Partager la publication "Iran et Palestine : Une guerre qui pourrait décider de l’issue du combat final pour la libération"
Jeremy Salt, 5 mars 2026. – Le Guide suprême iranien est mort, abattu à son domicile avec sa fille, son gendre, sa belle-fille et un petit-enfant. Son épouse, grièvement blessée, est décédée deux jours plus tard.
Dans le sud de l’Iran, 165 écolières, ainsi que leurs enseignantes, ont été tuées par un missile US-israélien. Des équipes de jeunes femmes jouant au volley-ball dans un gymnase ont été décimées par un autre missile.
Dans les premiers jours de la guerre lancée par les États-Unis et Israël, des frappes de missiles « double-tap » sur des lieux publics, similaires à celles utilisées lors du génocide de Gaza, ont tué des secouristes en plus des premières victimes. Des hôpitaux, des ambulances et les bureaux du Croissant-Rouge ont également été bombardés. Plus de 700 civils ont été tués durant les trois premiers jours.
L’ayatollah Khamenei parlait quatre langues, était un érudit en littérature persane et arabe, et nourrissait de vastes intérêts intellectuels allant des mathématiques et de la poésie à l’histoire des luttes de libération laïques semblables à celle de l’Iran contre l’Occident impérial.
En tant que marja’i (juriste exemplaire), il était considéré comme le second seulement après l’ayatollah Sistani de Najaf. Tout cela était dénué de sens pour le président des Etats-Unis, rustre et semi-illettré, et pour le chef de la secte sioniste inculpé par la CPI (Cour pénale internationale) en 2024 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Ces deux individus vils et corrompus décidèrent de l’assassiner, comme si, dans leur esprit de gangsters, cela pouvait rallier le peuple iranien à leur cause. Bien sûr, ce fut tout le contraire, comme quiconque connaissant l’importance du martyre dans la culture chiite aurait pu leur expliquer.
L’Iran agit dans le cadre du droit international en se défendant contre une guerre d’agression, qualifiée de « crime international suprême » par le Tribunal de Nuremberg en 1945. Pourtant, ce sont les États qui violent le droit international, les États-Unis et Israël, que soutiennent le Royaume-Uni, les gouvernements européens, l’Australie et le Canada. Ils sont ainsi complices des crimes de guerre déjà commis par ces deux États.
La lutte de l’ayatollah Khamenei contre l’oppression policière du régime pahlavien-savak en Iran a conduit à six arrestations avant la chute du régime du shah en 1979, lors de manifestations nationales massives que l’armée ne parvenait plus à contrôler.
Son prédécesseur au poste de Guide suprême, l’ayatollah Khumayni, revint triomphalement d’exil en France, et la République islamique vit le jour. L’une de ses premières décisions fut de fermer l’ambassade d’Israël et de remettre le bâtiment à l’OLP.
Le soutien de l’Iran à la résistance palestinienne est resté inébranlable depuis lors, malgré les sanctions, les blocus, le sabotage, les assassinats, la guerre menée par un tiers (l’Irak) et, depuis 2025, deux guerres directes et ouvertes.
Le parcours de l’ayatollah Khamenei n’était pas seulement académique ; il s’était également engagé volontairement après l’attaque irakienne de 1980 contre l’Iran, bien qu’il n’eût aucune expérience militaire. Il avait survécu à plusieurs tentatives d’assassinat en tant que Guide suprême, dont une qui lui avait paralysé un bras.
Il aurait pu quitter sa résidence à Téhéran, mais il refusa. Le peuple n’avait nulle part où aller, disait-il, et il ne quitterait donc pas la ville non plus, même s’il savait qu’Israël l’avait menacé de le tuer en priorité.
C’est l’ayatollah Khamenei qui a émis la fatwa (avis religieux) interdisant à l’Iran de développer l’arme nucléaire. Pourtant, au nom de la prévention de l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran, c’est cet homme que le président américain et Netanyahu ont décidé d’assassiner, avec le soutien des États vassaux que les États-Unis qualifient d’« alliés ».
Pour la deuxième fois depuis juin 2025, les États-Unis et Israël ont lancé une guerre alors que des négociations avec l’Iran, pourtant présentées comme prometteuses, étaient en cours. Aux deux occasions, les États-Unis ont instrumentalisé les négociations pour gagner du temps. La date de la seconde attaque était initialement fixée à fin décembre 2025, puis reportée au 28 février, après que la Russie ait vraisemblablement eu connaissance de la date initiale.
C’est également en décembre 2025 que les États-Unis et Israël ont lancé l’opération de « changement de régime », espérant provoquer le chaos et l’effondrement du gouvernement iranien. Face à cet échec, une nouvelle attaque militaire ouverte était inévitable.
Les divergences d’opinions entre Iraniens sont les mêmes que dans tout autre pays. Ils peuvent apprécier ou détester le gouvernement. Leurs opinions peuvent se situer entre les deux, mais après les deux attaques menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran en moins d’un an (sans compter l’échec de l’opération de « changement de régime » lancée en décembre dernier), ils se sont ralliés au gouvernement et à l’armée.
La première de ces guerres a fait 1.000 victimes civiles. Au cours des trois premiers jours de la seconde, plus de 700 personnes avaient déjà péri, dont les écolières victimes du bombardement de Minab, ville de la province du Sud.
Les affirmations propagandistes, lors de l’échec de l’opération de « changement de régime », selon lesquelles il suffisait d’un petit coup de pouce pour que la population se soulève contre le gouvernement, étaient absurdes.
Les manifestations de soutien au gouvernement pendant cette tentative de renversement ont été massives et ont touché tout le pays. Elles se sont répétées à une échelle encore plus importante après l’assassinat de l’ayatollah Khamenei.
Son assassinat revêt une importance historique capitale pour les chiites. De l’Iran à l’Irak en passant par le Liban, ils se joignent à l’Iran dans cette lutte existentielle contre les forces du mal, le Grand et le Petit Satan, les États-Unis et Israël, dont les atrocités de ces trois dernières années incluent le massacre d’enfants en Palestine. Tel un miasme maléfique se répandant sur le Moyen-Orient, ils assassinent désormais des enfants en Iran.
Chez les chiites, l’histoire du martyre remonte à la mort du petit-fils du Prophète, Hussein ibn Ali, lors de la bataille de Karbala au VIIe siècle. Son martyre, sous les balles du calife Yazid, est commémoré chaque année dans le monde chiite le 10 Muharram depuis 680.
Dans la tradition chiite du martyre, les États-Unis et Israël sont les nouveaux Yazid, et l’ayatollah Khamenei le dernier martyr tombé dans la lutte historique des chiites contre l’oppression et l’injustice.
Les assassinats de Hassan Nasrallah et, plus loin dans le passé, de Qassem Soleimani, ordonnés par Trump peu après son arrivée à Bagdad en 2020 pour œuvrer à un traité de réconciliation entre l’Irak et l’Iran, restent une plaie ouverte pour les chiites.
En prévoyant une guerre de courte durée, les États-Unis et Israël découvrent aujourd’hui qu’ils ont ouvert la boîte de Pandore, risquant de déclencher un conflit régional, voire une guerre nucléaire mondiale. De plus, Israël a déclenché une guerre qui pourrait mener à sa propre destruction. Si ce point de non-retour est atteint, il est peu probable qu’il s’abstienne de recourir à l’« option Samson », l’arme nucléaire qui, au moins, emporterait ses ennemis dans sa chute.
Rien n’est plus susceptible que cette menace de pousser enfin l’Iran à développer sa propre force de dissuasion nucléaire. Disposant déjà des capacités matérielles et techniques, il ne faudrait pas longtemps pour qu’il y parvienne. Une fatwa en ce sens, émise par le prochain marja’i, prévaudrait sur l’édit de l’ayatollah Khamenei contre le développement d’armes nucléaires. De nombreux signes indiquent désormais un soutien public à un tel changement de politique.
Un changement de régime pourrait survenir suite à cette guerre, mais pas nécessairement celui du régime que l’Occident souhaite voir tomber, à savoir le gouvernement iranien. Qu’en est-il des dirigeants sunnites de Bahreïn, actuellement confrontés à un soulèvement de la majorité chiite ? Ou du roi hachémite de Jordanie, vassal de l’Occident pour sa survie et détesté par les 70 % de Palestiniens qui constituent la majorité de la population ?

5 mars 2026 : une école de garçons bombardée par la coalition US-Israël en Iran (capture d’écran de la vidéo publiée par Mohamad Safa)
Des « alliés » lointains – Starmer au Royaume-Uni (22 % d’opinions favorables), Macron en France (20 %) et Merz en Allemagne (23 %) – sont déjà sur le fil du rasoir en matière d’impopularité. Plus ils soutiendront cette guerre profondément impopulaire contre l’Iran, plus ces chiffes baisseront.
Et puis il y a le régime Trump lui-même. Même parmi les partisans de MAGA, son soutien s’est effondré. De récents sondages montrent que Trump perd du terrain, même sur la question de l’immigration. Les sondages d’opinion révèlent un taux de désapprobation général de 56 %, atteignant 70 % chez les 18-44 ans. Seuls 27 % approuvent la guerre contre l’Iran, contre 43 % de désapprobation.
