Témoignages de Gazaouis : La survie qui s’organise au jour le jour dans l’enfer de Gaza – partie 667 / 11-15.03 – Les femmes sur le chemin du rétablissement, soutien alimentaire et psychologique

Brigitte Challande, 15 mars 2026.– Chaque semaine, l’UJFP élargit ses activités hebdomadaires à d’autres lieux, d’autres personnes déplacé.e.s. Comptes-rendus de la deuxième semaine de mars.

« Atelier de soutien psychologique pour les femmes du camp d’Al- Kane à l’ouest de la ville de Gaza : des pas vers la lumière

Dans la bande de Gaza, les crises ne passent pas comme de simples événements temporaires dans la vie des gens. Elles se transforment plutôt en expériences profondes qui laissent leurs traces dans la mémoire et dans l’âme. Dans les camps, la vie des femmes se construit entre des responsabilités quotidiennes interminables et des émotions accumulées de peur, d’anxiété et de tristesse. Malgré cela, la femme palestinienne continue d’assumer son rôle de pilier fondamental de la famille, essayant de préserver son équilibre psychologique malgré les pressions croissantes imposées par les crises répétées.

L’équipe de l’UJFP a organisé un atelier de soutien psychologique dans le camp Al-Kanz, à l’ouest de la ville de Gaza. Vingt-cinq femmes déplacées y ont participé, dans le but d’offrir un espace sûr où elles pourraient exprimer leurs sentiments, partager leurs expériences et alléger les pressions psychologiques accumulées à la suite du déplacement et de la perte de stabilité.

L’atelier a commencé par une simple séance de présentation qui a permis aux participantes de faire connaissance. Au cours de la séance, il a été question de l’importance du soutien psychologique dans la vie humaine, en particulier durant les crises prolongées. Les participantes ont également abordé le rétablissement psychologique comme un processus progressif qui peut prendre du temps, mais qui commence souvent par la reconnaissance et l’expression des sentiments.

Les participantes ont pratiqué des exercices de respiration profonde et de relaxation, elles ont également pris part à une activité de discussion collective où chaque femme a été encouragée à parler de ce qui occupe le plus ses pensées durant cette période.

Les femmes ont parlé de la peur qui les a accompagnées tout au long de la guerre, des routes bondées de personnes, et du sentiment d’égarement ressenti lorsqu’elles ont quitté leurs maisons sans savoir ce que les jours suivants leur réserveraient. Certaines ont évoqué la perte de maisons construites au fil de longues années, tandis que d’autres ont parlé de leur inquiétude permanente pour leurs enfants.

Lors d’une des activités de l’atelier, les participantes ont été invitées à mentionner ce qui leur donne la force de continuer malgré les difficultés. Certaines ont répondu que leurs enfants sont leur plus grande source de force, d’autres ont affirmé que la solidarité entre les femmes dans le camp leur donne le sentiment de ne pas être seules face aux défis. L’une des participantes a expliqué que ce qui l’épuise le plus n’est pas la fatigue physique, mais la pensée constante d’un avenir incertain. Chaque jour, elle essaie d’apparaître forte devant ses enfants, alors qu’au fond d’elle elle porte un poids considérable d’inquiétude. Une autre participante, veuve ayant perdu le soutien principal de sa famille, a partagé son expérience en disant que les premiers jours après la perte de son mari ont été remplis d’un profond sentiment d’égarement. Elle s’est retrouvée responsable de ses enfants dans une tente au cœur d’une ville confrontée à des conditions difficiles, et elle a dû être forte malgré la douleur qu’elle portait. Elle a ajouté que le fait d’entendre les histoires d’autres femmes ayant vécu des expériences similaires a allégé une partie de ce lourd fardeau. Une autre femme a expliqué que le déplacement a changé de nombreux aspects de sa vie quotidienne. Des choses qui semblaient autrefois simples — comme s’asseoir avec les voisins ou organiser la maison — sont devenues des souvenirs lointains.

La séance comprenait également une activité collective centrée sur le renforcement de l’espoir. Les participantes ont discuté de moyens simples pour préserver leur équilibre psychologique dans le camp, comme l’entraide entre les femmes, l’organisation du temps des enfants à travers de petites activités dans la tente, et la recherche de courts moments de repos malgré les pressions de la vie quotidienne.

À la fin de l’atelier, beaucoup ont exprimé leur soulagement après avoir partagé leurs histoires et écouté les expériences d’autres femmes vivant des conditions similaires. L’une des participantes a déclaré que parler de la douleur ne ramène pas ce qui a été perdu, mais aide à continuer le chemin. Elle a ajouté que la rencontre avec les femmes du camp Al-Kanz lui a fait comprendre que la force peut résider en chacun, même dans les moments les plus difficiles.

Quant à la participante qui a perdu son mari, elle a affirmé que le sentiment de solidarité entre les femmes durant la séance lui a redonné une part d’espoir. Partager la douleur avec les autres a rendu le chemin moins solitaire. Elle a souligné que le rétablissement ne se produit pas d’un seul coup, mais commence par de petits pas lorsque l’on sent que quelqu’un comprend sa souffrance et se tient à ses côtés.

