Israël intensifie ses attaques contre le sud du Liban : au moins 16 morts

Elis Gjevori, 28 mai 2026. Au moins 19 personnes ont été tuées et 58 blessées lors de frappes israéliennes au Liban, selon les autorités sanitaires libanaises. Israël intensifie son offensive dans le sud du pays et ordonne des déplacements massifs de population dans toute la région.

Tyr attaquée par l’armée d’occupation israélienne, qui vise depuis des décennies le fleuve Litani, au nord de Tyr. (VIDEO Quds News Network)

Le ministère libanais de la Santé a annoncé jeudi qu’une frappe aérienne israélienne au sud de Beyrouth avait tué une femme et deux enfants. L’armée israélienne a affirmé avoir « frappé avec précision » la ville sans identifier la cible. Il s’agissait de la première frappe sur la capitale libanaise depuis trois semaines.

L’agence de presse officielle libanaise, l’Agence nationale d’information (ANI), a rapporté jeudi que six des victimes appartenaient à la même famille. Elles ont été tuées par une frappe de drone israélienne alors qu’elles tentaient de fuir à l’aube sur l’autoroute Adloun, un axe routier majeur reliant Saïda à Tyr.

Cette attaque survient alors qu’Israël étend ses bombardements sur le sud du Liban, touchant des zones résidentielles, des routes et des infrastructures civiles.

Des avions de chasse israéliens ont également frappé un immeuble d’habitation dans le sud de Beyrouth, marquant ainsi la première frappe sur la capitale libanaise en trois semaines. Selon les médias israéliens, il s’agissait d’une tentative d’assassinat, bien que l’armée israélienne n’ait pas encore commenté publiquement cette frappe.

Le Hezbollah maintient une forte présence dans le sud de Beyrouth. Les États-Unis auraient fait pression sur Israël pour qu’il ne cible pas la capitale, craignant que de telles attaques ne fassent dérailler les pourparlers de paix entre Tel-Aviv et le gouvernement libanais.

Parallèlement, l’armée libanaise a annoncé la mort d’un de ses soldats lors d’une frappe israélienne dans la région de Nabatieh, la dernière d’une série d’attaques visant des militaires. D’autres soldats ont également été tués ces derniers jours lors de frappes dans le sud du Liban et dans l’ouest de la vallée de la Bekaa.

Israël a également émis des ordres de déplacement massifs concernant une grande partie du sud, notamment Tyr et ses environs. Les habitants ont reçu l’ordre d’évacuer immédiatement et de se déplacer au nord du fleuve Zahrani, à environ 40 km de la frontière libano-israélienne.

Ces ordres, diffusés sur les réseaux sociaux avec des bâtiments identifiés, ont contraint des milliers de personnes à fuir sous la menace d’attaques.

« La situation ne va faire qu’empirer »

À Tyr, des frappes aériennes israéliennes ont touché un bâtiment et un café dans la nuit, provoquant des incendies et obligeant les équipes de secours à fouiller les décombres à la recherche de victimes.

L’armée israélienne affirme cibler ce qu’elle appelle les « infrastructures » du Hezbollah, mais ses frappes ont touché à plusieurs reprises des quartiers civils et des zones habitées.

Obaida Hitto, correspondant d’Al Jazeera à Tyr, a déclaré que les attaques contre la ville étaient incessantes.

« Depuis minuit, on compte plus d’une douzaine de frappes sur la ville de Tyr et ses environs. »

« Hier, les habitants ont quitté la ville tout au long de la journée. Elle semble aujourd’hui presque déserte », a-t-il ajouté.

Le Comité international de la Croix-Rouge a averti que les déplacements forcés à grande échelle et les frappes continues d’Israël sur les centres urbains mettent gravement en danger les civils et aggravent la crise humanitaire.

« On craint que la situation ne fasse qu’empirer », a déclaré Hitto. Zeina Khodr, correspondante d’Al Jazeera à Beyrouth, a indiqué qu’un cessez-le-feu négocié par les États-Unis et entré en vigueur le mois dernier n’avait pas permis d’enrayer les violences.

« Ce n’était qu’un accord sur le papier. La zone reste une zone de guerre active. »

« Mais ces trois ou quatre derniers jours, nous avons assisté à certains des bombardements israéliens les plus intenses jamais menés sur le sud du Liban depuis le début des affrontements début mars », a-t-elle ajouté.

Cette escalade survient alors que les pourparlers entre Israël et le Liban, menés sous l’égide des États-Unis, doivent reprendre jeudi, avec des discussions techniques en début de séance avant d’aborder des négociations plus larges début juin.

Cependant, Israël a considérablement intensifié ses opérations militaires ces deux derniers jours, compromettant les perspectives diplomatiques.

« On ne sait pas comment ces pourparlers vont se dérouler », a déclaré Hitto.

« La population est extrêmement frustrée et souhaiterait que le gouvernement libanais adopte une position plus ferme lors de ces négociations, mais cela semble peu probable », a-t-il ajouté.

Article original en anglais sur Al Jazeera / Traduction MR