Survivre à la superpuissance : Les raisons pour lesquelles l’Iran l’emporte sur les États-Unis et Israël

Robert Inlakesh, 24 mars 2026. – Alors que la guerre d’agression israélo-US s’intensifie et que le président Trump profère de nouvelles menaces contre les infrastructures énergétiques iraniennes, la République islamique et ses alliés sont très près d’infliger une défaite historique à la première superpuissance mondiale. Il ne s’agit pas d’une exagération ; les faits sur le terrain le démontrent.

Tel Aviv, 24 mars 2026. Des photos que le gouvernement israélien ne veut pas que le monde voit. D’autres ICI.

Dès le premier jour de l’attaque contre l’Iran, les États-Unis et Israël ont fièrement revendiqué d’énormes victoires. Alors qu’ils annonçaient initialement que ce conflit ne durerait que quatre jours, nous approchons inexorablement du cap d’un mois, sans qu’aucune fin ne soit en vue. Jusqu’à présent, aucun objectif de guerre clair n’a été formulé, et aucune justification valable n’a été avancée pour expliquer la manière dont les choses se sont déroulées. Hormis l’assassinat du guide suprême iranien, l’ayatollah Seyyed Ali Khamenei, de plusieurs autres hauts responsables et les frappes contre les infrastructures iraniennes, aucun coup majeur n’a été porté à la République islamique. Rien ne saurait constituer une victoire stratégique pour Washington et Tel-Aviv.

En réalité, les assassinats perpétrés par Israël lors de la guerre des douze jours, en juin 2025, ont infligé un coup bien plus dur à l’état-major iranien, notamment en tuant des scientifiques nucléaires. Le Mossad israélien était même parvenu à saboter efficacement la défense aérienne iranienne au début du conflit et avait déployé avec succès un grand nombre d’agents pour mener des actions armées à l’intérieur du pays. Cette fois-ci, ces agents semblent avoir eu un impact relativement négligeable, et l’Iran a riposté bien plus rapidement que lors de la guerre des douze jours.

Malgré cela, jour après jour, le président états-unien Donald Trump et son secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, continuent de présenter publiquement des affirmations contradictoires sur la manière dont ils prétendent gagner cette guerre.

Comment l’Iran défait l’empire américain

Le gouvernement US a affirmé à maintes reprises que la marine iranienne était « au fond de l’océan », que son aviation et ses défenses aériennes avaient été « détruites », tandis que Trump lui-même prétendait que « 90 % des missiles iraniens » avaient été éliminés.

Cependant, l’armée des Etats-Unis continue d’annoncer qu’elle cible de plus en plus de navires de guerre iraniens, tandis que la République islamique a diffusé des images vidéo d’installations souterraines abritant son matériel naval. Les défenses aériennes iraniennes, prétendument détruites selon l’administration Trump, ont réussi à intercepter un chasseur F-35, le contraignant à un atterrissage d’urgence, et abattent quotidiennement des drones ennemis.

Les forces aérospatiales du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) continuent de lancer des salves de missiles balistiques, frappant directement les installations militaires US dans le golfe Persique et des cibles israéliennes. Elles déploient également leurs propres essaims de drones. Outre le CGRI, les forces armées iraniennes disposent également de leurs propres unités d’attaque par drones, opérationnelles 24 heures sur 24. Les attaques iraniennes, soutenues par leurs alliés irakiens, ont contraint l’OTAN à se retirer totalement d’Irak, tandis que les forces US subissent des tirs incessants de missiles et de drones sur leurs bases. Toutes les bases US du golfe Persique, d’Irak et de Jordanie ont été endommagées, certaines entièrement détruites. Le Hezbollah a également fait son retour au Liban, plus fort que jamais, ses stocks d’armes reconstitués, et est parvenu à empêcher l’avancée des forces israéliennes dans le sud du Liban, malgré les déclarations de Tel-Aviv et de Washington annonçant sa défaite.

Le porte-avions USS Abraham Lincoln a été pris pour cible et contraint de se replier, hors de portée des frappes iraniennes, tandis que l’USS Gerald R. Ford a besoin de réparations. Les Gardiens de la révolution iraniens ont même tiré des missiles sur la base militaire anglo-US de Diego Garcia, révélant ainsi leur capacité à atteindre des cibles à plus de 4.000 kilomètres.

Presque quotidiennement, Téhéran semble nous réserver de nouvelles surprises. Quelle est la riposte des Israéliens et des Américains ? Ils bombardent des zones civiles, des commissariats et des installations de stockage de pétrole afin de provoquer des pluies acides sur Téhéran. Ils frappent également les entrées et sorties des bases de missiles, qui sont simplement creusées et restent en grande partie intactes.

L’Iran riposte à chaque nouvelle escalade commise par les États-Unis ou Israël, que ce soit contre des installations pétrolières, des usines de dessalement d’eau ou des installations nucléaires. Téhéran ne montre aucun signe de faiblesse ; des foules importantes se rassemblent pour soutenir leur gouvernement.

Comme l’Iran n’exporte plus de produits alimentaires pendant la guerre, les prix des produits de consommation courante ont en réalité baissé, grâce aux subventions gouvernementales et à la gratuité des transports publics.

