Partager la publication "Slovénie : le premier rétablissement diplomatique d’Israël au sein de l’UE depuis le génocide"
Quds News Network, 28 juin 2026. – Alors qu’Israël poursuit son génocide à Gaza, le pays a remporté ce qui pourrait bien être sa victoire diplomatique européenne la plus importante depuis octobre 2023. Le Premier ministre slovène d’extrême-droite nouvellement élu, Janez Janša, a annoncé cette semaine que son gouvernement transférerait l’ambassade du pays de Tel-Aviv vers Jérusalem-Est (occupée), gèlerait la reconnaissance de la Palestine par la Slovénie et rétablirait des relations diplomatiques complètes avec Israël. Ces annonces marquent un revirement total de la politique étrangère de son prédécesseur et offrent à Israël un point d’ancrage au sein de l’Union européenne qu’il n’avait pas réussi à obtenir depuis le début du génocide.
Ce transfert vers Jérusalem-Est ferait de la Slovénie le premier État membre de l’UE à y installer son ambassade. Seule une poignée de pays dans le monde ont franchi ce pas, notamment les États-Unis sous l’administration Trump, le Kosovo, le Guatemala et le Honduras.
La position collective de l’UE a longtemps été de considérer Jérusalem comme une question relevant du statut final devant être réglée par la négociation, et d’estimer que le transfert d’ambassades dans cette ville préjuge de l’issue de ces pourparlers.
Sous la direction de Janša, la Slovénie s’apprête à rompre totalement avec ce consensus.
Ce revirement de la Slovénie ne s’est pas produit dans le vide. Des journalistes et militants slovènes ont révélé l’existence de contacts entre Janša et des représentants de Black Cube, une société privée de renseignement israélienne fondée par d’anciens agents des services de renseignement israéliens, connue pour mener des opérations politiques clandestines. Les services de renseignement slovènes eux-mêmes ont confirmé que des agents de Black Cube s’étaient rendus dans le pays à plusieurs reprises dans les mois précédant les élections législatives de 2026. Des réunions impliquant le fondateur de Black Cube, Dan Zorella, ainsi que le général de division à la retraite Giora Eiland, avec Janša, ont été signalées.
S’en est suivie une campagne coordonnée de kompromat (collecte d’informations compromettantes) visant le gouvernement sortant de Robert Golob, incluant la création de sites web anonymes alléguant des faits de corruption, de faux profils LinkedIn et d’autres tactiques clandestines. L’ancien Premier ministre Robert Golob a demandé à la Commission européenne d’ouvrir une enquête sur une ingérence étrangère présumée dans le processus démocratique slovène.
Le résultat de ces élections a ramené Janša au pouvoir. Quelques minutes seulement après l’investiture de son gouvernement par le Parlement début juin 2026, le drapeau palestinien a été retiré du palais du gouvernement pour être remplacé par les drapeaux slovène, européen et ukrainien. Les interdictions d’entrée visant le criminel de guerre Netanyahou ainsi que les ministres d’extrême droite Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich ont été levées. L’embargo sur les armes à destination d’Israël a été révoqué.
Par ailleurs, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar — qui gérait jusqu’alors les relations avec la Slovénie depuis Vienne — a annoncé qu’Israël allait ouvrir sa toute première ambassade résidente à Ljubljana. M. Sa’ar a qualifié Janša d’« ami franc et indéfectible d’Israël » et a présenté ces évolutions comme le début d’un « nouveau chapitre ».
Pour comprendre l’ampleur de ce revirement, il faut examiner ce que Janša est en train de démanteler. Sous le mandat de l’ancien Premier ministre Robert Golob, la Slovénie était devenue l’une des voix les plus critiques à l’égard d’Israël au sein de l’Union européenne. En mai 2024, le pays avait officiellement reconnu l’État palestinien, aux côtés de l’Espagne, de l’Irlande et de la Norvège. Le drapeau palestinien flottait sur le siège du gouvernement à Ljubljana. La Slovénie avait imposé un embargo sur les armes à destination d’Israël et interdit de séjour certains ministres israéliens d’extrême droite ; par ailleurs, le radiodiffuseur public RTV Slovenia avait boycotté le concours Eurovision de la chanson en raison de la participation d’Israël.
Janša a qualifié toutes ces mesures d’« insensées » et d’« illégales ». Il a gelé la reconnaissance de la Palestine, la décrivant comme une violation du droit slovène perpétrée par un gouvernement de gauche dépourvu de légitimité juridique. Toute l’infrastructure de solidarité que la Slovénie avait bâtie avec les Palestiniens en deux ans a été démantelée quelques semaines seulement après l’entrée en fonction du nouveau gouvernement. Golob a réagi en affirmant que reconnaître la Palestine revenait à reconnaître « le droit fondamental à l’autodétermination, inscrit dans l’ADN slovène », et que son gouvernement avait agi « dans le respect du droit international ». L’ancien président Danilo Türk, expert en droit international, a qualifié les politiques annoncées par Janša de « bizarres », y voyant le signe d’une « position de vassalité » envers Israël.
La Slovénie ne constitue pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une tendance observée lors de plusieurs scrutins européens depuis octobre 2023. Israël et les réseaux politiques qui lui sont liés ont systématiquement soutenu des candidats d’extrême-droite et de droite dans les pays dont les gouvernements avaient critiqué le génocide à Gaza.
L’élection en Colombie, plus tôt ce mois-ci, a suivi un schéma similaire sur un autre continent. Dans le cas de la Slovénie, les conséquences sont directes et immédiates : un pays de l’UE s’apprête à transférer son ambassade à Jérusalem-Est (territoire occupé), à geler la reconnaissance de la Palestine, à lever les sanctions, à reprendre le commerce des armes et à se positionner, au sein de l’Union, comme un opposant à toute sanction contre Israël. Janša a déjà annoncé son intention de défendre sa position pro-israélienne à Bruxelles et de constituer un bloc d’États membres de l’UE pour s’opposer à toute sanction visant Israël. Israël a concrètement transformé un résultat électoral en une opération de lobbying au cœur même des institutions européennes.
Le transfert de l’ambassade à Jérusalem-Est revêt une importance qui dépasse la simple symbolique diplomatique. Jérusalem-Est n’est pas reconnue internationalement comme la capitale d’Israël. La position collective de l’UE, fondée sur les résolutions 242 et 478 du Conseil de sécurité des Nations unies, considère que l’annexion de Jérusalem-Est par Israël en 1980 est nulle et non avenue. Le transfert d’une ambassade dans cette ville ne constitue pas un geste diplomatique neutre. Il s’agit d’une reconnaissance de l’annexion illégale de la ville par Israël, effectuée au mépris de la position de la grande majorité des gouvernements du monde.
Article original en anglais sur Quds News Network / Traduction MR
