Partager la publication "Infestation croissante de rats : un fléau dans les camps de tentes de Gaza"
Ahmed Dremly, 29 avril 2016 — La semaine dernière, Nahla Al-Majdob s’est réveillée en pleine nuit, alertée par les cris de sa fille de sept ans, Aya, dans leur tente. « J’ai allumé mon portable, mais je n’ai rien vu au début », a-t-elle confié à Drop Site News. « Puis j’ai remarqué des marques de morsure sur l’orteil d’Aya. » Ce n’était pas la première fois. « Je me suis réveillée de nombreuses nuits et j’ai trouvé des rats autour de nos matelas », a-t-elle expliqué. « Parfois, ils sont juste à côté de nous, à renifler. »
Comme presque tous les Palestiniens de Gaza, Nahla Al-Majdob et sa famille ont été contraints de quitter leur maison à cause de la guerre et vivent depuis dans une tente de fortune près de l’ancien port, sur le littoral de Gaza-ville. À ces difficultés de déplacement s’ajoute une population croissante de rongeurs qui menace les familles de toute l’enclave. « Les rats sortent des décombres et des ordures », raconte Al-Majdob. « Ils rampent sur nos vêtements et se regroupent là où nous stockons la nourriture. Si nous laissons quoi que ce soit à l’air libre, tout est contaminé. »
Al-Majdob, son mari et sa fille sont tous diabétiques, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux infections dues aux morsures de rats. Sa famille redoute désormais la nuit, lorsque les rats rôdent dans l’obscurité, rongeant les tentes, les vêtements et la chair.
« Avant la guerre, je ne mangeais jamais rien qui ait été touché par des rongeurs, mais maintenant, si j’en trouve dans la farine blanche, je la tamise et je l’utilise quand même », explique-t-elle. « Si je jette tout, nous allons mourir de faim. »
Elle ajoute que les rongeurs semblent aussi être devenus plus audacieux à mesure que leur nombre a augmenté. « Ils n’ont plus peur de nous », dit-elle. « Je les repousse avec un bâton ou tout ce qui me tombe sous la main, mais ils reviennent toujours au bout de quelques minutes. »

Nahla Al-Majdob avec sa fille, Aya, dans leur tente à Gaza City le 22 avril 2026. Photos d’Ahmed Dremly.
À Gaza, des familles palestiniennes vivent dans des tentes surpeuplées et des abris de fortune, entourées de déchets et de débris, avec un accès limité à l’eau potable et à l’assainissement. Parmi les graves risques sanitaires liés à ces conditions de vie, les Nations Unies ont signalé ce mois-ci une prolifération de rongeurs, de cafards, de mouches et d’autres nuisibles, contribuant à la transmission de maladies.
Lors d’une évaluation rapide menée ce mois-ci sur plus de 1.600 sites de déplacés à travers Gaza, l’ONU a constaté que, dans plus de 80 % d’entre eux, la présence de rongeurs et d’autres nuisibles était fréquente, affectant 1,45 million de personnes. Pratiquement toutes les familles touchées ont signalé des infections cutanées, notamment la gale, les poux et les punaises de lit, avec plus de 70.000 cas recensés depuis le début de l’année 2026.
Le 12 avril, Amani Abu Selmi était absorbée par les préparatifs de son mariage, qui aurait lieu une semaine plus tard. Depuis 2024, elle vit avec sa famille de cinq personnes dans une tente de fortune près de l’hôpital Nasser, après que leur maison à Khan Younis a été détruite par un raid aérien israélien. Elle accomplissait les rituels traditionnels d’une future mariée, vérifiant et montrant chaque vêtement à ses amis et à sa famille qui passaient lui rendre visite. Le lendemain matin, sa joie fut anéantie. Des rats avaient rongé la tente et déchiqueté toutes ses affaires.
La mère d’Abu Selmi, Ghalia, revenait du marché lorsqu’elle trouva sa plus jeune fille, Samar, âgée de 13 ans, accourant vers elle en criant qu’un terrible malheur s’était produit. À l’intérieur de la tente, Ghalia trouva Amani, sous le choc, tenant à la main des morceaux de sa robe de mariée déchirée. « Les souris et les rats n’ont rien épargné », a confié Ghalia à Drop Site. « C’étaient des vêtements neufs pour elle, et maintenant ils étaient criblés de trous. J’ai fondu en larmes, car je savais combien il avait été difficile de nous les offrir. »
Amani avait essayé de protéger ses vêtements des rongeurs en les recouvrant d’une planche de bois lestée de pierres. Mais les rats et les souris avaient creusé des galeries en dessous.
« Elle était particulièrement dévastée à cause de son thobe palestinien brodé à la main », a expliqué Ghalia. « Elle rêvait de le porter le matin de son mariage. Cela fait partie de notre tradition. »
Rongeurs, puces et insectes sont un problème récurrent dans leur tente, mais Ghalia a indiqué que la situation s’était considérablement aggravée ces trois derniers mois.
Il y a quelques jours, Ghalia a trouvé l’œil de son fils de 19 ans complètement fermé par le gonflement. « Il avait de petites morsures près de l’œil. Il n’a même pas compris ce qui s’était passé avant que je ne lui pose la question. Il a dit avoir senti quelque chose sur son visage pendant son sommeil », a-t-elle expliqué. Elle a emmené son fils, Raef, au dispensaire du Croissant-Rouge le plus proche, où les médecins ont confirmé que la plaie était infectée et lui ont prescrit des antibiotiques.
« Les souris se déplacent librement toute la journée à l’intérieur de la tente », a déclaré Ghalia. « Même quand elle est pleine de monde, elles creusent des tunnels sous nous. » Elle a ajouté avoir attrapé 20 souris en une seule journée avec des pièges collants, mais cela n’a pas suffi à endiguer le problème. « J’ai essayé de boucher leurs trous avec de la boue à plusieurs reprises, mais elles reviennent toujours », a-t-elle dit. « C’est terrifiant. Je ne peux plus vivre comme ça. »
Majd Sukar, responsable du département de santé préventive de la municipalité de Gaza, a déclaré à Drop Site que les plaintes concernant les rongeurs ont considérablement augmenté depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025, date à laquelle l’armée israélienne a interrompu sa campagne de bombardements de la terre brûlée, même si elle poursuit des attaques de moindre envergure presque quotidiennement.
« L’ampleur des destructions à Gaza a créé un environnement propice à la prolifération des rongeurs », a expliqué M. Sukar. « Le blocus israélien des rodenticides, les montagnes de déchets non collectés et les eaux usées non traitées sont les principaux facteurs de cette crise. »
Les initiatives de la municipalité pour gérer la situation sont également fortement entravés par Israël. « Nous avons perdu la plupart de nos véhicules municipaux lors des attaques israéliennes », a déploré M. Sukar. « Nous n’avons tout simplement pas les moyens d’éliminer les déchets ni de réagir efficacement. »
Les restrictions israéliennes sur l’aide humanitaire à Gaza ont entravé les efforts déployés pour lutter contre l’infestation croissante de rongeurs. Selon Médecins Sans Frontières, Israël a refusé à plusieurs reprises l’entrée de nombreux produits nécessaires à l’hygiène et à la santé de base, notamment les rodenticides et les insecticides. « Nous avons cherché des solutions de rechange », a déclaré Sukar. « Nous avons collaboré avec des experts de l’université de Gaza et testé différentes alternatives, mais aucune n’a été efficace. Même de nombreuses initiatives locales ont échoué. Beaucoup de gens nous ont apporté des poisons artisanaux, mais ils sont tout aussi inefficaces. »
La municipalité a lancé des campagnes de sensibilisation, conseillant aux familles de conserver les aliments en lieu sûr, de nettoyer leur environnement et de consulter un médecin immédiatement après une morsure, en particulier pour les enfants et les personnes souffrant de maladies chroniques. Pourtant, Sukar affirme qu’il s’agissait d’un combat perdu d’avance.
« Les rats sont désormais partout à Gaza : dans les maisons détruites, les abris, les hôpitaux, partout. » On signale également de plus en plus la présence d’un rat brun particulièrement gros, agressif et adaptable. « Nous lançons un appel urgent au Secrétaire général de l’ONU pour obtenir du matériel de collecte des déchets et des produits de lutte antiparasitaire. Il ne s’agit pas d’un problème secondaire, mais d’une catastrophe de santé publique », a déclaré Sukar.
« Nous subissons deux guerres », a-t-il ajouté. « La guerre des bombes et la guerre des rats. »

Saber Dawas dans sa tente à l’intérieur du stade Al-Yarmouk, à Gaza, le 19 avril 2026. Photos : Ahmed Dremly.
Saber Dawas, un père de six enfants âgé de 38 ans, tente désespérément de se débarrasser des rats dans sa tente, située dans un camp de déplacés près du stade Al-Yarmouk, au centre de Gaza.
Il a essayé de conserver la nourriture dans des récipients en plastique, des sacs hermétiques, et même un fût propre pour stocker la farine. « Rien n’y a fait », a déclaré Dawas. « Un rat a rongé le fût. » Bien que la nourriture soit chère et rare, il finit par jeter tout ce qu’il soupçonne d’être contaminé. Désormais, il suspend la plupart de ses provisions dans des sacs en plastique à un bâton en bois coincé dans l’armature de sa tente, espérant ainsi les soustraire aux rongeurs.
Il confie avoir le sommeil léger, constamment sur le qui-vive. « J’ai parfois l’impression de veiller sur ma famille toute la nuit », ajoute-t-il. « On est au début de l’été. Ça ne va faire qu’empirer. »
Article original en anglais sur Drop Site News / Traduction MR


