Partager la publication "Témoignages de Gazaouis : La survie qui s’organise au jour le jour dans l’enfer de Gaza – partie 648 / 14.02 – Renforcer la résistance psychologique et les compétences en gestion alimentaire en temps de pénurie"
Brigitte Challande, 15 février 2026.– Comme chaque semaine au moins deux ateliers de soutien psychologique pour les femmes dans les camps : comptes-rendus du 14 février.
Un atelier de soutien psychologique pour les femmes du camp d’Al-Durra ; la volonté de survivre
« Par un matin lourd de poussière et d’inquiétude dans la zone centrale, à l’ouest de Deir al-Balah, là où les tentes de déplacés s’étendent comme une mer de toile blanche fanée qui ne reflète plus aucun sentiment de sécurité, vingt femmes du camp d’Al-Durra se sont réunies dans l’une des maisons proches du camp. Cette maison appartenait à l’une des participantes, qui a insisté pour y organiser l’atelier afin d’offrir un minimum d’intimité à ses camarades. La pièce qui accueillait l’atelier était modeste ; des rayons de soleil se faufilaient à travers les fenêtres et éclairaient les visages des femmes assises en cercle, leurs yeux fatigués mais attentifs, comme si elles attendaient quelque chose qui leur rendrait une part de leur capacité à continuer.
Beaucoup de femmes sont devenues l’unique soutien de leur famille après la perte du mari, sa blessure ou son incapacité à travailler, et se sont soudainement retrouvées face à des responsabilités accrues dans un environnement qui n’offre pas le minimum requis pour une vie digne. Et alors que l’annonce d’un cessez-le-feu aurait dû apporter un certain apaisement, les violations et les frappes sporadiques ont continué à semer la peur dans les cœurs, faisant que chaque bruit d’avion ou explosion lointaine ravive le sentiment d’insécurité.
La séance intitulée La cuisine de la tente, gérer en temps de pénurie, mise en œuvre par l’équipe de l’UJFP, est une tentative de retrouver une compétence quotidienne concrète.
La rencontre a débuté par l’importance de redonner toute sa valeur à la sagesse des mères en matière de gestion domestique, cette sagesse qui a souvent sauvé les familles en période de crise, mais qui est aujourd’hui mise à l’épreuve de manière inédite face à un tel niveau de privation.
Avant de passer à la partie pratique, la psychologue a guidé les participantes dans un exercice simple de relaxation et de respiration, elle a expliqué l’importance de ces exercices pour réduire l’anxiété et le stress, dans les environnements de déplacement instables, et a encouragé les femmes à les pratiquer avec leurs enfants dans la tente avant le coucher; créer des moments de calme au milieu du chaos quotidien.
Le lieu s’est transformé en une cuisine vivante. L’animatrice a présenté des ingrédients très simples : un petit sac de lentilles, un peu de riz, une boîte de haricots, de la pastirma en conserve, quelques épices et un peu d’huile. Elle a expliqué comment transformer ces ingrédients limités en repas complets et rassasiants, comment varier les modes de cuisson pour donner l’impression que les repas sont différents, renouvelés, même si les ingrédients se ressemblent. Elle a parlé de l’importance du trempage préalable des légumineuses pour réduire le temps de cuisson et économiser le bois de chauffage, de l’utilisation de la chaleur résiduelle des ustensiles pour achever la cuisson, et des techniques de cuisson lente qui préservent la valeur nutritionnelle tout en réduisant la consommation de combustible. Les femmes échangeaient des regards, certaines prenaient des notes sur de petits morceaux de papier ou au dos de vieilles boîtes, comme si chaque conseil était un trésor capable de transformer toute une journée dans la vie d’une famille.
Au fil de l’atelier, les femmes ont commencé à partager leurs expériences à voix haute, et l’espace s’est transformé en un lieu de confidences collectives. L’une des mères a parlé de son sentiment d’impuissance lorsqu’elle regarde la petite quantité de lentilles dans le colis alimentaire et pense à la manière de la répartir entre ses enfants.
Une autre a raconté comment elle jetait auparavant les rares restes de nourriture par manque de connaissances pour les réutiliser, et comment elle avait appris aujourd’hui des méthodes simples pour transformer des conserves « monotones » en plats chauds lui rappelant la cuisine de son ancienne maison. Elle a également expliqué que l’apprentissage de techniques d’économie de bois l’avait aidée à retrouver un sentiment de contrôle sur sa vie dans ce contexte chaotique.
Puis l’équipe a organisé une activité récréative simple sur place. Les femmes ont été invitées à partager des recettes traditionnelles qu’elles cuisinaient dans leurs maisons avant le déplacement, et la séance s’est transformée en un espace de rires et de souvenirs heureux. Certaines femmes ont commencé à fredonner doucement des chansons populaires, tandis que d’autres ont participé à un court jeu collectif pour briser la glace, exprimant chacune une chose qui leur donne de la force et de l’espoir dans leur vie quotidienne.
Les femmes y ont partagé leurs peurs de la faim et de l’incapacité à répondre aux besoins de leurs enfants, ont parlé de l’épuisement psychologique causé par les déplacements répétés et l’instabilité, et ont exprimé le sentiment que la tente, malgré sa dureté, est devenue un espace où elles tentent de recréer le sens du foyer et de la chaleur humaine. La psychologue est intervenue pour encourager les femmes à exprimer leurs émotions, soulignant l’importance du soutien collectif entre femmes et la manière dont l’échange d’expériences peut atténuer le sentiment de solitude et d’impuissance, et transformer l’anxiété individuelle en force collective.
