« Cet ennemi arrogant ignore les leçons de l’histoire » : Le retour colonial d’Israël à la pendaison

Zarefah Baroud, 11 avril 2026. – Les autorités ont menotté les détenus nationalistes, les conduisant à la mort sur l’échafaud, l’échafaud et la corde qui avaient été témoins des derniers instants de dizaines de nationalistes comme eux. S’approchant du nœud coulant avec dignité et une conviction profonde, ils ont prononcé un dernier hommage à la patrie bien-aimée : « Filasteen ‘Arabiyya ! » (« La Palestine est arabe »), et ont lancé une ultime et implacable dénonciation de leurs oppresseurs.

Fouad Hijazi, Atta Al-Zeer et Mohammed Khalil Jamjoum, les héros de la Révolution Al-Buraq, assassinés par les colonisateurs britanniques le 17 juin 1930. C’est leur histoire que raconte la bouleversante chanson « min sijjin akka » (De la prison d’Acre), un hymne à la résistance et à la lutte de libération palestiniennes.

Les familles et les communautés des martyrs se sont rassemblées devant Sijn Akka (la prison d’Acre, NdT), vêtues de blanc et ornées de henné comme pour un mariage, accueillant la dépouille du martyr au milieu des cris de joie et des chants de célébration.

Il ne s’agit pas d’un récit romantique, mais bien de la tradition perpétuée par les Palestiniens durant le mandat britannique sur la Palestine, un régime colonial qui a orchestré l’anéantissement systématique de toute une génération de nationalistes palestiniens.

Le spectacle de la pendaison

Bien que cette scène se soit répétée à maintes reprises durant le mandat britannique sur la Palestine, elle pourrait se reproduire demain, le projet de loi sur la peine de mort du ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, ayant été approuvé par la Knesset et promulgué. Cette loi, un amendement au code pénal israélien actuel, entraînera l’exécution de ceux qui auraient tué des Israéliens pour des raisons nationalistes (ou, de manière plus réductrice et fallacieuse, pour des raisons « antisémites »).

De plus, des rapports récents ont confirmé que la législation approuvée par la Knesset n’appliquera plus la peine de mort par injection létale, mais transformera l’exécution des détenus palestiniens en un spectacle colonial. Autrement dit, le mode d’exécution colonial originel est rétabli comme méthode de peine capitale par excellence. L’exécution par pendaison, désormais approuvée, redeviendra un spectacle colonial, mis en scène, dans le langage froid et distant du Comité de sécurité nationale, dans le but d’« éradiquer le terrorisme à la racine et de créer une dissuasion efficace ».

Il est essentiel, lorsque nous discutons de cette « nouvelle » politique, de reconnaître que l’exécution extrajudiciaire de prisonniers a toujours fait partie intégrante de la politique de l’administration pénitentiaire israélienne.

Ben-Gvir a présenté sa proposition, et la Knesset a adopté la loi, à un moment (depuis le 7 octobre 2023) où les autorités israéliennes ont assassiné des détenus à un rythme sans précédent. En avril 2023, la Commission palestinienne pour les détenus et anciens détenus estimait à 236 le nombre de Palestiniens tués en détention israélienne depuis 1967, soit une période de 56 ans.

Après le 7 octobre, en revanche, près d’une 100ne de Palestiniens sont morts en détention, un taux d’homicides environ dix fois supérieur à la moyenne historique. Un rapport de novembre 2025, publié par Médecins pour les droits de l’homme Israël, suggère que ce chiffre pourrait être largement sous-estimé, compte tenu des quelque 14.000 Gazaouis toujours portés disparus, présumés morts ou enlevés à la date de rédaction.

En évoquant le « terrorisme » et la dissuasion qu’il cherche à instaurer, Israël aspire à la neutralisation ciblée du mouvement national palestinien et aux opérations militaires associées visant l’État sioniste. À cet égard, et à d’autres, Ben-Gvir propose en réalité un retour aux pratiques coloniales britanniques.

Si son objectif est la dissuasion ou le renforcement de la sécurité des colons, l’histoire a démontré que la peine capitale est non seulement inefficace, mais aussi totalement contre-productive, voire incendiaire.

Martyrs de la potence

Il semble ici opportun, voire nécessaire, de revenir sur le sort de certaines des victimes les plus emblématiques de la peine capitale britannique, notamment les « martyrs d’al-Buraq », Mohammed Jamjoum, Ata al-Zeer et Fuad Hijazi, exécutés par les Britanniques après leur participation au soulèvement d’al-Buraq en 1929. Leurs noms et leur mémoire sont encore célébrés et invoqués par les Palestiniens du monde entier. (1)

On peut également citer le cas du compagnon d’Izz al-Din, le cheikh Farhan al-Sa’di, révolutionnaire de 81 ans qui, après avoir été arrêté pour possession d’armes à feu, fut exécuté le 27 novembre 1937, alors qu’il jeûnait durant le mois sacré du Ramadan.

Ils figuraient parmi les 100 à 112 prisonniers officiellement exécutés par les Britanniques durant le Mandat (1922-1948). Il a toutefois été suggéré que ce chiffre est largement sous-estimé et que 300 prisonniers (dont seulement deux juifs) auraient en réalité été exécutés durant cette période.

Cependant, cet exemple est loin d’être propre au cas palestinien, car les Britanniques ont appliqué la peine capitale de manière bien plus systématique dans d’autres contextes coloniaux, sans pour autant parvenir à endiguer la volonté des populations autochtones de résister à la domination coloniale. Par exemple, lors de la répression de la rébellion Mau-Mau pendant la guerre d’indépendance du Kenya (1952-1960), les Britanniques ont pendu au moins 1.090 dissidents kenyans, sans compter les quelque 20.000 Kenyans tués lors de la campagne de contre-insurrection. Pourtant, comme en Palestine, la révolution a continué et a finalement abouti à l’indépendance.

L’échec de la dissuasion

À l’instar des Britanniques avant eux, les Israéliens ne reconnaissent pas que le recours à la peine capitale, à l’image de l’escalade et de l’intensification des mesures coloniales en général, a historiquement renforcé la détermination palestinienne à résister. Le militant nationaliste et éducateur Akram Zaiter, commentant l’exécution d’Al-Sa’di, observait :

« Tous ceux que j’ai rencontrés aujourd’hui maudissaient les Anglais et priaient pour le martyr Farhan. Les journaux du soir étaient remplis d’hommages à Farhan al-Saadi. Les moudjahidines ont publié un communiqué jurant de le venger… »

Et de fait, comme Zaiter l’a lui-même reconnu, l’exécution a inspiré la création d’une organisation de résistance palestinienne militante portant le nom d’Al-Sa’di (« Les Frères de Farhan »).

Le cheikh Farhan Al-Sa’di se serait approché de l’échafaud avec un sourire, déclarant :

« Bienvenue à la rencontre d’Allah… Ô Allah, fais de mon martyre une joie pour ma nation ! »

Plusieurs décennies plus tard, le 7 octobre 2024, Abou Obeida, le défunt porte-parole des Brigades Al-Qassam (branche militaire du Hamas), a réaffirmé ce point essentiel en déclarant :

« Si les assassinats étaient une victoire, la résistance contre l’occupation aurait pris fin après l’assassinat du cheikh Izz al-Din al-Qassam dans les forêts de Ya’bad, près de Jénine, il y a quatre-vingt-dix ans.»

Abou Obeida a ajouté :

« Cet ennemi arrogant ne comprend rien à l’histoire. Il ignore tout de la réalité, de la culture et du patrimoine de notre peuple et de notre nation. »

En envisageant même le recours à la peine capitale pour réprimer la résistance populaire, Ben-Gvir et le Comité de sécurité nationale font preuve d’une profonde méconnaissance de l’histoire, notamment du fait que la peine de mort a en réalité renforcé la détermination palestinienne à résister.

Si les politiques mises en œuvre par le régime génocidaire de Netanyahou sont de plus en plus extrêmes et inquiétantes, et méritent pleinement l’attention et l’indignation de la communauté internationale, il convient de rappeler que l’exécution de prisonniers palestiniens est antérieure à la création d’Israël. La loi sur la peine de mort constitue donc à la fois une escalade de la brutalité institutionnalisée et un retour naturel aux racines coloniales d’Israël. Cependant, Israël est également confronté à un phénomène plus ancien encore : la volonté et la capacité du peuple palestinien de se mobiliser et de résister face à la mort cautionnée par l’État.

L’auteur :

Zarefah Baroud est titulaire d’un doctorat du Centre européen d’études palestiniennes (ECPS) de l’Université d’Exeter, obtenu pour ses recherches sur les applications du système carcéral dans le contexte des régimes coloniaux et de colonisation de peuplement en Palestine. Ses travaux ont été publiés dans Al Jazeera, CounterPunch, Middle East Monitor (MEMO), Mondoweiss, The Palestine Chronicle et d’autres médias de renom.

Article original en anglais sur Thinking Palestine / Traduction MR


(1) Les paroles de « min sijjin akka » en arabe et en anglais ICI.