Ramona Wadi, 21 mai 2026. – Le colonialisme déshumanise. Il est presque choquant que plusieurs dirigeants et ministres du monde entier aient commencé à en prendre conscience, après la diffusion d’une vidéo montrant le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, humiliant les militants de la Flottille mondiale Sumud, kidnappés. Cette vidéo a suscité une vive indignation sur les réseaux sociaux. Les ambassadeurs israéliens ont été convoqués, tandis que l’ambassadeur US en Israël, Mike Huckabee, a déclaré que Ben Gvir avait « trahi la dignité de sa nation ».

21 mai après-midi : nos camarades de retour à l’aéroport international d’Istambul –VIDEO Ihhar- et à la descente d’avion VIDEO Thiago Avila.
Ben Gvir n’a pas trahi la dignité. Il a révélé le mépris d’Israël pour la dignité. Dans le colonialisme, la dignité n’existe pas. L’indignation ne fut qu’une mise en scène diplomatique orchestrée car la déshumanisation s’étendait à des non-Palestiniens.
Lorsque les images de Palestiniens détenus, ligotés et enfermés dans des fosses ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux pendant le génocide, le discours sécuritaire israélien a primé sur la déshumanisation coloniale. Les médias traditionnels se sont empressés d’assurer à leurs téléspectateurs qu’Israël affirmait agir conformément au droit international.
Maintenant que les activistes de la flottille ont subi un traitement similaire, les dirigeants mondiaux sont, temporairement, choqués. Pourquoi ne l’ont-ils pas été plus tôt ? La réaction du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au comportement odieux de Ben Gvir donne un aperçu partiel du raisonnement perverti de la diplomatie. « Israël a parfaitement le droit d’empêcher les flottilles provocatrices de partisans terroristes du Hamas d’entrer dans ses eaux territoriales et d’atteindre Gaza », a déclaré Netanyahu. « Cependant, la manière dont le ministre Ben Gvir a traité les activistes de la flottille est contraire aux valeurs et aux normes d’Israël.»
Droits, soutiens aux terroristes, valeurs et normes. Netanyahu a repris à son compte toute la terminologie employée par les dirigeants mondiaux dans leurs condamnations mesurées d’Israël.
Le colonialisme laisse toujours place à la déshumanisation, et c’est cela que les dirigeants mondiaux renvoient à Israël. En l’occurrence, il ne s’agit pas de dire qu’Israël ne peut pas déshumaniser les Palestiniens et leurs soutiens, mais plutôt qu’Israël n’aurait pas dû le faire de manière aussi flagrante, obligeant ainsi les dirigeants mondiaux à prendre la parole au nom de citoyens dont leurs gouvernements ne se soucient guère, à part qu’ils sont détenteurs d’un passeport et peuvent donc revendiquer des droits.
Les dirigeants mondiaux ne s’opposent pas à la déshumanisation coloniale. Si tel était le cas, le plan de partage de 1947 n’aurait pas été adopté. Le représentant du Guatemala auprès de l’ONU, Jorge Garcia Granados, qui devint par la suite le premier ambassadeur du pays en Israël, a milité pour le partage en déshumanisant les Palestiniens. Son discours a trouvé un écho favorable auprès des États membres de l’ONU, illustrant une fois de plus l’influence coloniale qui persiste encore aujourd’hui au sein de cette institution.
Ce que nous constatons aujourd’hui est un héritage bâti sur des décennies passées.
Au lieu de demander des comptes aux paramilitaires sionistes pour leurs crimes contre l’humanité, les dirigeants mondiaux ont reconnu l’État d’Israël. Non pas comme une entreprise coloniale fondée sur la Nakba de 1948, mais comme un État sans aucun précédent meurtrier ayant conduit à sa création.
Durant les décennies qui ont précédé le génocide perpétré par Israël à Gaza, les dirigeants mondiaux ont participé à la déshumanisation des Palestiniens. Voter pour le partage était déshumanisant, tout comme normaliser les violations et les crimes de guerre commis par Israël l’est également. Justifier un génocide sous le faux prétexte de préoccupations sécuritaires est déshumanisant. Parler, même hypocritement, au nom des non-Palestiniens tout en restant passif face à la mort de Palestiniens brûlés vifs, projetés en l’air par des bombes, décapités et réduits en charpie, est déshumanisant.
Ben Gvir n’a pas seulement mis au jour la politique de déshumanisation d’Israël. Il a également révélé la moralité sélective de ses complices. La communauté internationale tolère la déshumanisation. À ce rythme, une clause pourrait bien être inscrite dans le droit international.
Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR