Se libérer de la guerre

Manlio Dinucci, 23 avril 2026. L’Italie est en phase de ralentissement économique : confirmé par le fait qu’en 2025, la dette publique était supérieure de 37% par rapport au PIB et que depuis la situation s’est aggravée. Le Ministre de l’Économie et des Finances, Giancarlo Giorgetti, attribue la crise en grande partie au « choc énergétique » dû au blocus du Détroit d’Ormuz, imputé à l’Iran, avec une augmentation conséquente du prix du pétrole et du gaz naturel. Giorgetti oublie que le « choc énergétique » a commencé avant le blocus du Détroit d’Ormuz, à cause du blocus des importations de gaz naturel russe. Par rapport au total des importations italiennes de gaz, elles sont descendues de 40% en 2021 à 2% en 2026. Dans la même période, les importations italiennes de gaz naturel liquéfié, à prix beaucoup plus haut et provenant des États-Unis, sont montées de 13% à 33% et sont en augmentation ultérieure. Avec la guerre contre la Russie et la guerre contre l’Iran -conduites ensemble avec l’OTAN, Israël et autres alliés- les États-Unis sont ainsi arrivés à rendre l’Italie et l’Europe de plus en plus dépendantes de leurs fournitures énergétiques.

Après avoir fait exploser, avec le coup d’Etat en Ukraine en 2014, la guerre qui a brisé l’Europe, les États-Unis ont réussi à en faire payer toujours plus le coût aux Alliés européens. Ceux-ci ont approuvé le 20e « paquet de sanctions » à la Russie et concédé à l’Ukraine un « prêt » ultérieur de 90 milliards d’euros. En même temps, les États-Unis sont arrivés à faire augmenter fortement la dépense militaire des Alliés européens. De 2015 à 2025, la dépense militaire italienne a plus que doublé, montant en 2025 à 45,3 milliards d’euros annuels équivalents à plus de 2% du PIB, équivalents à une moyenne de 124 millions d’euros par jour. La dépense militaire italienne devra continuer à croître, montant à 3,5% du PIB, équivalents à 198 millions d’euros par jour, puis à 5%, équivalents à plus de 280 millions d’euros par jour.

Après la guerre contre la Russie, l’Italie se trouve de plus en plus impliquée dans celle contre l’Iran. Drones et avions étasuniens sont basés à Sigonella en Sicile, d’où ils effectuent des missions au Moyen-Orient pour repérer les objectifs en Iran et guider les attaques de missiles et bombardiers USA. Pour la guerre contre l’Iran, les forces étasuniennes utilisent aussi d’autres bases en Italie, comme Aviano et Camp Darby. Maintenant le gouvernement italien a décidé d’envoyer dans le Détroit d’Ormuz deux navires militaires, même sans mandat ONU, officiellement pour le déminage. Comme ces navires se trouveraient en zone de guerre, y compris dans les eaux territoriales iraniennes, s’ils étaient menacés d’attaque ou attaqués par des forces iraniennes, ils seraient accompagnés d’unités d’attaque de la Marine Militaire italienne officiellement « avec objectif protecteur ». L’Italie entrerait ainsi de fait en guerre aux côtés des États-Unis. Ceux-ci utilisent leurs navires de guerre non seulement pour bloquer le Détroit d’Ormuz en bloquant les ports iraniens, mais pour attaquer et séquestrer dans l’Océan Indien des navires qui transportent (ou dont on dit qu’ils transportent) du pétrole iranien en Chine et autres pays asiatiques.

Le blocus militaire des voies de navigation, opéré par les États-Unis, provoque une crise économique qui, depuis l’Asie, peut rapidement se diffuser dans le monde entier. Au Vietnam, les rizières ont réduit leur production à cause de l’envol des coûts de l’énergie électrique et des difficultés rencontrées par les agriculteurs à la suite de l’augmentation des prix des carburants et des engrais. Aux Philippines, de nombreux cultivateurs ont décidé de ne pas récolter les produits des champs, les laissant pourrir, parce qu’ils devraient les vendre à perte à cause de l’augmentation des coûts du carburants pour le transport. En Indonésie, les mines de nickel ferment parce que, à cause du blocus imposé par les USA à l’Iran, elles n’ont plus le gaz et le soufre nécessaire à son extraction. Au Bangladesh, la production des vêtements diminue à cause du blocus des chaînes d’import-export. Tout cela, prévient un rapport de l’ONU, peut coûter à l’Asie-Pacifique jusqu’à 300 milliards de dollars, parce que cette région dépend de l’énergie importée. La pression croît sur les familles, petites entreprises et budgets publics, avec environ 9 millions de personnes à risque de tomber dans l’extrême pauvreté.

Cela démontre que la guerre provoque des massacres non seulement avec des bombes et missiles, mais avec des armes économiques comme le blocus des ports et des voies de navigation qui peuvent provoquer un nombre encore plus grand de victimes. Les dramatiques images de la guerre – celle d’un soldat israélien qui détruit une statue du Christ en croix dans le village chrétien de Debel au Liban, celle de colons israéliens qui en Cisjordanie empêchent des enfants palestiniens d’aller à l’école en leur barrant la route et en les attaquant avec des grenades à gaz lacrymogène – démontrent la nécessité vitale de continuer la lutte de Libération en se libérant pour toujours de la guerre.

Bref résumé de la revue de presse internationale Grandangolo de vendredi 23 avril 2026 sur la chaîne TV italienne Byoblu / Traduction M-A.P