Partager la publication "Les États-Unis créent des failles commodes pour Israël"
Ramona Wadi, 4 juin 2026.- « La prise de contrôle de 70 % de Gaza ne figure pas dans le plan en 20 points du président américain Donald Trump », a déclaré le secrétaire d’État Marco Rubio mardi lors de la réunion de la sous-commission des crédits de la Chambre des représentants. « Nous avons un plan. Ce plan n’envisage pas une telle chose. Netanyahu a fait cette déclaration, mais cela n’en fait pas partie », a affirmé Rubio.
Le point 16 stipule qu’Israël n’occupera ni n’annexera Gaza. Cependant, il comporte également une faille qu’Israël peut exploiter. L’armée israélienne est censée remettre le territoire occupé à la Force internationale de stabilisation « conformément à un accord qu’elle conclura avec l’autorité de transition jusqu’à son retrait complet de Gaza, à l’exception d’une présence policière autour du périmètre de sécurité qui restera en place jusqu’à ce que Gaza soit pleinement sécurisée contre toute résurgence de la menace terroriste ».
La Ligne jaune, qui délimitait initialement les zones où le Hamas n’opérait pas, s’est désormais étendue pour devenir la Ligne orange, non marquée. La principale justification d’Israël résidait dans son discours sécuritaire, fondé sur le refus du Hamas de désarmer – un postulat maintes fois avancé par le Conseil américain pour la paix, notamment par la voix de Nickolay Mladenov. La frontière entre les deux est floue depuis longtemps, comme c’est souvent le cas sur le plan rhétorique, permettant ainsi au colonialisme de s’approprier des territoires sans entrave.
Rubio a repris à son compte l’affirmation de Mladenov selon laquelle la reconstruction dépend de la volonté du Hamas de désarmer, sans toutefois établir de lien direct entre le désarmement et la justification de l’occupation militaire israélienne de Gaza. Entre les déclarations explicites de Mladenov et les sous-entendus de Rubio, Israël dispose d’un prétexte idéal pour instrumentaliser le point 16 du plan américain pour Gaza à son avantage.
Il n’y a pas de véritable conflit entre les États-Unis et le Conseil pour la paix. Ce dernier n’est qu’un prolongement de ce que les États-Unis préfèrent, pour l’instant, ne pas affirmer ouvertement. Même si l’administration Trump a exprimé à plusieurs reprises son opposition à l’occupation militaire ou à l’annexion de Gaza par Israël, les États-Unis ne font rien pour empêcher cette appropriation territoriale.
Mladenov a clairement indiqué que les Palestiniens n’ont aucune influence sur ce qui se passe à Gaza. Donner le feu vert à Israël pour violer le cessez-le-feu et ouvrir la voie à un nouveau génocide n’incite en rien le Hamas à désarmer.
Sans parler de l’écart entre l’armement utilisé par le Hamas et la technologie militaire israélienne, elle aussi financée par les pays occidentaux. Pourtant, pour le Conseil de la paix, les États-Unis et l’Occident, cet écart se justifie par la nécessité de diaboliser le colonisé afin de donner une pertinence politique au discours sécuritaire israélien.
La question n’aurait donc jamais dû porter sur la volonté ou le refus du Hamas de désarmer. Il aurait fallu mettre constamment la pression sur Israël non pas pour valider ses prétendues justifications, mais pour exposer la logique coloniale qui sous-tend le génocide et les déplacements forcés de population, qui rendent le territoire de Gaza vulnérable à l’appropriation.
Si les États-Unis étaient véritablement opposés à l’annexion et à l’occupation militaire, le point 16 ne comporterait aucune faille permettant de faciliter l’entreprise coloniale israélienne.
Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR