Israël ne débat pas de la création d’un État palestinien. Il prépare une expulsion.

Amira Hass, 1er septembre 2026.– La position de Gadi Eisenkot sur l’État palestinien importe peu. À Gaza, en Cisjordanie et en Israël même, la machine destinée à rendre la vie des Palestiniens impossible est déjà en marche, préparant le terrain pour une expulsion massive.

Gaza, fin aôut 2026 (Mohamad Safa sur X)

La position de Gadi Eisenkot — favori des élections et dirigeant du parti Yashar — concernant un État palestinien est, en fin de compte, sans importance. L’enjeu actuel n’est pas une « solution diplomatique », mais l’existence même du peuple palestinien entre le Jourdain et la mer Méditerranée. Les forces israéliennes qui s’efforcent de les « effacer » ne s’imposent aucune limite ni aucune retenue. Leurs partisans sont trop nombreux pour que nous puissions compter uniquement sur la ténacité et la résilience d’un peuple ayant déjà subi des plans d’expulsion mis en œuvre par Israël.

Le monde reste spectateur. La gauche est minuscule, affaiblie et a la voix brisée à force de multiplier les mises en garde. L’opposition anti-Bibi oscille entre minimiser le danger, y rester indifférente et soutenir ouvertement l’expulsion. Les condamnations sporadiques, suscitées principalement par une publication de l’ambassadeur américain sur X, sont aussi utiles qu’une passoire sous une averse. Les phalangistes juifs attaquent constamment et partout, et pas seulement à Qusra.

Le débat sur l’option d’un seul État, de deux États ou d’une fédération est plus théorique que jamais. Toute solution concertée exige d’abord de reconnaître le problème et de s’entendre sur sa nature. Trop de juifs en Israël ont été conditionnés à croire que le problème réside dans la présence même, sur cette terre, d’un peuple palestinien doté de racines, d’une continuité historique et économique, d’un capital culturel et de biens matériels, d’un riche patrimoine agricole et d’un amour profond pour sa patrie.

L’« effacement » est cette solution cauchemardesque qui devient réalité chaque jour. Les lois de la Knesset, les déclarations des hommes politiques, les ordres militaires, les manuels scolaires et les « bataillons immobiliers » sacrés qui opèrent à Gaza, en Cisjordanie et dans le Néguev œuvrent tous, ensemble et séparément, à faire avancer cette « solution » avec zèle et sans crainte de condamnation internationale. La politique israélienne vise à rendre la vie insupportable aux Palestiniens, où qu’ils vivent, afin que leur émigration puisse être présentée comme un acte de libre arbitre. En Israël même, les autorités laissent le champ libre aux organisations criminelles arabes pour s’armer et tuer des citoyens palestiniens chez eux. En Cisjordanie, ces mêmes autorités israéliennes laissent toute latitude aux « bataillons de Dieu » pour s’armer, tuer et expulser, tandis que l’armée régulière poursuit ses raids jour et nuit. Dans une bande de Gaza dévastée et assoiffée, le gouvernement et l’armée entretiennent des milices armées composées de collaborateurs criminels, alors que les pilotes israéliens continuent de lancer des missiles de vengeance et de représailles qui fauchent la vie d’encore plus d’enfants. Toutes ces démonstrations de testostérone sont interconnectées.

Parallèlement, Israël détruit ou restreint considérablement la capacité des Palestiniens à gagner leur vie. À Gaza, cette mission est accomplie. Une population de « morts-vivants » dépendants de l’aide humanitaire — deux millions de personnes portant le poids de quelque 74.000 tombes récentes, de familles et de souvenirs, de talents et de métiers, ainsi que d’économies parties en fumée — s’entasse sur environ 150 kilomètres carrés de terre brûlée. La créativité, l’ingéniosité et l’entraide sont écrasées par l’ampleur des destructions et par l’interdiction imposée par Israël de reconstruire et de se relever.

En Cisjordanie, fin aôut 2026, après une attaque de colons (Mohamad Safa sur X)

En Cisjordanie, l’étau financier du ministère des Finances se resserre autour de quelque trois millions de personnes et de l’Autorité palestinienne. Le vol systématique des recettes fiscales s’ajoute aux campagnes de destruction menées par l’armée dans les villes et les camps de réfugiés, ainsi qu’aux autres méthodes employées pour empêcher les Palestiniens de cultiver et de mettre en valeur leurs terres : points de contrôle, interdictions administratives, clôtures et bergers juifs israéliens.

En Israël même, la « judaïsation de la Galilée et du Néguev » a été et demeure un euphémisme pour désigner le vol de terres et de ressources aux citoyens palestiniens d’Israël. La discrimination dont ils font l’objet en matière d’allocations, de subventions et d’emploi, conjuguée aux interdictions de construire et aux démolitions, a toujours occupé une place centrale dans la politique officielle menée en deçà de la Ligne verte.

Je le répète : l’existence même du peuple palestinien, entre la mer et le fleuve, est aujourd’hui menacée. Trop de forces actives engendrent ce péril : la puissance et les capacités militaires d’Israël ; le culte du service militaire, quelles que soient les circonstances ou le gouvernement ; l’obéissance érigée en valeur ; le recours systématique aux armes et aux attaques militaires ; la banalisation du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) et des suicides chez les soldats ; l’attrait d’une carrière militaire et des perspectives qu’elle offre ; l’appât d’une villa abordable dans une localité exclusive de Galilée ou dans une banlieue de colons en Samarie ; les mensonges de la propagande, officielle ou non ; l’indifférence face à l’enfer sur terre qu’Israël a créé dans la bande de Gaza ; le déni de soixante années d’occupation et de domination imposée par la force ; le réflexe pavlovien du « Mais… le 7 octobre » ; la synergie entre l’armée, le gouvernement, les rabbins et les milices de colons en Cisjordanie ; l’indifférence imperturbable face à la destruction du Liban ; le mépris pour l’occupation de nouveaux territoires syriens ; la banalisation du discours prônant l’expulsion ; des systèmes judiciaire et éducatif gangrénés par un racisme tant laïc que religieux ; et cette armée de geôliers qui maltraitent des milliers de prisonniers palestiniens, que ce soit sur ordre ou de leur propre chef.

Conjuguées, ces forces — et d’autres similaires — mettent en place, au sein de la société juive israélienne, les infrastructures matérielles, idéologiques et psychologiques propices à une nouvelle expulsion massive de Palestiniens et à ce qui pourrait l’accompagner : un massacre de grande ampleur.

Les figures de proue des milices de colons affichent ouvertement leur objectif : l’expulsion. Elles perçoivent clairement la disposition d’une large part de la société juive israélienne à participer à sa mise en œuvre, que ce soit activement ou passivement, directement ou indirectement. Par leurs provocations et leurs crimes quotidiens — commis au grand jour et rendus possibles uniquement grâce à un soutien institutionnel —, ces « phalangistes » cherchent sans relâche à provoquer un acte palestinien de rage et de vengeance qui « réussisse », afin de pouvoir l’exploiter comme l’étincelle déclenchant une nouvelle guerre sainte.

Ces phalangistes juifs et les organisations de droite qui les alimentent misent sur une vaste mobilisation — incluant les dirigeants, les électeurs et les sympathisants de « Yashar » et du parti des Démocrates libéraux — en faveur d’une guerre que l’on pourrait d’ores et déjà résumer par ce slogan : « Un peuple, une armée, une terre purgée de ses Arabes. »

Article publié sur Ha’aretz le 1er septembre 2026. Il a été reproduit dans son intégralité par Ami Dar, sur son compte X, parce qu’il l’a trouvé « trop urgent et important pour être réservé aux abonnés » / Traduction MR