Comment et pourquoi Israël étend son contrôle sur les villages frontaliers du sud du Liban

Rita El Jammal, 22 avril 2026. Alors que le cessez-le-feu au Liban entre dans son cinquième jour, l’armée israélienne étend son emprise sur les villages frontaliers du sud du pays, profitant de l’accord pour contrôler des zones qu’elle n’occupait pas avant l’entrée en vigueur de la trêve, intervenue dans la nuit de jeudi 16 à vendredi 17 avril.

Parallèlement, les Israéliens intensifient les destructions systématiques et les déplacements forcés de population dans le cadre d’une politique de la terre brûlée pour créer une zone tampon.

Le 20 avril, l’armée israélienne a déclaré qu’elle maintenait ses positions dans le sud du Liban malgré le cessez-le-feu, en affirmant lutter contre les activités du Hezbollah.

Elle a exhorté les habitants à ne pas se déplacer au sud de la ligne de 21 villages et de leurs environs : Mazraat Bayt al-Sayyad, Majdal Zoun, Zibqin, Yater, Srifa, Haddatha, Beit Yahoun, Shaqra, Majdal Selm, Qabrikha, Froun, Zawtar al-Gharbiya, Yohmor al-Shaqif, Arnoun, Deir Mimas, Marjayoun, Ibl al-Saqi, al-Mari, Kfarchouba, Ain Qinia et Ain Ata.

Elle a également interdit l’accès à la région du fleuve Litani et aux vallées d’al-Salhani et d’al-Slouqi et a engagé les habitants à ne pas entrer ni revenir dans environ 55 villages, dont al-Bayyada, Shama, Tayr Harfa, Abu Shash, al-Jibbayn, al-Naqoura, Matmoura, Yarin, Umm al-Touta, al-Zalloutiya, Bustan, Shihin, Marwahin, Ramieh, Beit Lif, Salhana, Aita al-Shaab, Hnin, al-Tiri, Rashaf, Yaroun, Maroun al-Ras, Bint Jbeil, Aitaroun, Blida, Mhaibib, Mais al-Jabal, Qalaat Dabba, Houla, Markaba, Tallousa, Bani Hayyan, Rabb Thalathin, Adaisseh-Marjayoun, Kfarkela, al-Taybeh, Deir Siryan, Qantara, Aalman, Adshit al-Qusayr, al-Qusayr, Maisat, Labouneh, Iskandarouna, Shamaa, Jijim, al-Dhahira, Kherbet al-Kseif, Khiam, Slaib, Mazraat Sarda et al-Majidiyeh.

Occupation de villages frontaliers libanais

Des sources militaires ont indiqué à The New Arab que « les forces israéliennes ont étendu leur occupation des villages frontaliers depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu dans la nuit du 16 au 17 avril ».

Ces sources ont précisé qu’« Israël contrôlait une quarantaine de villes et villages frontaliers, et que ce nombre dépasse désormais les 50, comme indiqué sur ses cartes. Les opérations de démolition quotidiennes et les incursions continues rendent difficile l’évaluation du déploiement et de la présence des forces. Ces dernières procèdent parfois à des explosions puis se retirent, et parfois restent sur place. »

« Le contrôle israélien prend plusieurs formes. Il s’agit notamment d’une occupation totale, comme à Tallousa, Bani Hayyan, Rabb Thalathin, Houla, Mais al-Jabal et Markaba, ce qui signifie que des forces sont stationnées à l’intérieur même des villages », ont ajouté les sources.

D’après les sources, une autre forme de contrôle consiste à utiliser le feu pour empêcher les civils d’approcher certaines zones, notamment à la périphérie de plusieurs villages. Nombre d’entre eux sont majoritairement chrétiens, comme Ain Ebel et Debel, dans le district de Bint Jbeil, et font l’objet d’un siège imposé, selon les sources.

Ces mêmes sources ajoutent que les villages majoritairement chrétiens situés le long de la frontière ne sont pas entièrement occupés, mais restent sous contrôle israélien, notamment Debel, Ain Ebel, Aalma al-Shaab et Rmeish.

Cela signifie que les forces israéliennes sont positionnées autour de ces villages, ce qui complique l’accès et entrave l’acheminement de l’aide et des biens de première nécessité.

« Il en va de même pour les villages majoritairement druzes, comme Al-Majidiyeh, dans le district de Hasbaya, dont les abords sont contrôlés par les forces israéliennes », concluent les sources.

Ambitions terrestres et maritimes d’Israël au Sud-Liban

Le général de brigade Akram Srewi, expert en affaires militaires et en droit international, a déclaré au New Arab que les Israéliens ont diffusé plusieurs cartes, dont certaines comportent d’importantes inexactitudes.

L’une de ces cartes inclut des villages comme Zawtar al-Sharqiya et Yohmor al-Shaqif, situés sur la rive nord du Litani, zones où les forces israéliennes ne sont ni présentes ni déployées.

Selon lui, cette carte a été dressée bien avant la fin de la guerre et révèle un plan visant à contrôler une zone s’étendant de Ras al-Bayyada, sur la côte méditerranéenne au Sud-Liban, jusqu’au mont Hermon et au sud de la Syrie.

Il a ajouté que ce plan témoigne d’un projet antérieur à la prise de contrôle du terrain et qui vise à créer une zone tampon au Sud-Liban et au Sud de la Syrie. Il inclut également le contrôle du mont Hermon, point stratégique permettant de surveiller les territoires syrien et libanais.

Srewi a déclaré que « dans le contexte des négociations anticipées avec le Liban, lors des pourparlers préliminaires et pendant la période de cessez-le-feu, Israël a délibérément publié ces cartes, notamment des plans visant à établir 20 positions militaires au Sud-Liban, désignées sous le nom de ligne jaune, englobant environ 55 villages. »

« Il semble s’agir d’une tentative de manipuler l’opinion publique et d’instaurer une nouvelle réalité politique et médiatique où ces zones seraient considérées comme faisant partie intégrante de la présence israélienne. Cela orienterait les négociations futures sur cette base plutôt que sur l’accord de cessation des hostilités de 2024 ou la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies », a-t-il ajouté.

« Un projet plus vaste, lié à cette région et planifié depuis des années, consiste à placer ces terres sous administration conjointe, non pas comme une simple zone tampon économique entre le Liban et Israël ou la Syrie et Israël, mais comme une zone économique administrée conjointement par le Liban, Israël et la Syrie », a précisé Srewi.

« Cela reviendrait également à annuler l’accord sur la frontière maritime signé en octobre 2022 », a-t-il ajouté. « Lorsqu’Israël désigne al-Bayyada comme une frontière, cela sous-entend le rejet des frontières précédentes, la modification des frontières maritimes et une participation à la production de gaz, notamment dans les blocs 8 et 9 situés le long de la frontière. »

Il a affirmé que cela dénotait « une tentative de modifier également la situation en mer ».

Srewi a également indiqué que la carte incluait « Yohmor al-Shaqif, dans le district de Nabatieh, et Zawtar, mettant en évidence le projet Litani. Ce projet comprend un barrage entre Yohmor et Taybeh, connu sous le nom de barrage de Khardali, qui revêt une importance capitale pour le Sud-Liban. »

« Israël nourrit depuis longtemps des ambitions concernant les eaux du Litani et pourrait chercher à les exploiter ou à détourner l’eau vers le territoire palestinien occupé, que ce soit par le biais d’un contrôle futur ou d’une administration conjointe », a-t-il conclu.

Il a déclaré que « dans son annonce de lundi, Israël, dans un premier temps, concernant les 21 villages situés le long de la bande frontalière, vise à créer une zone tampon inhabitée où il établirait une vingtaine de sites militaires. La deuxième directive concerne les zones sous contrôle du feu, où la présence civile est perçue comme une couverture potentielle pour les éléments de la résistance. Le troisième temps vise à faire pression sur les habitants au sud du fleuve Litani et sur le gouvernement libanais afin d’empêcher tout retour dans les villages concernés. »

« Le retour des résidents libanais dans le contexte des tensions actuelles, conjugué à l’insécurité qui règne parmi les colons des implantations du nord, pourrait exercer une pression interne sur Israël », a ajouté Srewi. « Israël tente donc de diviser ces zones en fonction de sa capacité à les contrôler, conformément aux réalités du terrain et à ses projets d’expansion futurs, au détriment du Liban. »

Article traduit de l’arabe par Afrah Almatwari. Pour lire l’original, cliquez ici.

Article en anglais sur The New Arab / Traduction MR