Partager la publication "Israël applique les mêmes méthodes qu’à Gaza pour détruire les infrastructures d’eau du Liban"
Al Mayadeen, 25 mars 2026. – L’occupation israélienne, qui a déjà utilisé ses méthodes d’attaques contre les infrastructures d’eau lors du génocide perpétré dans la bande de Gaza, étend désormais ses attaques à certaines régions du Liban, a déclaré Oxfam mardi.

En rose : la zone du sud Liban dont Israël essaie de s’emparer depuis un demi-siècle, et en a été empêché par la résistance libanaise. Pour le régime d’occupation, les eaux du fleuve Litani sont indispensables à la constitution du Grand Israël.
L’organisation caritative a constaté dans son analyse que les forces israéliennes détruisent systématiquement les infrastructures d’eau et d’assainissement, notamment en menant des frappes à proximité de sites en cours de réhabilitation après avoir été détruits ou endommagés lors du dernier conflit.
La privation d’eau comme arme
Rappelant que les Conventions de Genève interdisent les attaques contre les installations d’eau et autres biens essentiels à la survie des populations, Oxfam a souligné que le recours à la privation d’eau comme méthode de guerre est illégal.
« Toute privation intentionnelle d’eau ou entrave à l’aide humanitaire peut constituer un crime de guerre », a déclaré l’organisation. Oxfam a constaté qu’en l’espace de quatre jours, durant les premières semaines de la dernière escalade, Israël a endommagé au moins sept sources d’eau essentielles, notamment des réservoirs, des réseaux de canalisations et des stations de pompage qui alimentaient en eau près de 7.000 personnes dans la région de la Bekaa, au Liban.
« Les conséquences à long terme seront également dévastatrices pour les communautés qui n’auront pas accès à l’eau potable lorsqu’elles pourront rentrer chez elles », a déclaré l’organisation caritative.
Schéma de destruction
L’organisation a également souligné que la destruction des infrastructures civiles par l’occupation ne s’est pas limitée aux installations d’eau essentielles. Les forces israéliennes ont également détruit des réseaux électriques et des ponts, privant ainsi des villes et des villages entiers d’approvisionnement et de services vitaux.
Le 22 mars, des avions de combat israéliens ont frappé le pont de Qasmiyeh, un point de passage stratégique reliant le sud et le nord du Sud-Liban. Le président libanais Joseph Aoun a condamné ces frappes, les qualifiant de « prélude à une invasion terrestre ».

Des images montrent le moment où une violente frappe israélienne a touché le pont al-Qasmiyah au Sud-Liban (vidéo sur le compte X de Al Mayadeen)
« Il est clair que les forces israéliennes reproduisent au Liban le même schéma qu’à Gaza », a déclaré Bachir Ayoub, directeur d’Oxfam-Liban. « L’impunité dont Israël a bénéficié à Gaza pour ses crimes de guerre liés à l’eau est une fois de plus flagrante. »
« Le monde a démontré qu’Israël peut agir à sa guise, quand il le souhaite, sans aucune conséquence, et ce sont encore une fois les civils qui paient le prix fort de cette inaction », a-t-il ajouté.
Un schéma de destruction délibérée
Les conclusions d’Oxfam font écho à un schéma plus large de la guerre israélienne, documenté tout au long du génocide en cours à Gaza. Comme l’a rapporté Al Mayadeen en août 2025, le ciblage systématique des infrastructures hydrauliques par Israël a plongé Gaza dans la soif.
Avant la guerre, le système d’approvisionnement en eau de Gaza était déjà saturé. Après près de 22 mois de bombardements israéliens, les infrastructures hydrauliques du territoire étaient dévastées. Selon les autorités de la ville de Gaza, plus de 75 % des puits de Gaza étaient hors service, 85 % des engins de travaux publics étaient détruits et environ 200 000 mètres de canalisations d’égouts étaient inutilisables. Les eaux usées inondaient les zones résidentielles, tandis que les habitants étaient contraints de boire de l’eau souterraine saumâtre dont la salinité dépassait largement les seuils de sécurité.
Une seule usine de dessalement restait opérationnelle. Les travailleurs humanitaires ont averti que le manque d’eau potable s’avérait aussi meurtrier que la famine, les maladies se propageant et les habitants étant incapables de maintenir une hygiène de base. Une mère a décrit son expérience en termes poignants : « Parfois, j’ai l’impression que mon corps se dessèche de l’intérieur, la soif me vole toute mon énergie, ainsi qu’à mes enfants.»
Les tactiques employées à Gaza – ciblage délibéré des infrastructures hydrauliques, destruction des réseaux électriques et coupure des approvisionnements vitaux – sont désormais reproduites au Liban.
Les attaques contre les infrastructures hydrauliques libanaises ne sont pas le fruit du hasard. Elles s’inscrivent dans un plan stratégique élaboré par les dirigeants sionistes depuis plus d’un siècle.
Le Litani : une ambition israélienne centenaire
Le Litani, le plus long fleuve du Liban, est la principale ressource en eau douce du pays. Ses eaux sont retenues par le barrage de Qaraoun, créant ainsi le plus grand lac artificiel du Liban, un réservoir qui alimente en eau potable, irrigue des dizaines de milliers d’hectares de terres agricoles dans la vallée de la Bekaa et produit de l’électricité pour le réseau hydroélectrique national.
Les stratèges israéliens convoitent cette ressource depuis longtemps. En 1919, Chaim Weizmann, l’un des fondateurs du mouvement sioniste, affirmait que le futur « État juif » devait inclure le fleuve Litani dans ses frontières. David Ben Gourion, premier ministre d' »Israël », le déclara « frontière nord naturelle de l’État ».
Aujourd’hui, cette ambition se traduit par la force militaire. Alors que les troupes israéliennes progressent au Sud-Liban, l’objectif affiché est de repousser le Hezbollah au nord du Litani. Mais la destruction des infrastructures hydrauliques alimentant la Bekaa, région qui irrigue le Litani, laisse supposer une stratégie plus vaste : le démantèlement systématique de la capacité du Liban à gérer ses propres ressources en eau.
Le contexte actuel aggrave la crise. Avant même le conflit, le Liban subissait la pire sécheresse jamais enregistrée. Les apports au lac Qaraoun durant la saison des pluies de 2025 représentaient moins d’un huitième de la moyenne annuelle. Les centrales hydroélectriques du réservoir avaient déjà dû fermer. La pollution due aux eaux usées non traitées et aux déchets industriels avait rendu une grande partie de l’eau disponible inutilisable. À présent, les frappes israéliennes ciblent ce qui reste : les réservoirs, les réseaux de canalisations et les stations de pompage qui alimentent les populations de la Bekaa. Comme l’a souligné Oxfam, les conséquences à long terme seront dévastatrices pour ces communautés si elles n’ont pas accès à l’eau potable à leur retour chez elles.
Article original en anglais sur Al Mayadeen / Traduction MR