Le blocus du détroit d’Ormuz a entraîné d’énormes pertes économiques pour les États arabes du Golfe persique, tandis que le prix du pétrole a explosé et a un impact majeur sur l’économie mondiale. Il s’agit d’une crise pétrolière pire que celle de 1973. Le coût des engrais a également augmenté, de plus de 40 % à ce jour. La situation est devenue tellement critique que les États-Unis envisagent désormais de lever les sanctions contre l’Iran afin de pouvoir acheter son pétrole et ainsi en réduire les coûts. Une mesure que l’administration Trump a tenté de présenter comme une initiative stratégique, mais qui témoigne manifestement de l’échec cuisant de cette guerre.

La production pétrolière iranienne a également atteint un niveau record depuis au moins 46 ans, ce qui signifie que depuis la révolution de 1979 contre le Shah, soutenu par les États-Unis, et qui a donné naissance à la République islamique, la production du pays n’avait jamais atteint de tels niveaux. À l’heure actuelle, seuls les pays ayant obtenu l’autorisation de l’Iran peuvent acheter du pétrole ou transiter par le golfe d’Ormuz. Autrement dit, l’Iran exerce une domination totale.

Escalade sans plan

Les représentations de Donald Trump d’un Iran vaincu, sans capacités militaires et dirigé par une élite apeurée, sont à l’opposé de la réalité. Au contraire, la République islamique semble se renforcer et gagner en popularité, ce qui est prévisible compte tenu des attaques étrangères en cours contre sa population civile.

Ebrahim Zolfaghari, porte-parole du Quartier général central de Khatam al-Anbiya (Commandement militaire unifié iranien), raille ouvertement les dirigeants américains, allant jusqu’à déclarer récemment : « Hé Trump, VOUS ÊTES VIRÉ ! Vous connaissez bien cette phrase. Merci de votre attention. Quartier général central de Khatam al-Anbiya. »

S’il est indéniable que les États-Unis et Israël possèdent un avantage technologique, ils sont tout simplement dépassés par les événements et n’ont aucune stratégie militaire viable. Dans un second temps, ils pourraient tenter de déployer des forces terrestres pour s’emparer d’îles du golfe Persique, mais même en cas de succès, cela ne changera rien. Selon toute vraisemblance, il s’agira d’une entreprise coûteuse qui ne débouchera guère plus que sur une opération de communication et n’aboutira pas à l’ouverture du détroit d’Ormuz.

La prise de l’île de Kharg aux mains de l’Iran n’empêchera pas ce dernier de bloquer le passage des navires dans le golfe Persique ; les choses ne fonctionnent tout simplement pas ainsi. Téhéran pourrait même décider de laisser les États-Unis s’en emparer, puis de la bombarder sans relâche avec des missiles et des drones. Quant au détroit d’Ormuz, tant que l’Iran disposera de missiles et de mines capables de couler des navires, il restera fermé.

Ce qui nous amène à la conclusion suivante : l’Iran est en train de vaincre les États-Unis. Pourtant, ce n’est pas Washington qui prend ses propres décisions ; la situation est clairement sous le contrôle des décideurs politiques de Tel-Aviv. Il ne s’agit pas d’une guerre menée pour les intérêts des États-Unis, mais pour ceux d’Israël. Comme je l’explique depuis des mois dans Palestine Chronicle, le calcul israélien est le suivant : s’ils parviennent à infliger suffisamment de dégâts aux infrastructures civiles iraniennes – en ciblant l’électricité, l’agriculture, l’industrie, le pétrole et le gaz, l’eau, etc. –, ils pensent pouvoir affaiblir le gouvernement à long terme. C’est une tactique de changement de régime similaire à celle employée en Syrie, mais c’est en fin de compte un pari coûteux qui ne semble pas porter ses fruits pour l’instant. En Syrie, le changement de régime n’est pas survenu pendant la guerre ; il a été provoqué par les sanctions et la dévastation durable du pays.

Israël sait que seule l’armée US est capable de porter des coups suffisamment durs pour espérer paralyser l’Iran à long terme. C’est pourquoi il s’est servi de son homme de paille – Donald Trump – pour s’engager dans une guerre qu’aucune administration précédente n’aurait osé entreprendre. Le président US est compromis et prêt à entraîner son pays, ainsi que l’Occident tout entier, dans sa chute pour satisfaire Israël.

Cette guerre anéantit la capacité de projection de puissance militaire des États-Unis, paralyse leur rôle au Moyen-Orient, démontre qu’ils constituent un fardeau pour leurs alliés, tout en représentant une victoire pour leurs deux principaux ennemis, la Russie et la Chine. Washington épuise également ses stocks militaires, compromettant ainsi sa capacité opérationnelle en cas d’affrontements avec Moscou ou Pékin. Bien qu’il soit impossible de prédire l’avenir, à l’heure actuelle, ce conflit s’annonce comme la guerre la plus désastreuse des États-Unis, peut-être même de toute leur histoire.

Article original en anglais sur The Palestine Chronicle / Traduction MR