Sur la participation des Palestiniens aux élections du parlement israélien génocidaire

Haidar Eid, 21 octobre 2026. – Israël doit organiser des élections générales le 27 octobre ; ce seront les premières depuis l’attaque menée par le mouvement de résistance palestinien le 7 octobre 2023, un événement qui a ébranlé Israël et provoqué des troubles généralisés au Moyen-Orient. Les Palestiniens vivant sous occupation militaire israélienne et subissant un génocide en Cisjordanie et à Gaza n’ont pas le droit de vote. En revanche, les Palestiniens de 1948, ceux qui sont restés en Israël après la Nakba de 1948 et qui sont traités comme des citoyens de troisième zone, peuvent voter.

Je suis fondamentalement opposé à toute participation aux élections à la Knesset israélienne ; notre peuple palestinien ne devrait ni présenter de candidats ni prendre part au vote. Ce « parlement » incarne, d’une part, le racisme odieux de l’idéologie sioniste et, d’autre part, sert de paravent pour dissimuler la véritable nature du régime colonial de peuplement génocidaire en Palestine historique.

En fin de compte, la participation de membres arabes à cette institution lui confère un vernis de légitimité libérale, permettant ainsi à la machine de propagande israélienne de promouvoir un discours selon lequel les populations autochtones (les Palestiniens) « participent » à l’élaboration même des lois qui orchestrent leur propre anéantissement.

En réalité, la crise que traversent la direction actuelle et l’ensemble des partis politiques palestiniens au sein des territoires de 1948 est devenue si profonde que la seule justification avancée, sans la moindre honte, pour participer à ce système est de vouloir « améliorer les conditions » de l’oppression raciste subie par 2,1 millions de Palestiniens.

L’establishment ashkénaze au pouvoir perçoit cette population soit comme une « cinquième colonne », soit comme des « esclaves » susceptibles d’être domestiqués, puis instrumentalisés dans les luttes de pouvoir internes : par exemple, lors des manœuvres visant à former des gouvernements, ou lorsqu’il s’agit de privilégier un criminel de guerre (Gadi Eisenkot) plutôt qu’un autre (Benjamin Netanyahu) pour le poste de Premier ministre.

Le problème, pour les Palestiniens de 1948, à participer aux élections israéliennes, est que cela restreint les choix possibles : soit on « accepte » la légitimité d’agir au sein du système existant, comme l’illustre le pantin Mansour Abbas et sa soi-disant « Liste arabe unie », qui compte ironiquement, en deuxième position, un ancien haut gradé de la police israélienne et ex-vice-ministre de la Sécurité intérieure, Yoav Segalovitz, soit on conclut qu’un changement radical est impossible, tout en hésitant à proposer une véritable alternative radicale qui aille au-delà du simple appel à une « citoyenneté égale » (une position défendue, dans une certaine mesure, par la « Liste unifiée » composée du Hadash, du Ta’al et du Balad).

Or, le problème fondamental qui réside dans le fait d’opérer au sein d’un système intrinsèquement illégitime et raciste est qu’il amène à confondre le statu quo avec ce qui est réellement « possible », à savoir, le démantèlement des structures du régime colonial de peuplement.

Si nous voulons mettre en lumière les options qui s’offrent réellement au peuple palestinien, la participation à ces structures politiques coloniales ne saurait en faire partie. Sinon, les choix resteront strictement limités à ce que le colonisateur daigne accorder tout en faisant fi du droit à l’autodétermination d’une composante à part entière du peuple palestinien en Palestine historique.

Il est impératif de rejeter le système en place avec ses orientations idéologiques racistes, coloniales et proto-fascistes et de mettre en lumière sa nature exploiteuse et autoritaire, plutôt que de lui accorder la moindre légitimité.

Cela exige une « dé-participation » visant à restaurer la capacité d’agir des Palestiniens au sein des territoires de 1948, tout en reliant cette démarche aux luttes palestiniennes dans les territoires de 1967 et dans la diaspora, le tout en tenant compte des réalités géographiques spécifiques. En somme, la « dé-participation » consiste à mettre à l’épreuve la légitimité du régime actuel, tout en travaillant simultanément à l’élaboration d’alternatives.

Il est peu probable que le changement émane des forces politiques existantes, qu’elles soient de gauche stalinienne ou de droite, et même si elles ne participent pas au système. Certains de ces groupes portent des programmes politiques qui reflètent le processus d’« israélisation » voire, dans certains cas, de « sionisation » qu’ils ont eux-mêmes subi.

D’autres sont des partis dont la lutte se limite à tenter d’atténuer le racisme et l’oppression imposés par le colonisateur. Cela souligne la nécessité de faire émerger un mouvement totalement affranchi de l’héritage de l’israélisation et de l’acceptation d’une infériorité palestinienne ; un mouvement capable de remettre en cause le statu quo.

La Knesset israélienne n’est pas un parlement représentant TOUS les citoyens de l’État, mais plutôt une bande pire qu’une mafia, dont les pratiques ne sont qu’une pâle imitation de son passif criminel, comme le soutient Subhi Hadidi dans un article publié par le journal arabophone Al-Quds Al-Arabi.

Netanyahou détient le record de longévité au pouvoir au sein de cette entité uniquement parce qu’une écrasante majorité de la société israélienne se complaît dans l’éthique qui sous-tend ce bilan, alors même qu’elle s’enfonce toujours plus profondément dans l’abjection. Il convient de noter, par ailleurs, que le génocide à Gaza est devenu un terrain de manœuvres électorales israéliennes. Une telle situation ne saurait être légitimée par la victime colonisée, les Palestiniens, frappés par un génocide, qu’ils résident dans les zones de 1948, dans les territoires de 1967 ou au sein de la diaspora. Les temps ont changé, et le sang de dizaines de milliers de personnes, versé sur le sol de Gaza, exige que toutes les composantes du peuple palestinien s’impliquent pour faire face à l’idéologie génocidaire de l’Israël de l’apartheid. La moindre des choses que pourraient faire les partis politiques palestiniens en Israël serait d’arracher le faux masque de « démocratie libérale » qui recouvre le visage de cette entité génocidaire.

Permettez-moi de conclure par une citation de Ghassan Kanafani, qui résume parfaitement le dilemme auquel nous, Palestiniens, sommes confrontés : « Si les défenseurs échouent, on change de défenseurs. On ne change pas la cause. »

Haidar Eid est professeur associé au département de littérature anglaise de l’université Al-Aqsa, dans la bande de Gaza. Il est chercheur associé au Centre d’études asiatiques en Afrique (Center for Asian Studies in Africa) de l’université de Pretoria. Il a rédigé cet article pour The Palestine Chronicle

Article original en anglais sur The Palestine Chronicle / Traduction MR.


A propos de l’auteur

Haidar Eid est professeur associé au département de littérature anglaise de l’université Al-Aqsa, dans la bande de Gaza. Il est chercheur associé au Centre d’études asiatiques en Afrique (Center for Asian Studies in Africa) de l’université de Pretoria. Il a rédigé cet article pour The Palestine Chronicle.