Partager la publication "Témoignages de Gazaouis : La survie qui s’organise au jour le jour dans l’enfer de Gaza – partie 665 / 07.03 – Quand les cœurs parlent"
La décision est prise de compiler les actions régulières de l’équipe de l’UJFP à Gaza dans une seule chronique hebdomadaire, pour une lecture plus fluide si ce n‘est plus assidue. Ce compte-rendu d’atelier de soutien psychosocial pour les femmes est donc le dernier isolé ; les prochains seront regroupés avec les différentes actrions effectuées chaque semaine. C’est le 8 Mars, sa publication est d’actualité !
Brigitte Challande, 8 mars 2026.- Atelier de soutien psychosocial pour les femmes au camp Al-Asdiqaa / Deir al-Balah, le 7 mars.
« Dans les camps de déplacement de la bande de Gaza, la tente est devenue un espace où se mêlent fatigue et patience, peur et espoir à la fois. Ici, les femmes ne vivent pas simplement une expérience de déplacement passagère ; elles traversent une épreuve quotidienne d’adaptation à une réalité difficile où les repères de la vie qu’elles connaissaient ont changé. Dans cette réalité éprouvante, la vie des femmes dans les camps de Gaza se façonne selon un rythme différent : un rythme où l’inquiétude se mêle aux responsabilités et où la patience s’entrelace avec l’épuisement. Dans les camps de déplacement de Gaza, les histoires des femmes s’entrecroisent comme des fils mêlés de douleur et de patience. La tente qui abrite la famille suffit à peine pour leurs corps, mais elle porte aussi leurs peurs, leurs rêves et leurs questions restées sans réponses. Le soir, lorsque le bruit de la journée s’apaise, les pensées envahissent l’esprit et la mémoire rouvre les portes de scènes qui n’ont jamais quitté le cœur. Beaucoup de femmes disent que le plus difficile dans le déplacement n’est pas seulement la perte de la maison, mais la perte du sentiment de stabilité qui donnait à la vie sa simplicité et son sens. La mère qui passe sa journée à chercher de l’eau et de la nourriture, puis rentre à sa tente pour rassurer ses enfants anxieux, a elle aussi besoin d’être rassurée.
L’équipe de l’UJFP a organisé un atelier de soutien psychosocial pour les femmes déplacées dans le « camp Al-Asdiqaa », à l’ouest de Deir al-Balah. Cette rencontre a réuni trente femmes sous une même tente, chacune portant avec elle tout un univers d’histoires, de souvenirs et de craintes. Les femmes se sont assises en cercle simple ; certaines tenaient les mains de leurs enfants, tandis que d’autres regardaient le sol comme si elles rassemblaient le courage de commencer. Peu à peu, le silence s’est transformé en paroles, et les paroles en récits. Les femmes ont parlé des premiers jours du déplacement, du moment où elles ont quitté leurs maisons à la hâte, et du sentiment qui les a accompagnées lorsqu’elles ont compris que la route qu’elles empruntaient n’avait pas de destination connue. L’une des participantes a confié que ce qui lui fait le plus mal, c’est lorsque ses enfants lui demandent chaque soir quand ils rentreront à la maison, alors qu’elle-même n’en connaît pas la réponse.
L’atelier était à la fois un espace de libération émotionnelle et un lieu d’apprentissage. Les femmes ont participé à de simples exercices de respiration profonde et ont appris comment une respiration lente et consciente peut alléger un peu le poids de l’anxiété qui s’infiltre dans le corps sans prévenir.
Dans une autre activité, il a été demandé aux participantes d’imaginer un endroit où elles se sentent en sécurité. Certaines ont évoqué leurs anciennes maisons, d’autres ont rappelé de simples moments familiaux qui semblaient ordinaires autrefois mais qui ressemblent aujourd’hui à un trésor lointain. En partageant ces images entre elles, les femmes ont découvert que le sentiment de sécurité peut parfois se cacher dans de très petits détails.
L’une des femmes, mère de quatre enfants, a commencé à parler d’une voix hésitante, elle a expliqué que le plus difficile pour elle est de sentir qu’elle doit rester forte tout le temps. Elle craint que ses enfants ne la voient pleurer et que l’équilibre de la famille ne s’effondre si elle montre sa faiblesse. Une autre femme, a déclaré que le déplacement ne lui a pas seulement pris sa maison, mais aussi le sentiment de routine qui organisait sa vie. Elle savait quand sa journée commençait et quand elle se terminait, alors qu’aujourd’hui tous les jours se ressemblent et chaque matin apporte une nouvelle inquiétude. Dans un coin de la tente, une femme âgée observait la conversation. Lorsque vint son tour de parler, elle prononça une phrase brève qui résumait beaucoup de choses : « Je n’aurais jamais imaginé passer les dernières années de ma vie dans une tente. » L’atelier s’est transformé en un véritable espace de solidarité entre les femmes. Chaque histoire racontée ouvrait la porte à une autre, et chaque larme trouvait quelqu’un qui la comprenait sans avoir besoin de longues explications.
Elles ont appris comment le dialogue avec les enfants peut réduire leur peur et comment de petites activités dans la tente peuvent offrir aux enfants un sentiment temporaire de stabilité. Elles ont également discuté de moyens de faire face à l’anxiété nocturne et de la manière dont une femme peut s’accorder de courts moments de repos, même pendant les journées les plus chargées. Ce qui a le plus attiré l’attention pendant l’atelier, c’est le changement progressif de l’atmosphère.
À la fin de la rencontre, l’une des participantes a déclaré que cette session ressemblait à l’ouverture d’une fenêtre dans une pièce fermée depuis longtemps. Elle a ajouté que parler avec d’autres femmes lui avait permis de sentir son cœur un peu plus léger. Une autre participante a expliqué que ces ateliers offrent aux femmes une occasion rare de s’arrêter un instant et de penser à elles-mêmes, après des mois passés à penser aux besoins de tous ceux qui les entourent.
Avant la fin de la rencontre, les femmes se sont accordées sur une idée essentielle : le soutien psychologique n’est pas un luxe, mais un besoin fondamental, tout comme l’eau et la nourriture. Elles ont compris que parler de la douleur n’est pas une faiblesse et que la solidarité entre femmes peut être une véritable force pour continuer.
Ainsi, les efforts de l’UJFP se poursuivent dans les camps de déplacement, cherchant à créer des moments d’humanité au cœur d’une réalité difficile et à rappeler aux femmes que leurs voix comptent et que leurs histoires méritent d’être entendues. »
Photos et vidéos ICI.
Retrouvez l’ensemble des témoignages d’Abu Amir et Marsel :
*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l’Union Juive Française pour la Paix. *Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l’enfance. Tous les deux sont soutenus par l’UJFP en France.
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Pour participer à la collecte "Urgence Guerre à Gaza" : HelloAsso.com Les témoignages sont publiés sur UJFP / Altermidi / Le Poing

