Des soldats israéliens volent des téléphones et des bijoux à des Palestiniens rentrant à Gaza

Sally Ibrahim, 1er juillet 2026. – Plusieurs Palestiniens rentrant à Gaza ont accusé des soldats israéliens de leur avoir volé téléphones, argent liquide et bijoux lors de contrôles de sécurité effectués à un nouveau point de passage, près du terminal de Kerem Abu Salem à Rafah, dans l’enclave côtière du sud.

Contrôles israéliens supplémentaires à Rafah (Getty)

 

Ces accusations ont fait surface mardi, jour où Israël a mis en place un « nouveau système d’inspection obligatoire » pour les Palestiniens regagnant Gaza via le point de passage de Rafah, à la frontière avec l’Égypte, partiellement rouvert.

En vertu de ces nouvelles dispositions, les voyageurs doivent se soumettre à un contrôle de sécurité israélien supplémentaire avant d’être autorisés à poursuivre leur route vers l’enclave assiégée.

Interrogés par The New Arab, des Palestiniens de retour chez eux ont déclaré avoir constaté la disparition d’effets personnels à l’issue de ces inspections, transformant ainsi en nouvelle épreuve ce qu’ils espéraient être un retour tant attendu.

L’armée israélienne n’a pas réagi publiquement à ces dernières accusations.

Nouvelles procédures d’inspection

Dans le cadre des nouvelles modalités de déplacement, les Palestiniens arrivant d’Égypte accomplissent d’abord les formalités de voyage au terminal palestinien situé du côté égyptien du point de passage de Rafah, avant de se soumettre à un contrôle de sécurité assuré par la Mission de l’Union européenne d’assistance aux frontières (EUBAM).

Toutefois, leur trajet ne s’arrête plus à Rafah.

Les bus transportant les personnes de retour poursuivent leur route vers le point de passage de Kerem Abu Salem ; là, les passagers doivent descendre, récupérer tous leurs bagages et parcourir à pied environ un kilomètre jusqu’à un poste de contrôle israélien récemment mis en place.

Selon plusieurs personnes de retour, chaque valise est soumise à un contrôle électronique avant que les passagers ne soient invités à vider toutes leurs affaires dans des bacs en plastique transparent.

Les vêtements sont séparés des appareils électroniques, des documents, des espèces et des objets de valeur, le tout sous la surveillance de soldats israéliens et de personnel civil.

Une fois les fouilles terminées, les passagers remettent leurs affaires en ordre et transportent leurs bagages sur une nouvelle distance importante avant de monter dans des bus qui poursuivent leur route vers Gaza en empruntant des voies placées sous le contrôle militaire israélien total.

Abu Salah, un Palestinien de 65 ans rentrant à Gaza après avoir passé environ deux ans et demi en Égypte, a décrit ce trajet comme étant physiquement épuisant et humiliant.

« La route était pleine de véhicules militaires », a-t-il raconté à TNA. « Nous sommes passés devant des quartiers détruits, des cimetières rasés au bulldozer et des zones transformées en positions militaires. »

Il a précisé que le convoi était également passé près de l’Hôpital européen, au sud de Khan Younès, où des destructions massives restaient visibles de part et d’autre de la route.

Selon Abu Salah, les personnes âgées, les femmes et les enfants peinaient à porter des bagages lourds sous une chaleur accablante, après avoir attendu des heures durant le processus d’inspection.

Il a expliqué que les bus transportant les personnes de retour s’arrêtaient à plusieurs reprises devant des barrages militaires israéliens avant d’être autorisés à poursuivre leur route vers Gaza.

Israël continue d’exercer un contrôle strict sur les mouvements d’entrée et de sortie de la bande de Gaza, malgré la réouverture partielle du point de passage de Rafah plus tôt cette année.

Tout voyageur entrant ou sortant de Gaza doit obtenir une autorisation préalable d’Israël, et les points de passage restent soumis à des procédures de sécurité rigoureuses.

Selon des chiffres palestiniens et israéliens, environ 4.400 Palestiniens ont quitté Gaza par le point de passage de Rafah depuis sa réouverture partielle plus tôt cette année, tandis qu’environ 4.100 y sont revenus dans le cadre de modalités strictement contrôlées.

Des personnes de retour témoignent de vols

Pour de nombreux passagers, le voyage est devenu encore plus éprouvant après le passage des contrôles de sécurité.

Abu Mohammed, qui a quitté Gaza en avril 2024 et y est revenu cette semaine après avoir vécu en Égypte pendant plus de trois ans, a raconté avoir découvert que son téléphone portable et les bijoux de mariage de sa fille avaient disparu lors de l’inspection.

« Ils ont pris trois sacs et mon iPhone », a-t-il déclaré à TNA. « Les bijoux de mariage de ma fille — cinq bracelets, un collier, une bague et son alliance — ont également disparu. »

Il a précisé qu’il s’agissait d’effets personnels et non de marchandises destinées à la vente.

« C’était tout ce qu’elle possédait pour son mariage », a-t-il ajouté.

D’autres Palestiniens ayant emprunté le même itinéraire ont fait part de témoignages similaires.

Um Alaa Abu Saleh, une habitante de la ville de Gaza de retour chez elle, a expliqué à TNA que les voyageurs avaient reçu pour consigne de laisser leurs affaires dans des zones d’inspection désignées avant de passer les contrôles de sécurité.

« Lorsque nous avons récupéré nos affaires, l’argent avait disparu. Les téléphones avaient disparu. Il manquait aussi de l’or », a-t-elle raconté.

Elle a ajouté qu’une dizaine de femmes voyageant dans le même convoi avaient signalé le vol de bijoux personnels.

Selon Um Alaa, les passagers qui ont tenté de retrouver leurs biens manquants n’ont trouvé aucune procédure pour déposer plainte.

« Il n’y avait personne à qui parler », a-t-elle dit. « Les gens n’avaient d’autre choix que de poursuivre leur route vers Gaza. »

Une autre personne de retour, Samiha al-Safadi, a décrit une expérience similaire vécue par la famille de son fils.

« Ils n’autorisaient pas les téléphones, mais ils ont aussi pris l’or de ma belle-fille », a-t-elle raconté. « Il s’agissait de son collier et de ses bagues. C’étaient ses bijoux personnels, pas des marchandises destinées à la vente. »

Mme al-Safadi a ajouté que le personnel israélien avait répété aux voyageurs que l’introduction d’or à Gaza était interdite.

« Si l’or n’était pas autorisé, ils auraient dû en informer les gens avant le voyage », a-t-elle déclaré. « Au lieu de cela, les gens découvrent que leurs affaires ont disparu après l’inspection. » Elle a ajouté qu’aucune des personnes de retour n’avait reçu d’instructions préalables indiquant que les bijoux personnels ou certains appareils électroniques ne seraient pas autorisés, ce qui soulève des questions quant à la transparence des nouvelles procédures d’inspection.

Elle a expliqué qu’il n’existait aucun mécanisme apparent au point de contrôle pour signaler la disparition d’effets personnels avant la poursuite de leur trajet vers la bande de Gaza.

Des organisations de défense des droits réclament une enquête

Ces dernières accusations surviennent dans un contexte marqué par des plaintes antérieures de Palestiniens concernant la disparition d’argent liquide, de bijoux, d’appareils électroniques et d’autres objets de valeur durant la guerre génocidaire menée par Israël à Gaza et en Cisjordanie occupée.

Depuis le début des opérations terrestres israéliennes fin 2023, des organisations palestiniennes de défense des droits humains ont recueilli des témoignages de civils faisant état de la disparition de biens personnels lors de raids militaires, de perquisitions, d’évacuations et d’opérations de déplacement forcé.

La Commission indépendante pour les droits de l’homme (ICHR), le Centre palestinien pour les droits de l’homme (PCHR) et le Centre Al Mezan pour les droits de l’homme ont enregistré des plaintes concernant de l’argent, des bijoux en or et d’autres effets personnels présumés disparus lors d’opérations militaires israéliennes dans des habitations, des centres d’hébergement et des établissements médicaux.

Ces organisations ont appelé à l’ouverture d’enquêtes internationales indépendantes sur ces allégations, affirmant que, si elles étaient avérées, de telles pratiques pourraient constituer une appropriation illicite de biens civils au regard du droit international humanitaire.

La controverse entourant les nouvelles procédures d’inspection fait également suite à des différends antérieurs concernant les modalités de passage au point de passage de Rafah ; des médias palestiniens et israéliens avaient notamment rapporté la participation de membres du groupe « Abu Shabab » à certaines étapes des inspections, des informations qui avaient suscité les critiques de factions palestiniennes et d’organisations de la société civile.

Pour beaucoup de ceux qui rentraient chez eux, la réouverture du point de passage offrait aujourd’hui la première occasion de revenir après des mois, voire des années, passés loin de Gaza.

Toutefois, les personnes de retour ont indiqué que la longueur des inspections et les signalements de disparition d’effets personnels avaient assombri leur retour, suscitant des appels à une enquête indépendante sur ces allégations ainsi qu’à la mise en place de procédures plus claires pour garantir la sécurité des biens des voyageurs lors des futurs passages.

L’armée israélienne n’a fait aucun commentaire public, ni sur les dernières allégations concernant le point de passage de Kerem Abu Salem, ni sur les plaintes précédentes documentées par les organisations palestiniennes de défense des droits humains.

Historiquement, depuis 1948, il est fréquent que des soldats israéliens se livrent au pillage des biens des habitants dans les territoires qu’ils occupent, que ce soit en Palestine (ici une banque, NdT), au Liban, en Syrie ou ailleurs.

Article original en anglais sur The New Arab / Traduction MR