À la fin de la séance, l’atelier ne leur avait pas seulement offert des recettes de cuisine, mais leur avait rendu une part de leur sentiment de capacité et de dignité. Certaines se sont levées pour examiner les ustensiles et essayer les techniques de leurs propres mains, d’autres sont restées assises à échanger des recettes et de nouvelles idées, tandis que les voix des enfants s’élevaient à l’extérieur de la maison, comme si la vie insistait pour continuer malgré tout.
L’équipe a réaffirmé son engagement à poursuivre le soutien aux femmes dans les camps Les femmes sont reparties avec de petits livrets et de nouvelles idées dans les mains, la cuisine de la tente peut devenir un espace de résistance, de vie et de mémoire. De telles initiatives constituent une intervention humanitaire essentielle qui renforce la capacité des femmes à s’adapter aux crises, contribue à améliorer la sécurité alimentaire des familles et leur fournit des outils pratiques pour faire face à la faim et à la privation. Ces ateliers sont un acte humain qui rend aux femmes une part de contrôle sur leur vie et leur donne la capacité de transformer la pénurie en opportunité, et la tente en un foyer temporaire de vie. »
Photos et vidéos ICI.
Atelier de soutien psychologique pour les femmes au camp d’Al-Saraya, au centre de Gaza-ville
« La mise en œuvre de l’atelier Renforcer la résistance psychologique, un espace sûr pour moi-même au camp d’Al-Saraya, à l’ouest de Gaza-ville, intervient dans un contexte humanitaire extrêmement complexe vécu par les femmes déplacées dans les camps de déplacement. Par ailleurs, les femmes vivent une fragilité psychologique extrême résultant des déplacements répétés, de la perte de leurs maisons, de leurs proches et de leurs biens, ainsi que de la persistance des menaces et des violations sécuritaires malgré l’annonce d’un cessez-le-feu. Cette situation ancre un état d’anxiété chronique, de peur constante et d’anticipation anxieuse de l’avenir, entraînant des troubles psychologiques tels que l’insomnie, le stress aigu, la dépression et l’épuisement mental.
Dans ce contexte, l’équipe de l’ UJFP a mis en œuvre une séance spéciale de soutien psychologique intitulée Renforcer la résistance psychologique, un espace sûr pour moi-même au camp d’Al-Saraya, au centre de la ville de Gaza, avec la participation de 25 femmes résidant dans le camp.
Cet atelier répondait à un besoin urgent de créer un espace sûr permettant aux femmes d’exprimer leurs émotions et leurs expériences face à l’accumulation des pressions quotidiennes. Derrière chaque tente du camp d’Al-Saraya se cache une histoire de perte, de douleur et de blessures invisibles qui menacent l’âme de se briser. L’objectif de l’atelier était de faire connaître aux participantes le concept de résistance psychologique en tant que mécanisme de protection contre l’effondrement mental, de leur fournir des techniques d’auto-secours psychologique de premiers soins pour gérer le stress et l’anxiété, de renforcer le soutien social entre les femmes, de construire un mini-réseau de soutien psychologique entre voisines de tentes, et de renforcer le sentiment de capacité et de contrôle personnel face à des conditions de vie extrêmement difficiles.
La séance a débuté par une activité interactive et une discussion ouverte autour du concept de résilience- résistance psychologique et de son importance en situation de crise, en reliant ce concept aux expériences quotidiennes des participantes. Les femmes ont ensuite été formées à des techniques de respiration profonde, de relaxation musculaire progressive, ainsi qu’à des exercices de concentration mentale et d’ancrage dans le moment présent.
Des activités de décharge émotionnelle ont permis aux femmes d’exprimer leurs sentiments et leurs douleurs dans un environnement sûr, fondé sur la confidentialité et le respect mutuel, contribuant ainsi à réduire le sentiment d’isolement et à renforcer la solidarité sociale entre les participantes.
L’atelier ne s’est pas limité au volet psychologique, mais a également inclus des activités récréatives légères qui ont redonné un peu de joie et de légèreté aux femmes, telles que des jeux collectifs simples, des activités d’expression artistique et de dessin libre, des exercices physiques doux accompagnés de musique apaisante, ainsi que de courtes compétitions interactives.
Les femmes ont été encouragées à échanger leurs coordonnées et à former des groupes de soutien entre voisines afin d’assurer la continuité du soutien psychologique en dehors de l’atelier pour renforcer la solidarité au sein du camp.
L’une d’elles a déclaré qu’elle était arrivée en se sentant submergée par des pensées négatives, mais que dans cet espace sûr, elle avait appris qu’elle avait le droit d’être triste tout en ayant la force de continuer, et qu’elle avait ressenti, pour la première fois depuis des mois, un soulagement intérieur. Une autre participante, mère d’un nourrisson, a expliqué que son plus grand défi était de rester calme afin que son stress ne se transmette pas à son enfant, et que la séance lui avait appris à séparer le chaos extérieur de sa paix intérieure, même pour quelques minutes par jour. Elle a ajouté que les paroles des autres participantes lui avaient fait comprendre que toutes partageaient la même épreuve, et que cette souffrance collective avait considérablement atténué son sentiment de solitude psychologique. »
Retrouvez l’ensemble des témoignages d’Abu Amir et Marsel :
*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l’Union Juive Française pour la Paix. *Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l’enfance. Tous les deux sont soutenus par l’UJFP en France.
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Pour participer à la collecte "Urgence Guerre à Gaza" : HelloAsso.com Les témoignages sont publiés sur UJFP / Altermidi / Le Poing