Partager la publication "Ne débattez pas de la définition du sionisme ; observez ses actes"
Ibrahim Hewitt, 8 octobre 2026. – Ce qui se passe en Cisjordanie occupée par Israël devrait tous nous faire réagir. Ce n’est pas seulement à Gaza que l’État sioniste commet un génocide. Jetez un œil à l’extrait de livre suivant, par exemple :
« C’est dans cet hôpital surpeuplé que la délégation a découvert, de manière brutale, les conséquences des mesures prises par les autorités israéliennes à l’encontre du peuple palestinien. Bien entendu, il n’a pas été possible de voir toutes les victimes, mais la liste suivante permet de se faire une idée de la situation :
►Un jeune père de cinq enfants a été poursuivi par des soldats israéliens jusqu’au toit de sa maison à deux étages, puis délibérément jeté au sol ; il s’est brisé les deux jambes et est désormais paralysé de la taille aux pieds.
►Un adolescent de 16 ans a reçu une balle dans la colonne vertébrale, il est paralysé ; il a également perdu la rate et un rein.
►Un homme de 23 ans a reçu une balle dans la jambe ; après un traitement bâclé dans un hôpital israélien, il a développé une gangrène et a dû être amputé.
►Une jeune fille de 16 ans souffrait des effets d’un gaz neurotoxique (et non de gaz lacrymogène) provoquant des hallucinations, des spasmes asphyxiants de la gorge et des poumons, ainsi qu’une contracture des mâchoires. Les médecins ignorent la composition de ce « gaz rouge » et sont donc incapables de soigner efficacement les patients.
►Un homme de 25 ans a reçu une balle et, alors qu’il gisait blessé au sol, l’armée [israélienne] a roulé sur son cou avec une jeep. Il est désormais totalement paralysé à partir du cou.
►De nombreuses radiographies ont été examinées ; elles illustrent de manière frappante les effets effroyables des fusils à haute vitesse et des balles à pointe molle utilisés par les Israéliens. Ces balles éclatent à l’impact, causant des lésions internes massives sur une zone bien plus étendue que celle d’une blessure par balle « classique ». »
Ce récit n’a pas été rédigé récemment. Il est tiré d’une petite brochure que j’ai écrite en avril 1988 (1), à la suite de la visite d’une délégation de musulmans britanniques en Palestine occupée effectuée quelques semaines auparavant. Déjà à l’époque, nous avions pu constater et documenter le fait que de jeunes Palestiniens recevaient des balles dans la poitrine, le dos et l’abdomen ; les soldats, hier comme aujourd’hui, ne tiraient pas de coups de semonce et ne cherchaient pas à blesser : ils tiraient — et tirent toujours — pour tuer. Les mesures de punition collective et la torture des détenus palestiniens étaient courantes alors, tout comme elles le sont aujourd’hui.
Lors d’une conférence de presse tenue à Jérusalem au terme de cette visite d’une semaine, les membres de la délégation ont présenté leurs conclusions : « Ce dont nous avons été témoins au cours de la semaine écoulée ne peut être qualifié que de terrorisme raciste orchestré par l’État et d’anarchie militaire. » Nous avons également qualifié le gouvernement israélien de « régime d’apartheid ». Rappelons-nous que cela remonte à 1988, il y a près de quarante ans.
Alors que des responsables politiques britanniques et européens condamnent le Parti vert d’Angleterre et du Pays de Galles pour avoir adopté une résolution affirmant que « le sionisme est une forme de racisme », et que des menaces de poursuites sont brandies à l’encontre du parti pour violation de la loi sur l’égalité (Equality Act), prenez le temps de considérer les faits concernant les conséquences du sionisme.
Dans la brochure susmentionnée, la délégation et moi-même avons évoqué « les Juifs » qui semblaient « ne respecter ni Dieu ni Sa création » en Terre sainte. Avec le recul, nous savons aujourd’hui que cette affirmation était inexacte ; nous aurions dû parler de Juifs sionistes, car tous les Juifs ne sont pas sionistes et tous les sionistes ne sont pas juifs.
Il est toutefois évident que le fondement idéologique de l’État d’Israël — le sionisme — a nécessité le nettoyage ethnique des Palestiniens de leurs terres en 1948, un processus qui se poursuit depuis lors sous ce que l’on a qualifié de « génocide lent ». Ce que nous avons observé en 1988 et ce que nous voyons aujourd’hui en témoignent. Israël rejette naturellement cette qualification, qualifiant de « légitime défense » ses ripostes meurtrières face à la résistance palestinienne légitime contre son occupation militaire.
Cette « légitime défense » a tué plus de 74.000 Palestiniens rien qu’à Gaza au cours des trois dernières années, dont 21.000 enfants. Au moins 1.400 autres personnes ont été tuées pendant ce qui est censé être un cessez-le-feu, et environ 5.000 ont été blessées. Cela correspond à une moyenne d’« un Palestinien tué ou blessé à Gaza toutes les 90 minutes depuis l’annonce du cessez-le-feu ». Alors que les responsables politiques fustigent les Verts pour avoir affirmé que le sionisme est une forme de racisme, des Palestiniens sont tués et blessés chaque jour pour la simple raison qu’ils ne sont pas juifs.
Ceux qui accusent le Parti vert d’antisémitisme confondent la critique légitime de l’État sioniste d’Israël avec des attaques illégales et des exactions visant les Juifs. Un tel aveuglement opportun trouble le débat ; or, pour déterminer si l’idéologie fondatrice d’Israël est raciste dans son intention et sa pratique, il est indispensable de prendre en compte les actes commis par les sionistes — à l’encontre de Palestiniens musulmans, chrétiens ou sans religion — au sein de l’État d’Israël et dans ses environs.
Israël rejette toute critique concernant le traitement qu’il inflige au peuple palestinien. Il se présente comme la « seule démocratie de la région », tout en ayant promulgué des lois discriminatoires qui placent les citoyens juifs au-dessus des 20 % de citoyens palestiniens. Les Palestiniens de la Cisjordanie occupée vivent sous l’occupation militaire brutale d’Israël et sous le régime militaire.
La Cour suprême d’Israël a rejeté des requêtes visant à « reconnaître une nationalité israélienne qui ne soit pas fondée sur une discrimination ethnique… », ce qui ne fait que « renforcer sa nature coloniale et ethnocentrée ». Au regard du droit international, tous les réfugiés ont le droit de retourner sur leurs terres et dans leurs foyers ; tous les réfugiés, et pas seulement les réfugiés palestiniens. Pourtant, la Loi du retour israélienne accorde ce droit exclusivement aux Juifs, y compris à ceux qui sont nés et ont grandi ailleurs dans le monde. N’est-ce pas là un acte raciste ? Par ailleurs, la Loi fondamentale de 2018 réserve le droit à l’autodétermination nationale en Israël au seul « peuple juif ». Cela ne relève-t-il pas également du racisme ? Ces deux lois discriminatoires ne sont pas les seules de ce type dans l’arsenal juridique de l’État occupant.
Il ne faut pas laisser les critiques et les débats sur la nature raciste du sionisme occulter le génocide en cours du peuple palestinien. Des Palestiniens sont tués et déplacés chaque jour par les bombes et les balles israéliennes (tout comme des citoyens libanais). C’est cette agression de la part de l’État sioniste qui devrait, à elle seule, définir son idéologie fondatrice, et non les sensibilités politiques d’un gouvernement, de parlementaires ou de médias achetés par des lobbies pro-Israël. Ne débattez pas de ce qu’est le sionisme ; observez ce qu’il fait.
Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR
Note ISM-France : En mai 1988, le premier mininstre de l’entité sioniste était Yitzhak Shamir, représentant de l’extrème-droite.
