisonnement au Polonium-210 par Israël, selon les études des médecins légistes de Suisse, de Russie et de France. Après avoir appris le résultat des analyses, son épouse Suha Arafat a déclaré que cela révélait “un véritable crime, un meurtre politique. Il est scientifiquement prouvé qu’il n’est pas mort d’une mort naturelle”.

Arafat se qualifiait de soldat palestinien qui utiliserait son arme pour se défendre, mais aussi pour défendre tous les enfants, femmes et hommes palestiniens, et l’existence de la Palestine. Il a demandé un jour dans une interview avec Reuters : “Y a-t-il quelqu’un en Palestine qui ne rêve pas de martyre ?”. Israël a refusé qu’Arafat soit enterré dans l’enceinte de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, où il est né. Sa dépouille se trouve dans le mémorial construit à côté de l’endroit où se trouvait la Mukata’a, son bureau à Ramallah.

D’autres martyrs sont vénérés par les Palestiniens, comme le Sheikh Ahmad Yassin, l’un des fondateurs du Mouvement de résistance islamique Hamas, qui a survécu à deux tentatives d’assassinat. La première, en 2002, a eu lieu dans le quartier de Sabra, dans la ville de Gaza. La seconde, en septembre 2003, a eu lieu lorsqu’une bombe a été larguée sur un bâtiment où plusieurs dirigeants du Hamas étaient réunis.

Sheikh Yassin était connu pour sa haute moralité, sa forte volonté, sa détermination, sa sagesse dans la gestion d’organisations islamiques, sa profonde compréhension des questions liées à la cause palestinienne et son attitude inébranlable de ne pas céder un pouce de la Palestine, quelles qu’en soient les conséquences. Il est tombé en martyr lors d’une attaque ciblée du Mossad à Gaza le 22 mars 2004, lorsqu’un hélicoptère a tiré un missile qui l’a touché alors qu’il se déplaçait en fauteuil roulant dans les rues de la ville, tuant également neuf autres martyrs palestiniens.

Le 22 juillet 2002, des avions de guerre israéliens ont largué une bombe d’une tonne qui a totalement détruit l’immeuble où vivait Salah Shehade, tuant 18 Palestiniens, dont Shehade, sa femme et une de leurs filles de 14 ans, ainsi que des agents de sécurité et d’autres enfants. Shehade est le fondateur de la première branche militaire du Hamas, appelée Al-Mujahidoon Al-Filistiniyoon (les Moudjahidines palestiniens). Elle s’est ensuite transformée en Brigades Izz Al-Din Al-Qassam, le groupe le plus important et le mieux équipé opérant aujourd’hui à Gaza, dont le nom fait référence au sheikh Izz Al-Din Al-Qassam, prédicateur musulman né en Syrie en 1882.

Gloire éternelle à la mémoire des hommes et des femmes, de toutes races et croyances religieuses, qui sont des martyrs dans la lutte contre l’injustice et qui ont osé se battre pour la liberté, la souveraineté et l’autodétermination de leur peuple. Le sang des martyrs continuera à alimenter la lutte pour la liberté des Palestiniens contre l’occupation coloniale israélienne.

Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR