Après un an de déplacement forcé, les Palestiniens de Tulkarem autorisés à rentrer chez eux pendant deux heures

Mojahid Nawahda et Teebah Assi, camp de réfugiés de Tulkarem, Palestine occupée, 18 juin 2026. – Munis uniquement de leurs cartes d’identité, des familles palestiniennes déplacées faisaient la queue mercredi matin devant le camp de réfugiés de Tulkarm, attendant l’autorisation de rentrer dans leurs maisons qu’elles n’avaient pas revues depuis janvier 2025.

Des Palestiniens récupèrent leurs biens tandis que les forces israéliennes se tiennent à proximité dans le camp de réfugiés de Tulkarm, dans le nord de la Cisjordanie occupée, le 17 juin 2026 (Mojahid Nawahda/MEE)

Plus de seize mois après le lancement par Israël de son opération « Mur de fer » dans le nord de la Cisjordanie occupée, des dizaines de milliers de Palestiniens déplacés ne peuvent toujours pas regagner leurs foyers dans les camps de réfugiés de Tulkarem et de Nur Shams.

Quinze familles déplacées du camp de réfugiés de Tulkarem ont été autorisées à y accéder pendant deux heures seulement afin de récupérer leurs effets personnels laissés sur place lors de leur fuite, grâce à un accord coordonné par le Comité palestinien des affaires civiles.

Bien que cet accès bref ait permis aux résidents de récupérer certains de leurs biens, il ne marque pas un retour définitif. Des milliers de personnes déplacées vivent toujours dans l’incertitude quant à la date – voire la possibilité – de leur retour chez elles.

Faisal Salama, chef du Comité populaire du camp de réfugiés de Tulkarem, a condamné les conditions imposées au petit nombre de résidents autorisés à entrer dans le camp.

« Ces mesures, notamment les fouilles corporelles et la confiscation des appareils de communication, sont profondément humiliantes et contraires aux principes humanitaires fondamentaux et au respect des droits des civils », a déclaré M. Salama à Middle East Eye.

Il a ajouté que les familles n’avaient le temps que de récupérer leurs effets personnels essentiels, sans pouvoir retourner vivre chez elles.

« Le camp appartient à ses résidents, pourtant il est devenu une zone militaire et ses habitants restent déplacés », a déploré M. Salama. « Des milliers de familles attendent toujours de pouvoir rentrer chez elles et reconstruire leur vie. »

Souvenirs d’une vie

Alors que les familles arpentaient les rues étroites du camp, beaucoup portaient des sacs et des chariots vides, espérant récupérer ce qui restait dans leurs maisons. Certaines en sont ressorties avec une liasse de documents, des vêtements et des effets personnels, tandis que d’autres ont constaté que les dégâts subis par leurs maisons ne leur laissaient que peu de choses à récupérer.

Les signes de destruction sont visibles partout dans le camp, des maisons aux routes en passant par les autres infrastructures. Les résidents parcouraient avec précaution les quartiers qu’ils n’avaient pas revus depuis leur déplacement, s’arrêtant fréquemment pour contempler des lieux familiers transformés par des mois d’activité militaire et d’absence forcée.

Pour beaucoup, cette visite n’était pas seulement l’occasion de récupérer des biens, mais aussi de se confronter à la réalité de ce qu’étaient devenus les maisons et les communautés qu’ils avaient été contraints de quitter.

Des Palestiniens récupèrent une machine à laver dans le camp de réfugiés de Tulkarm, le 17 juin 2026 (Mojahid Nawahda/MEE)

Abdelhalim Turkman, l’un des déplacés autorisés à entrer dans le camp, a décrit cette visite comme profondément émouvante.

« Cela fait plus d’un an et demi que je ne suis pas entré dans le camp », a déclaré Turkman. « C’est très émouvant de revoir ma maison et mon quartier. Nous sommes venus récupérer quelques affaires, mais rien ne peut compenser ce que nous avons vécu. »

Il a ajouté que cette brève visite avait rappelé aux habitants ce qu’ils avaient perdu pendant leur déplacement et l’incertitude qui plane encore sur leur avenir.

« J’espère qu’un jour nous pourrons rentrer et vivre ici à nouveau », a-t-il ajouté.

Aisha Zeitoun, une autre personne déplacée, a confié que le retour chez elle après une si longue absence avait été une expérience douloureuse.

« Rentrer chez moi après plus d’un an et demi a été déchirant », a-t-elle déclaré. « Chaque pièce est chargée de souvenirs de notre vie d’avant, et la revoir a ravivé tant d’émotions. »

En entrant dans leur maison, la famille de Zeitoun a découvert un spectacle de désolation.

« Nous n’avions que peu de temps pour récupérer ce que nous pouvions, mais les dégâts sont considérables », a-t-elle expliqué.

« Nous n’avons même pas pu emporter beaucoup de nos affaires à cause des dégâts. »

Bien qu’ils aient pu récupérer quelques affaires, Zeitoun a déclaré que ce que les habitants souhaitent vraiment, c’est un retour définitif, et non de simples séjours temporaires.

« Aujourd’hui, nous partons avec seulement quelques effets personnels », a-t-elle ajouté. « Mais ce que nous voulons vraiment, c’est la possibilité de rentrer chez nous pour de bon et de reconstruire nos vies. »

Un coup d’oeil rapide du camp

Les habitants du camp de réfugiés de Tulkarem sont déplacés depuis le 27 janvier 2025, date à laquelle l’armée israélienne a lancé son opération dans le camp. Depuis lors, plus de 10.000 personnes ont été contraintes de quitter leur domicile, selon les autorités locales.

Au cours de cette opération de 19 jours, environ 40.000 réfugiés des camps de Jénine, Tulkarem et Nur Shams ont été expulsés de force de leurs foyers par les forces spéciales israéliennes armées jusqu’aux dents, accompagnées de véhicules blindés, de drones et de bulldozers.

L’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens, a qualifié l’offensive israélienne de « crise de déplacement la plus longue et la plus importante depuis 1967 ». Elle estime que 43 % des camps de réfugiés de Jénine, 35 % de Nur Shams et 14 % de Tulkarem ont été détruits ou gravement endommagés. Depuis, de nombreuses familles déplacées vivent dans des conditions difficiles, logées dans des hébergements temporaires, des centres d’accueil, des logements loués ou chez des proches dans les villes et villages voisins.

Selon les autorités locales, l’opération militaire a causé d’importants dégâts dans le camp de réfugiés de Tulkarem. Plus de 1.100 habitations ont été entièrement détruites, tandis qu’environ 4.400 autres ont subi des dommages partiels.

Le bref accès accordé a permis aux familles d’entrevoir l’intérieur du camp, un rare coup d’oeil pour les résidents qui attendaient depuis des mois devant ses portes.

Des forces israéliennes d’occupation stationnées dans le camp de réfugiés de Tulkarm le 17 juin 2026 (Mojahid Nawada/ME)

Les deux heures imparties écoulées, les familles ont de nouveau quitté Tulkarem, emportant des sacs remplis des quelques biens qu’elles avaient pu sauver. Derrière elles, des maisons endommagées, des souvenirs brisés et des quartiers largement désertés depuis leur déplacement.

Munis de papiers, de vêtements et de quelques effets personnels, ils sont partis avec une incertitude persistante quant à leur avenir, n’ayant reçu aucune garantie quant à la date – ni même à la possibilité – d’un retour définitif.

Bien que cette visite ait offert de brèves retrouvailles avec les lieux qu’ils appelaient autrefois leur foyer, les habitants ont déclaré qu’ils attendaient toujours ce qu’ils recherchent depuis janvier 2025 : la possibilité de rentrer chez eux et de reconstruire leur vie.

Article original en anglais sur Middle East Eye / Traduction MR