L’acceptation par les Forces d’occupation israéliennes du bilan officiel des morts à Gaza ne fait qu’accroître le doute : le chiffre réel est bien plus élevé

Samuel Geddes, 31 janvier 2026. – Il est plausible que jusqu’à la moitié de la population de Gaza en 2023 ait péri sous les coups de la violence, de la famine, de la soif et des maladies.

Illustration Batoul Chamas pour Al Mayadeen English.

Au milieu de l’année dernière, Bret Stephens, chroniqueur au New York Times et propagandiste invétéré, a publié un article où il prétendait démontrer que si « Israël » nourrissait réellement des intentions génocidaires envers la population de Gaza, le bilan officiel des morts aurait certainement dû largement dépasser les 60.000 (à l’époque, le meilleur chiffre disponible).

Si Stephens était capable d’éprouver de la honte, il regretterait amèrement la désinvolture de sa tentative de propagande au service de l’armée d’occupation. Après avoir diffamé et calomnié ceux qui accomplissaient la tâche ingrate de documenter officiellement le carnage, les Forces de maintien de la paix (FMP) ont finalement daigné « accepter » le bilan officiel de 71.000 morts dans la bande de Gaza, confirmé par les autorités locales.

Cependant, considérer ce chiffre comme faisant autorité simplement parce qu’il a été validé par les responsables des massacres reviendrait à nier le génocide. Que Tel-Aviv tente d’ériger ce nombre en plafond de sa criminalité indique clairement que l’ampleur réelle de ses atrocités et le nombre de victimes sont bien plus élevés.

Il convient de rappeler que ce chiffre officiel ne prend en compte que les décès ayant pu être certifiés dans un hôpital (à supposer que celui-ci n’ait pas été mis hors service ou entièrement détruit), laissant ainsi de côté les morts enterrés à la hâte ou ensevelis sous les décombres. L’estimation de base, qui fait état d’au moins 10.000 corps encore piégés sous les décombres du blitzkrieg israélien, porte le bilan plausible à 81.000 morts.

Cependant, même ce bilan serait préférable, pour les besoins du récit israélien, au nombre réel de victimes. Dès le début de 2025, les propres évaluations internes de l’armée israélienne concernant la population du territoire tabulaient sur un déficit de 377.000 habitants par rapport à la population d’avant-guerre, ce qui, selon leurs propres calculs, plaçait l’ampleur du massacre au niveau du génocide perpétré au Timor oriental.

Des études médicales indépendantes ont également avancé des chiffres de victimes bien plus élevés au cours des deux dernières années. Vers le milieu de l’année 2024, la revue médicale The Lancet estimait, de manière prudente, qu’au moins 186.000 Gazaouis auraient pu être tués depuis octobre 2023. Ce chiffre prendrait en compte les décès, généralement bien plus nombreux, dus à la famine, à la soif, au manque de médicaments et à la propagation des maladies ; des conditions délibérément et méticuleusement orchestrées par l’armée israélienne afin de maximiser le nombre de victimes.

Comme il est désormais évident, le génocide a pu se poursuivre pendant au moins une année supplémentaire. Une estimation actualisée, datant du premier semestre 2025, évaluait le nombre total de morts à un chiffre effarant de 680.000, dont 380.000 enfants.

Près de six mois se sont écoulés avant que les États-Unis, visiblement lassés des déstabilisations régionales orchestrées par leur allié, n’imposent un cessez-le-feu dans la bande de Gaza. Toutefois, ce cessez-le-feu a autorisé Tel-Aviv à mener des bombardements quotidiens et à restreindre drastiquement l’aide humanitaire, en violation flagrante des termes de la trêve.

Cette pénurie d’aide, délibérément organisée, était particulièrement calculée, car l’hiver est la période la plus propice à la propagation des maladies contagieuses et aux risques de décès liés à l’exposition au froid. Là encore, les décès infantiles dus aux conditions hivernales qui sont rapportés ne représentent sans aucun doute qu’une fraction du nombre réel.

L’insuffisance criante de l’aide parvenue à la population au cours des quatre mois qui ont suivi le début du cessez-le-feu explique que les taux de mortalité extrêmement élevés, toutes causes confondues, observés il y a un an, persistent depuis près d’un an.

Compte tenu de la gravité et du caractère délibéré des dangers mortels engendrés par l’occupation, le bilan des décès se situe vraisemblablement dans la fourchette haute. Si près de 700.000 personnes étaient déjà mortes avant la mi-2025, le bilan s’élèverait vraisemblablement à un million de morts à cette date. Un chiffre aussi effroyable représenterait l’extermination délibérée d’un citoyen de Gaza sur deux par les actions de l’occupation et de ses soutiens depuis le 7 octobre 2023.

Si les propagandistes du régime avaient le moindre contact avec la réalité, ils considéreraient un nombre de morts inférieur à 100.000 comme un soulagement. La réalité est que nous commençons seulement à prendre conscience de l’ampleur d’un massacre prémédité sans précédent depuis le génocide rwandais de 1994.

Pour ceux dont la mission ces deux dernières années a été de blanchir les agissements du régime israélien, il serait vain d’admettre leur erreur maintenant. Ils ont fait leur choix et n’en subissent pas encore les conséquences.

Article original en anglais sur Al Mayadeen / Traduction MR