Partager la publication "L’Europe et les Palestiniens, une ligne floue entre soutien et trahison"
Ramona Wadi, 21 avril 2026.– « L’Europe est le plus grand soutien du peuple palestinien », a déclaré hier Kaja Kallas, Haute Représentante de l’UE, devant le Comité de liaison ad hoc. Cependant, malgré l’évolution des positions de certains pays européens vis-à-vis d’Israël, principalement due aux répercussions économiques des attaques US-israéliennes contre l’Iran, Mme Kallas ne peut affirmer que l’Europe soit le plus grand soutien du peuple palestinien. En revanche, concernant le soutien indéfectible à l’Autorité palestinienne, Mme Kallas a peut-être raison.

Le départ de la Flottille pour Gaza de Barcelone, le 12 avril 2026. VIDEO.
Depuis octobre 2023, l’Europe a tout fait pour protéger le génocide perpétré par Israël à Gaza. Elle a ridiculisé sa propre rhétorique relative à la suspension de l’accord d’association UE-Israël, qui n’aurait pas mis fin au génocide, mais aurait fourni à l’UE un geste symbolique pour ses communiqués de presse. Elle a minimisé l’importance et la nécessité de l’aide humanitaire en accordant plus d’importance au dialogue avec Israël qu’à la lutte contre la famine.
L’UE est restée rivée au paradigme des deux États, même lorsqu’Israël a explicitement appelé à la mise en œuvre du concept de Grand Israël par l’expansion de ses frontières non déclarées.
Les accusations de deux poids, deux mesures sont justifiées. Kallas a décrit l’Europe comme étant « le plus important donateur et le principal soutien de l’Autorité palestinienne », et a affirmé que les missions européennes participent au soutien de « la police, de la justice, de la gouvernance et de la gestion des frontières palestiniennes ». Qu’on interroge les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza occupées sur les résultats de ce prétendu soutien. En Cisjordanie occupée, les déplacements forcés et l’expansion des colonies se poursuivent à un rythme effréné, tandis qu’à Gaza, le cessez-le-feu a servi à cacher la poursuite du génocide par Israël. « Vous ne trouverez nulle part ailleurs dans le monde un plus fervent défenseur du peuple palestinien », a ajouté Kallas.
Si cela est vrai, pourquoi l’Europe ne soutient-elle pas la décolonisation ? Pourquoi n’a-t-elle pas, au moins, dénoncé l’hypocrisie du paradigme des deux États ?
L’Europe n’a toujours pas tranché sur ce qui constitue une violation du droit international ou un crime de guerre en ce qui concerne Israël, alors même que le droit international a défini ces paramètres.
L’Allemagne, qui s’est récemment prononcée contre les violences des colons et la peine de mort pour les Palestiniens, reste opposée à la suspension de l’accord d’association UE-Israël. Le ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, insiste sur un « dialogue critique et constructif avec Israël ». Israël détruit, il ne reconstruit que sur les vestiges de la Nakba et les déplacements forcés continuels. Plus important encore, il refuse le dialogue. Il dicte ses propres actions et attend du monde entier qu’il maintienne l’impunité. L’Europe soutient l’impunité israélienne. De ce seul fait, l’Europe ne peut prétendre être le plus grand soutien du peuple palestinien.
L’Europe soutient des actions qui entravent l’aspiration palestinienne à la décolonisation. Combien de fois l’Europe a-t-elle évoqué un État démocratique unique tel qu’envisagé par les Palestiniens ? L’Europe a-t-elle conditionné son aide aux services de sécurité de l’Autorité palestinienne, tristement célèbres pour avoir anéanti la résistance palestinienne et terrorisé les civils palestiniens dans les camps de réfugiés ? L’Europe a-t-elle condamné le dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, pour avoir privilégié tout le pouvoir et le temps accordés à Ramallah plutôt que la protection des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie occupée ?
Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR