Partager la publication "Déshonorer la mémoire palestinienne de la Nakba à l’ONU"
Ramona Wadi, 19 mai 2026. – Une nouvelle commémoration de la Nakba s’est déroulée. À l’ONU, le discours reste inchangé. Il est glaçant de constater que, même après un génocide colonial que les responsables israéliens ont qualifié de Nakba 2.0, l’ONU s’obstine à ne jamais évoquer le colonialisme. L’ONU ne se présentera jamais, pas même à l’occasion de l’anniversaire de la Nakba, devant le peuple palestinien pour admettre sa complicité dans le plan de partage de 1947 qui a conduit à la colonisation de la Palestine.

Des manifestants pro-palestiniens défilent lors d’un rassemblement commémorant le 78e anniversaire de la Nakba à Toronto, en Ontario, le 16 mai 2026. [Mert Alper Dervış – Agence Anadolu]
Quelle que soit l’importance que l’ONU s’attribue quant au sort du peuple palestinien, ce dernier ne devrait pas être soumis à l’ONU. De même, l’histoire, la culture et la mémoire collective de la Palestine ne doivent pas être instrumentalisées dans le cadre des discours commémoratifs de l’ONU.
La semaine dernière, la présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, Annalena Baerbock, a prononcé un discours à l’occasion du 78e anniversaire de la Nakba, débutant par un poème de Mahmoud Darwish pour illustrer le déplacement perpétuel du peuple palestinien. Mme Baerbock a immédiatement déformé la réalité concernant la colonisation sioniste de la Palestine, déclarant : « L’une des toutes premières tâches des Nations Unies a été de trouver une solution juste aux conflits et aux crises dans le monde, y compris la question palestinienne. »
Or, la Palestine n’a jamais été une question. La Palestine a été colonisée avec l’aval de l’ONU.
Mme Baerbock a poursuivi : « La solution à deux États, promise de longue date et reconnue comme la seule voie durable vers la paix, la sécurité et la prospérité pour les Palestiniens et les Israéliens – et la seule véritable réponse à la question palestinienne – demeure hors de portée.»
Si le colonialisme devait être réduit à une question et une réponse, Mme Baerbock aurait dû s’en tenir à une formule plus simple : coloniser, décoloniser.
Cependant, Mme Baerbock a, une fois de plus et comme on pouvait s’y attendre, évité d’aborder la question du colonialisme israélien. « Nous savons ce qu’il faut faire », a-t-elle déclaré, faisant référence à la Déclaration de New York qui ne fait que réaffirmer l’engagement international en faveur du paradigme à deux États. Bien sûr, l’ONU sait ce qu’il faut faire : suivre n’importe quelle voie qui prolonge le plan de partage de 1947. Si cela conduit au génocide, comme ce fut le cas à Gaza, qu’il en soit ainsi, selon l’ONU. Conflit et questionnement sont les seuls mots dont l’ONU a besoin pour masquer sa complicité.
Depuis le cessez-le-feu, 800 enfants palestiniens ont été tués à Gaza, affirme Baerbock, sans mentionner Israël. Depuis octobre 2023, Israël a tué plus de 21.000 enfants à Gaza. Comment Baerbock utilise-t-elle ces statistiques lors de la commémoration de la Nakba ? Pourquoi minimiser les dates et les statistiques ? Pour étayer le récit de la solution à deux États, bien sûr. Si l’on parle de Gaza depuis le cessez-le-feu, il est inutile de mentionner le génocide perpétré par Israël depuis octobre 2023, et encore moins tous les crimes de guerre commis par Israël qui ont rendu impossible la mise en œuvre de la solution à deux États. Un compte rendu édulcoré des violations normalisées par Israël s’inscrit davantage dans la logique de présenter le paradigme à deux États comme « l’unique solution ».
Parallèlement, l’Autorité palestinienne n’a pas fait mieux, se réduisant encore davantage pour soutenir l’ingérence de l’administration Trump à Gaza et reprenant, sans la critiquer, le plan de partage de l’ONU « qui prévoyait la création d’un État arabe pour le peuple palestinien sur 45 % de la Palestine historique, aux côtés de l’État d’Israël ». Mahmoud Abbas peut-il affirmer cela sans en percevoir la contradiction ? La terre est palestinienne. Le plan de partage de 1947 a colonisé la Palestine. Il n’a pas garanti la création d’un État palestinien ; le pourcentage de terres spoliées parle de lui-même.
Lors du 79e anniversaire de la Nakba en 2027, quiconque est incapable de dénoncer le colonialisme et son réseau de complicités devrait se taire. Il n’y a aucun honneur à s’approprier la mémoire palestinienne pour garantir l’impunité au colonisateur et à ses complices institutionnels.
Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR