Partager la publication "La campagne de terreur israélienne au Liban prend une tournure encore plus psychopathique"
Belen Fernandez, 17 avril 2026.– Le 8 avril, l’armée israélienne a lancé l’opération névrotique « Ténèbres éternelles » contre le Liban, avec des conséquences tragiques, comme on pouvait s’y attendre. En seulement dix minutes, Israël a frappé plus de 100 sites à travers le pays, tuant plus de 300 personnes et en blessant au moins 1.150.

Une nouvelle carte du sud du Liban occupé par le régime sioniste, avec une projection sur les champs gaziers e pétroliers en mer. Source.
Ce massacre a eu lieu alors même que le cessez-le-feu régional était censé être respecté après cinq semaines de guerre cataclysmique menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.
Bien sûr, Israël n’est guère partisan des cessez-le-feu, surtout lorsqu’il s’agit du Liban. Sept mois seulement après le prétendu cessez-le-feu annoncé entre Israël et le Liban en novembre 2024, Israël a non seulement continué d’occuper des territoires du sud du pays, mais a également maintenu des frappes aériennes régulières qui ont fait au moins 250 victimes. Et la situation n’a fait qu’empirer.
Un nouveau cessez-le-feu israélo-libanais a été déclaré le 16 avril, cette fois pour dix jours et les Israéliens, fidèles à eux-mêmes, n’ont pas tardé à le violer en bombardant plusieurs villages libanais du sud.
La semaine dernière, dans une démonstration diabolique, Israël a changé de mode opératoire habituel en bombardant massivement le Liban au lieu de limiter ses destructions à des zones confessionnelles spécifiques, notamment les régions à majorité chiite, qualifiées de « bastions du Hezbollah » dans le lexique simpliste US-israélien.
Prenons l’exemple d’un ami libano-palestinien qui vit dans un immeuble non loin de l’Université américaine de Beyrouth. En temps normal, la composition démographique de son quartier l’aurait rendu invulnérable à la sauvagerie israélienne.
Le « Mercredi noir », l’immeuble fut cependant la cible d’une attaque d’« Obscurité éternelle », qui a coûté la vie à un enfant et à cinq femmes, dont une employée de maison sri-lankaise.
Selon mon ami, les victimes s’étaient installées dans cet immeuble après avoir fui leur domicile du sud du Liban suite à l’offensive israélienne de 2024.
Israël n’a jamais caché son objectif d’attiser les tensions confessionnelles au Liban et de terroriser les communautés libanaises afin de les contraindre à expulser les réfugiés chiites fuyant le terrorisme israélien. L’attaque contre l’immeuble de mon ami semble s’inscrire pleinement dans cette stratégie.
Le terrorisme israélien au Liban n’est d’ailleurs pas un phénomène nouveau.
Rappelons-nous l’invasion du Liban par Israël en 1978, baptisée, de façon bien moins dramatique, Opération Litani, mais qui fit plus de 1.000 morts en quelques jours seulement, et marqua le début d’une occupation barbare de 22 ans du sud du pays.
Puis vint l’invasion de 1982, qui fit des dizaines de milliers de victimes libanaises et palestiniennes et donna naissance au Hezbollah, dont la résistance à Israël fut aussitôt qualifiée de « terrorisme », justifiant ainsi à jamais la terreur qu’Israël infligea au Liban.
Un prélude aux ténèbres
Dans ses mémoires sur la guerre civile libanaise, Beirut Fragments (Fragments de Beyrouth), Jean Said Makdisi, universitaire palestinienne et sœur du regretté Edward Said, décrit le bombardement israélien incessant de Beyrouth le 12 août 1982, malgré le cessez-le-feu entré officiellement en vigueur ce même jour : « C’était comme si les Israéliens avaient… atteint un paroxysme de haine violente ; une pulsion destructrice et insensée de tuer, d’anéantir toute vie, de ne rien laisser debout, d’éradiquer la ville. »
Un prélude, peut-être, aux ténèbres éternelles.
La liste des accès de folie meurtrière est longue. On se souvient du massacre perpétré par Israël en 1996, où 106 civils réfugiés dans un complexe des Nations Unies, dans le village de Qana, ont trouvé la mort – à ne pas confondre avec le massacre de civils commis par Israël dans le même village en 2006.
Ce dernier épisode s’est déroulé dans le contexte de la guerre israélienne de 34 jours, en juillet et août de cette année-là, qui a fait environ 1 200 victimes. Outre les bombardements de l’aéroport de Beyrouth et des principaux ponts et autoroutes, l’armée israélienne a concentré la majeure partie de sa folie meurtrière sur les « bastions du Hezbollah », rasant de nombreux villages du sud du Liban et transformant le quartier de Dahiyeh, au sud de Beyrouth, en un immense paysage de cratères.
Devant ce panorama, le romancier libanais Elias Khoury partageait l’effroi de Said Makdisi devant la capacité d’anéantissement d’Israël : « C’est la dévastation. Une dévastation pure, comme on n’en a jamais vu… Des ruines qui s’étendent jusqu’à l’horizon, défiant le ciel. Les étoiles tremblent, et les yeux des gens aussi. Tout est tremblant et scintillant, tout est en suspens.»
Un mois après la fin de la guerre, une amie et moi avons fait de l’auto-stop depuis la Turquie puis en Syrie pour arriver au Liban, où nous avons passé des mois à nous déplacer au milieu des décombres.
Avec la chaleureuse tradition d’hospitalité libanaise, nous étions constamment prises en stop, promenées en voiture, emmenées chez les gens pour être nourries par leurs mères et hébergées pour la nuit, comblées de cadeaux de toutes sortes, dont une horloge murale géante ornée du logo du Hezbollah, qui s’avéra un accessoire intéressant pour notre retour en Turquie en auto-stop.
Vingt ans plus tard, le Liban se retrouve une fois de plus à la merci de la quête de destruction pure et simple d’Israël, cette fois-ci enhardi par ses actes génocidaires dans la bande de Gaza, où le massacre se poursuit malgré le cessez-le-feu supposé négocié en octobre dernier.
Après la récente explosion de violence et de haine, on ignore encore quelles autres ruses terroristes Israël nous réserve. Après tout, on ne nomme pas une opération « Ténèbres éternelles » si l’on compte la terminer de sitôt.
Ajoutons à cela l’habitude qu’a Israël de déployer des avions de combat et des drones pour violer l’espace aérien libanais – même en période de relative « paix » – et de provoquer régulièrement des bangs soniques dans le ciel libanais afin de maintenir la population dans la terreur.
Aujourd’hui, avec un nombre incalculable de victimes encore sous les décombres, plus d’un million de personnes déplacées et une annexion territoriale en cours au Sud-Liban, l’avenir s’annonce des plus sombres.
Article original en anglais sur Middle East Eye / Traduction MR