Le rôle du contexte colonial dans l’insécurité alimentaire à Gaza

Ramona Wadi, 28 juillet 2026. – Un communiqué de presse conjoint de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), de l’UNICEF et du Programme alimentaire mondial (PAM) a dressé un état des lieux de l’insécurité alimentaire actuelle à Gaza, exacerbée ces dernières années par le génocide perpétré par Israël. « Des progrès sont réalisés en matière de sécurité alimentaire à Gaza, mais ils restent fragiles et peuvent être facilement réduits à néant », a déclaré Carl Skau, directeur exécutif adjoint du PAM.

En février 2025, Israël bloquent l’aide humanitaire pour qu’elle n’atteigne pas Gaza, et des Israéliens viennent la détruire. (capture d’écran de 3 vidéos, publiées sur le compte X Suppressed News.)

Bien entendu, le communiqué de presse ne fait aucune mention du génocide commis par Israël, ni du colonialisme ou de l’occupation militaire. L’insécurité alimentaire à Gaza résulte de diverses formes de violence coloniale.

Si le rapport indique les mesures à prendre pour alléger la situation actuelle — où 1,4 million de personnes souffrent encore d’une insécurité alimentaire aiguë — les organisations internationales passent à côté de l’essentiel lorsqu’elles formulent des recommandations sans souligner la raison pour laquelle les Palestiniens de Gaza ont un besoin constant d’aide humanitaire.

L’insuffisance de l’approvisionnement est également une conséquence directe de la violence coloniale.

Les avertissements concernant l’insécurité alimentaire devraient prendre en compte l’ensemble de la situation. Le directeur général de la FAO, Qu Dongyu, a souligné que « les restrictions sur les importations agricoles et l’acheminement de l’aide humanitaire doivent être levées ». C’est exact, mais par qui ? L’ambiguïté de telles déclarations ne fait qu’alimenter l’impunité et, par conséquent, la possibilité d’une insécurité alimentaire perpétuelle — une réalité que les Palestiniens connaissaient déjà avant le génocide.

La directrice exécutive de l’UNICEF, Catherine Russell, a également mis en garde contre les conséquences à long terme de l’insécurité alimentaire lorsque l’aide humanitaire est fragilisée par un financement insuffisant : « La malnutrition aiguë a reculé, mais de nombreux enfants souffrent encore de la faim, et certains pourraient ne jamais se remettre totalement d’une carence nutritionnelle prolongée. Ces progrès montrent que lorsque l’accès humanitaire s’améliore et que l’aide parvient à destination, il est possible de sauver des enfants qui se trouvent au bord du gouffre. Toutefois, cette situation repose sur un programme de supplémentation nutritionnelle qui ne couvre pas tous les enfants et dont les financements s’épuisent. Sans un accès et des financements pérennes, ces acquis pourraient être perdus en quelques mois seulement. »

Là encore, les enjeux politiques liés au colonialisme et au financement sont cruciaux pour comprendre la situation. Si l’on peut arguer que l’objectif du communiqué était de rendre compte de l’impact de l’insécurité alimentaire, la tendance, au sein des organisations internationales, est de ne jamais s’attaquer au problème de fond. Or, des récits incomplets donnent une image tronquée de la manière dont les organisations humanitaires sont elles aussi impliquées dans la dynamique politique du colonialisme et de l’aide humanitaire.

« La FAO, l’UNICEF et le PAM soulignent qu’une paix, une sûreté et une sécurité durables sont essentielles pour permettre aux populations de retourner dans leurs fermes, leurs entreprises et leurs communautés, et de commencer à reconstruire leur vie », indique notamment le communiqué. La situation politique fait en sorte qu’une paix, une sûreté et une sécurité durables pour Gaza demeurent hors de portée. Près de trois ans après le début du génocide perpétré par Israël, les Palestiniens sont toujours contraints au déplacement, tandis que les dirigeants mondiaux continuent de débattre de leur rôle et de leur pertinence concernant Gaza. L’aide humanitaire ne représente qu’une infime partie de l’équation globale, malgré les efforts déployés pour lui conférer une importance disproportionnée.

Pour les Palestiniens, l’enjeu se résume à la différence entre mourir de faim et souffrir un peu moins de la faim. Pour la communauté internationale, en revanche, l’aide humanitaire marque la différence entre impunité et obligation de rendre des comptes : elle efface la seconde tout en perpétuant la première.

Les Palestiniens seront-ils autorisés à retourner sur leurs terres, ou la communauté internationale persistera-t-elle à soutenir le projet d’expansion coloniale qu’Israël a pu mener avec l’aval des États-Unis ? Dans un contexte d’occupation militaire et de projets de colonies à Gaza, comment garantir la sécurité alimentaire ? Si Israël maintient le déplacement forcé de la population palestinienne, comment les Palestiniens peuvent-ils espérer une situation viable et durable ? Les recommandations visant à prévenir l’insécurité alimentaire ne doivent pas employer de termes hors de leur contexte. Le colonialisme est incompatible avec une paix, une sûreté et une sécurité durables ; dès lors, pourquoi n’est-il pas désigné comme la cause de l’insécurité alimentaire des Palestiniens ?

Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR