La voie vers la normalisation de l’expansion coloniale à Gaza

Ramona Wadi, 21 juillet 2026.– Normaliser le génocide revenait à normaliser l’expansion coloniale à Gaza. À peine trois semaines après que le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a dévoilé des projets concernant trois colonies israéliennes, le groupe de colons Nachala a organisé une marche dimanche dernier ; colons et ministres — dont Smotrich, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, le ministre de l’Économie Nir Barakat et d’autres responsables du Likoud — ont défilé jusqu’à une zone militaire fermée, contournant les barrages de l’armée israélienne pour atteindre la frontière avec Gaza. L’objectif affiché est de reconstruire les anciennes colonies d’Elei Sinai, Dugit et Nisanit, évacuées en 2005 dans le cadre du plan de désengagement du Premier ministre de l’époque, Ariel Sharon.

19 juillet 2026. Des colons israéliens (ministres et députés compris) manifestent devant Gaza pour revendiquer l’installation de nouvelles colonies. [Mostafa Alkharouf – Agence Anadolu]

Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, préconise l’établissement de trois avant-postes de type Nahal à Gaza, des structures qui, historiquement, ont souvent préfiguré l’expansion coloniale.

Itamar Ben Gvir et le ministre des Communications, Shlomo Karhi, ont tous deux plaidé en faveur de la colonisation juive à Gaza. Ben Gvir a réitéré sa proposition de « émigration volontaire » visant à déplacer de force les Palestiniens hors de Gaza, tandis que Karhi a qualifié l’installation de colonies à Gaza d’« image significative de la victoire ».

Une victoire coloniale est toutefois synonyme de violence. Bien avant la Nakba de 1948, le colonialisme de peuplement sioniste a été marqué par diverses formes de violence et de spoliation. Au fil des décennies, l’expansion coloniale à travers la Palestine ne peut être perçue autrement que comme un acte de violence continu. Les discours des colons israéliens demeurent donc violents, car la rhétorique employée s’inscrit dans une histoire bien réelle ; le génocide à Gaza constitue un exemple récent de cette histoire coloniale violente.

Voir la vidéo publiée par @IhabHassane sur X montrant la manifestation des colons devant la barrière métallique de Gaza.

La destruction de Gaza et le déplacement forcé des Palestiniens ayant survécu aux tueries commises par Israël lors du génocide sont présentés, dans le discours des colons israéliens, comme une nécessité ; il n’en demeure pas moins qu’un génocide a été perpétré contre les Palestiniens.

Un autre fait incontournable est que la communauté internationale a mis trop de temps à dénoncer le génocide commis par Israël, et qu’elle mettra désormais trop de temps à s’opposer à l’expansion coloniale à Gaza. Lorsqu’il sera trop tard pour élever la voix, la communauté internationale publiera une condamnation.

L’armée israélienne a également confirmé la construction d’une barrière physique à Gaza, le long de la « Ligne jaune », afin de « prévenir les infiltrations et de protéger les troupes ainsi que les communautés israéliennes situées à proximité de Gaza ».

Les Palestiniens sont d’ores et déjà empêchés d’accéder à l’ensemble de la bande de Gaza ; par conséquent, toute construction s’inscrit dans une logique d’expansion coloniale plutôt que dans celle d’une reconstruction de Gaza — un point que le Conseil pour la paix aime rappeler tout en le déplorant.

Alors que les Palestiniens étaient massacrés durant le génocide, la communauté internationale a refusé de remettre en question les intentions d’Israël. La marche des colons organisée par l’organisation Nachala devrait susciter de nombreuses interrogations, compte tenu des diverses formes de déplacement forcé imposées aux Palestiniens de Gaza. Il ne s’agissait pas d’une simple manifestation, mais d’une affirmation appuyée par des projets déjà élaborés, en attente de l’approbation du gouvernement israélien. À l’approche des élections, l’expansion coloniale jouera un rôle majeur, Israël s’étant fondé sur la colonisation et l’expansion en terre palestinienne. Le silence du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sur la question des colonies ne traduit aucune opposition ; il signifie simplement que, pour l’heure, il juge préférable de temporiser.

Que l’implantation de colonies à Gaza soit imminente ou non, il n’en demeure pas moins que des projets existent ; ce sont précisément ces projets qui renforcent la complicité entre les mouvements de colons et le gouvernement. L’un ne peut survivre sans l’autre.

Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR