Les Proche et Moyen-Orient n’existent pas. Déconstruire le colonialisme sémantique qui façonne nos consciences

Géopolitiquons, 19 mai 2026.- Ces termes, qui vous semblent neutres, servent à désigner des zones géographiques. Ils semblent de prime abord si « naturels ».

Pourtant, ils sont nés dans les bureaux des empires européens de Londres et Paris pour nommer une région. Le « Moyen-Orient » n’est pas le centre du monde : c’est le milieu vu depuis l’Occident colonial.

Comme l’explique Edward Said dans Orientalisme : nommer, c’est dominer. Décrire, c’est déjà exercer un pouvoir.

Le « Moyen-Orient » est moins une région qu’un regard colonial posé sur des peuples.

Proche, Moyen ou Extrême-Orient… Ces termes ne décrivent pas le monde. Ils décrivent la distance entre les colonies d’Orient et l’Europe.

Le Proche-Orient était « proche » de Londre et Paris ; l’Extrême-Orient en était « loin ». Toute la carte était organisée autour du regard impérial franco-britannique.

Ce vocabulaire n’est pas innocent : il place l’Europe au centre du monde et transforme les autres peuples en périphéries.

Dans son analyse, Edward Said montre que « l’Orient » a été inventé par l’Occident, non géographiquement, mais culturellement. Ainsi, l’Orient devenait irrationnel, exotique, violent, figé et incapable de se gouverner seul. Pendant que l’Occident se présentait comme rationnel, moderne, civilisé et légitime pour gouverner.

L’orientalisme n’était pas seulement un discours. C’était une justification intellectuelle de la domination coloniale.

Quand on dit « Moyen-Orient », on reproduit inconsciemment une vision du monde héritée des empires.

Les mots ne sont jamais neutres. Ils créent des cartes mentales, dessinent des identités et imposent des récits.

Le Moyen-Orient est en réalité l’addition du Levant, du Golfe arabe, de l’Anatolie, de l’Egypte, de la Mésopotamie, de la Perse, voire même de l’Afghanistan, selon le point de vue états-unien.

Décoloniser les imaginaires commence surtout par le vocabulaire.

Une bonne fois pour toutes, il n’y ni Moyen-Orient, ni Proche-Orient. Il y a l’Asie, de l’Ouest en ce qui concerne la Palestine. Il est temps d’en finir avec le vocabulaire colonial qui gangrène les imaginaires et biaise l’analyse des conflits que les nations impériales imposent aux peuples.

L’écrivaine et psychiatre Nawal al Saadawi l’explique avec humour dans cette vidéo du 23 mars 2017.

Source : geopolitiquons