L’USS Honduras reprend la mer

Belén Fernández, 11 février 2026.- Avec l’élection de Nasry Asfura et le soutien de Trump, le Honduras risque de renouer avec son rôle historique d’avant-poste militaire, politique et économique des États-Unis, utilisé pour projeter leur puissance en Amérique centrale.

Rencontre Asfura-Netanyahou en janvier 2026, à Jérusalem. © Photo by Amos Ben Gershom, GPO

Tout se déroule sans accroc ces temps-ci entre les États-Unis et le Honduras, ce petit pays d’Amérique centrale, la « république bananière » originelle, qui vient d’élire un nouveau président d’extrême droite, Nasry Asfura, pour le plus grand plaisir du sociopathe états-unien en chef, Donald Trump.

Le leader gringo s’est même attribué le mérite de la victoire d’Asfura en menaçant de couper l’aide US au Honduras si le résultat des élections ne lui convenait pas.

La démocratie dans toute sa splendeur.

Le week-end dernier, Trump a reçu son « ami » et collègue homme d’affaires Asfura dans sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, où les deux hommes se sont engagés à lutter conjointement contre le trafic de drogue et l’immigration clandestine.

Le pacte aurait peut-être été légèrement moins hypocrite si Trump n’avait pas gracié l’ancien président hondurien de droite et allié d’Asfura, Juan Orlando Hernandez, qui purgeait une peine de 45 ans de prison aux États-Unis pour – quoi d’autre ? – trafic de drogue.

Il y a ensuite, bien sûr, le fait que les États-Unis ont joué un rôle prépondérant dans la création des conditions violentes qui sont à l’origine des migrations massives en provenance du Honduras. Mais il ne s’agit certainement pas d’un problème qui ne puisse être résolu en poursuivant le business as usual

En effet, il semble que tous les vents soient favorables à la résurgence de l’« USS Honduras » – le surnom affectueux attribué au pays dans les années 1980 en raison de ses services exceptionnels en tant que base militaire impériale d’où terroriser le Nicaragua voisin, qui avait commis l’offense scandaleuse de dire aux gringos d’aller se faire voir avec leur système capitaliste.

Quelque 50.000 Nicaraguayens ont péri lors de la guerre des Contras soutenue par les États-Unis. Des mercenaires de la CIA ont contribué à l’effort de guerre en s’enrichissant grâce au trafic de drogue, illustrant ainsi le bilan des États-Unis dans ce domaine.

La vie à bord de l’USS Honduras n’avait rien d’enviable. Tout au long des années 1980, un escadron de la mort entraîné par la CIA, le Bataillon 316, a fait vivre un véritable enfer à des centaines de citoyens honduriens soupçonnés d’orientation politique inappropriée : ils ont été enlevés, torturés et assassinés.

Et les États-Unis ont tiré les ficelles dans presque tous les domaines. Dans un article du New York Times paru en 1988, le journaliste Stephen Kinzer a révélé les manœuvres impériales au Honduras avec une franchise inhabituelle pour le principal quotidien américain : « Derrière le vernis de la démocratie [au Honduras], les chefs militaires prennent toutes les décisions importantes et obéissent aux ordres de l’ambassade des États-Unis. » Cette ambassade, nota Kinzer, était « l’un des plus importants postes du Département d’État au monde », ajoutant que « les diplomates américains exercent un contrôle plus important sur la politique intérieure du Honduras que dans tout autre pays de l’hémisphère ».

Pourtant, des temps difficiles attendaient le Honduras, notamment avec l’élection en 2006 du si légèrement gauchiste président Manuel Zelaya, qui eut l’audace de porter le salaire minimum urbain à 290 dollars par mois et de poignarder dans le dos les multinationales.

Le navire métaphorique ayant ainsi définitivement dévié de sa route, l’armée hondurienne n’eut d’autre choix que d’enlever – de manière très démocratique – Zelaya aux premières heures du 28 juin 2009 et de l’emmener au Costa Rica en pyjama, d’où il ne revint jamais à son poste électif.

Le coup d’État validé par les États-Unis a instauré une ère d’impunité accrue au Honduras. Les forces de l’ordre ont réprimé avec sadisme les manifestants anti-coup d’État non armés, les féminicides ont explosé et ce petit pays s’est engagé sur la voie de devenir la capitale mondiale du meurtre.

Autrement dit, tout allait pour le mieux d’un point de vue capitaliste. Et une fois que le régime putschiste hondurien ait organisé des élections illégitimes, le gouvernement démocrate du président américain Barack Obama s’est empressé d’entériner la victoire électorale du candidat de droite Porfirio Lobo, qui a rapidement déclaré le Honduras « ouvert aux affaires ».

Les choses se sont encore améliorées avec le règne du narco-président Juan Orlando Hernandez, dont la réélection en 2017, entachée d’allégations de fraude généralisées, a été promptement reconnue par la première administration Trump – sans parler du massacre perpétré par les forces de sécurité financées par les États-Unis contre les Honduriens qui protestaient contre les résultats du scrutin.

Maintenant que Trump est de retour aux commandes, avec Asfura comme second, il aurait été regrettable que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ne revienne pas sur le pont, lui aussi.

Lors d’une visite à Jérusalem en janvier, destinée à flatter Israël pour ses actes de génocide, Asfura s’est moqué de façon tout à fait répugnante de ses propres origines palestiniennes, répondant avec enthousiasme à la déclaration de Netanyahu selon laquelle il se réjouissait « de travailler avec votre gouvernement, tant dans les domaines économiques que dans l’agriculture et la technologie, dans tous les domaines qui, je pense, nous attendent ».

L’homme qui a sur les mains le sang de peut-être plusieurs centaines de milliers de Palestiniens s’est empressé de rassurer le chef d’État hondurien d’origine palestinienne : « Vous devriez savoir que pour Israël, seul le ciel est la limite. »

Sous Asfura, le Honduras est sans aucun doute en passe de redevenir un nœud central de la puissance et de l’influence des Etats-Unis dans l’hémisphère, offrant ainsi à Trump une marge de manœuvre encore plus grande pour semer le chaos au Venezuela, à Cuba et partout où bon lui semble – et garantissant probablement des violences encore plus spectaculaires au Honduras même.

Et tandis que l’USS Honduras s’élance avec vigueur pour son dernier voyage au service de l’empire, on pourrait dire que la mer est aussi la seule limite.

Article original en anglais sur Al Jazeera / Traduction MR