Trump doit impérativement inverser la tendance avant les élections de mi-mandat de novembre, mais d’ores et déjà, la guerre ne se déroule pas comme prévu. Elle a été lancée en violation de la Constitution, qui confère au Congrès, et non au président, le pouvoir de déclarer la guerre.
Les affirmations de Trump selon lesquelles les « actions militaires » contre l’Iran ne constituent pas une véritable guerre ne correspondent à aucune définition de la guerre. L’abrogation de l’autorité constitutionnelle, conjuguée à une guerre impopulaire dans laquelle les États-Unis s’enlisent déjà, préparent le terrain non seulement à un échec électoral, mais aussi à une procédure de destitution.
Cette guerre correspond à la définition de la guerre d’agression établie par le Tribunal de Nuremberg de 1945, la qualifiant de « crime international suprême ». Ayant participé à toutes les guerres illégales menées par les États-Unis depuis 2001, ou les ayant soutenues, leurs vassaux, de l’Europe à l’Australie, appuient désormais celle-ci. Les mensonges qu’ils propagent, eux et leurs médias, diffèrent de ceux proférés avant les attaques contre l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie et le Yémen, mais il s’agit néanmoins de mensonges.
Il faut rappeler qu’à chaque crise en Iran depuis le mouvement constitutionnel de 1905-1906, et même depuis la résistance du XIXe siècle, les ulamas (les érudits religieux), la bourgeoisie marchande et le peuple ont fait front commun contre les shahs oppresseurs et leurs suzerains étrangers.
Les médias occidentaux sont tellement imprégnés de propagande qu’ils en sont devenus illisibles. L’indifférence face à la mort d’un demi-million d’enfants irakiens suite aux sanctions n’est pas surprenante, de même que son indifférence face au massacre d’au moins 20.000 enfants à Gaza, aux massacres continus d’enfants et d’autres civils en Cisjordanie et au Sud-Liban, et au massacre d’écolières en Iran.
L’attaque de missiles US ou israélienne qui a tué les jeunes filles iraniennes et les scènes d’horreur dans et autour de leur école détruite n’ont pas fait la une des médias occidentaux. Elles ont été reléguées en bas de page. La jubilation suscitée par le meurtre d’un religieux âgé a, quant à elle, fait la une.
L’avenir de l’Asie de l’Ouest et, dans une certaine mesure, de la planète, compte tenu du risque de conflit nucléaire, repose désormais entre les mains d’un président US à peine instruit et d’un criminel de guerre inculpé. Les commandants états-uniens disent à leurs soldats que la guerre est une bonne chose car elle mènera à l’Armaggedon.
L’équipe Trump se compose de promoteurs immobiliers, d’un ambassadeur en Israël complètement cinglé, lui aussi guidé par le plan divin, et d’un secrétaire d’État et d’un ministre de la Guerre autoproclamé qui rivalisent pour le titre de personne la plus stupide de Washington. On évite la comparaison tentante avec des singes savants uniquement parce qu’elle serait injuste envers ces derniers.
Vivant dans un monde totalement amoral, sans principe et sans loi, Trump et ses conseillers ne comprennent évidemment pas pourquoi certains sont incorruptibles et insensibles à l’intimidation, et pourquoi ils adoptent une position de principe, même face à une situation extrêmement défavorable, comme le font actuellement l’Iran et son peuple.
« Pourquoi n’ont-ils pas capitulé ? » demande Steve Witkoff, perplexe. Comme Trump, il ne comprend tout simplement pas.
Trump affirme être guidé par sa propre morale. À l’instar du Roi-Soleil, Louis XIV, Trump se prend pour la loi. Sa descente aux enfers avec Jeffrey Epstein a révélé la véritable nature de sa morale et de sa loi. Il dirige une équipe composée des personnes les plus ignorantes, incompétentes et, tout simplement, les moins professionnelles qui aient jamais foulé le sol de Washington. Ils n’ont aucune idée de ce qu’ils ont déclenché en Asie de l’Ouest : non pas la guerre courte et victorieuse qu’ils espéraient, mais un conflit qui se retourne déjà contre les États-Unis et Israël.
Il pourrait s’agir d’une guerre nucléaire, ou de l’inévitable guerre finale pour la Palestine. Ce conflit déterminera assurément l’avenir de la région pour longtemps. Il est déjà en train de transformer le visage du Moyen-Orient, non pas dans le sens souhaité par ses instigateurs, mais bien à l’encontre de celui-ci.
Article original en anglais sur The Palestine Chronicle / Traduction MR