De telles rencontres confirment que le soutien psychologique constitue un élément essentiel de la réponse humanitaire dans les camps de déplacement. Tout comme l’être humain a besoin de nourriture et d’un abri, il a aussi besoin d’espaces sûrs pour exprimer ses émotions et retrouver son équilibre psychologique. L’organisation UJFP poursuit la mise en œuvre de ce type d’ateliers dans les camps. Ainsi, ces initiatives humaines demeurent une étape importante pour créer de petits espaces d’espoir au cœur d’une réalité pleine de défis. »

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Des femmes qui fabriquent l’espoir malgré le déplacement : des voix au cœur du camp

« À Gaza, le temps n’est plus mesuré comme autrefois. Il ne se compte plus en journées ordinaires, mais en la capacité des gens à tenir un jour de plus dans une réalité qui ne ressemble plus à la vie qu’ils connaissaient auparavant. Dans les camps temporaires disséminés à travers la ville, des milliers de familles tentent de réorganiser les détails de leur existence dans des conditions difficiles. Les tentes se serrent les unes contre les autres, les histoires s’entrecroisent et les sentiments oscillent entre peur et espoir. Au cœur de cette scène complexe, la femme palestinienne demeure le pilier qui maintient la famille unie : elle est la mère qui rassure ses enfants, la fille qui soutient les personnes âgées, et l’épouse qui essaie de préserver le sens du foyer, même lorsque ce foyer n’est plus qu’une tente.

Dans la bande de Gaza, les femmes portent un fardeau encore plus lourd en période de crise. En plus des pertes vécues par tous, elles assument la responsabilité de préserver l’équilibre psychologique et émotionnel de la famille, alors même que leurs propres cœurs sont chargés d’inquiétude et de fatigue. Dans les camps, la vie quotidienne change complètement : l’intimité est presque inexistante, les ressources sont limitées et l’incertitude face à l’avenir accompagne chacun. Malgré tout, les femmes continuent de chercher des moyens de maintenir l’équilibre au sein de leurs familles, comme si elles tissaient l’espoir à partir de petits gestes au milieu d’une réalité extrêmement dure.

Parmi ces camps, le camp d’Al-Israa, situé à l’ouest de la ville de Gaza, est devenu l’un des lieux qui ont accueilli des centaines de familles déplacées. Là-bas, de nombreuses histoires se croisent et les émotions se ressemblent, malgré la diversité des expériences. Entre les tentes du camp et les voix des enfants, le besoin d’un espace sûr s’est fait sentir : un lieu où les femmes pourraient parler librement de leurs sentiments et trouver un moment de calme, loin de la pression de la vie quotidienne.

C’est dans ce contexte que l’équipe de l’UJFP a organisé une séance de soutien psychologique et de libération émotionnelle à l’occasion de la Journée internationale des femmes. Cette journée a ainsi pris un sens différent des célébrations traditionnelles. Ici, il ne s’agissait pas seulement d’une date symbolique, mais d’une véritable opportunité d’écouter les voix des femmes qui vivent cette expérience dans toutes ses dimensions. Vingt-cinq femmes se sont réunies sous l’une des tentes du camp, transformant l’espace, pendant quelques heures, en un lieu profondément humain rempli d’histoires, de souvenirs et d’espoirs.

Avant le début des activités, l’équipe a accueilli les participantes avec des mots simples mais sincères. Ils ont souligné que cette séance visait à honorer la force des femmes palestiniennes et à rappeler que parler de ses émotions et de ses pressions n’est pas un signe de faiblesse, mais une étape importante vers le rétablissement. L’organisation et son rôle dans le soutien psychologique et social aux communautés touchées ont également été présentés, ainsi que ses efforts pour créer des espaces sûrs où chacun peut s’exprimer et partager son expérience.

Au début de la rencontre, certaines femmes semblaient hésitantes. Parler de la douleur n’est jamais facile, surtout dans un environnement où beaucoup ont appris à taire leurs émotions. Mais peu à peu, l’atmosphère a commencé à changer. La séance avait été conçue de manière interactive afin d’encourager la participation sans pression et de permettre à chaque femme de parler lorsqu’elle se sentirait prête.

Les activités ont commencé par des exercices simples visant à réduire la tension physique et psychologique. Les femmes se sont assises en cercle et ont pratiqué des exercices de respiration profonde qui les ont aidées à se détendre un peu après de longues journées marquées par l’inquiétude et l’épuisement. Ces instants pouvaient sembler modestes, mais pour beaucoup d’entre elles, c’était la première fois depuis longtemps qu’elles s’accordaient une pause pour simplement respirer.

La séance s’est ensuite poursuivie par une activité de discussion fondée sur le partage d’histoires personnelles. Les participantes ont été invitées à raconter un moment ou une expérience qui les avait profondément marquées depuis le début de leur déplacement. Au départ, le silence s’est installé, mais il n’a pas duré longtemps.

L’une des femmes a commencé à parler d’une voix douce, choisissant ses mots avec soin. Elle a expliqué qu’elle n’aurait jamais imaginé devoir un jour quitter la maison où elle avait vécu pendant de nombreuses années. Elle a évoqué le moment où elle est sortie avec ses enfants sans savoir où aller, ainsi que l’étrange sensation qui envahit une personne lorsqu’elle perd soudain tout ce qui lui était familier. Mais, a-t-elle ajouté, le plus difficile n’était pas le déplacement lui-même : c’était de voir la peur dans les yeux de ses enfants et d’essayer constamment de leur cacher sa propre inquiétude.

Une autre femme, assise à côté d’elle, a poursuivi la discussion. Elle a raconté que la vie dans le camp lui avait appris beaucoup de choses qu’elle n’aurait jamais imaginé devoir apprendre. Elle a parlé de la manière dont elle organise sa journée dans un espace très réduit et de ses efforts pour transformer la tente en un endroit où ses enfants pourraient ressentir un minimum de sécurité. Elle a également expliqué que les moments les plus difficiles pour elle sont la nuit, lorsque le camp devient un peu plus calme et que les pensées commencent à revenir.

Au fil de la séance, de nombreuses histoires ont émergé, révélant la profondeur de l’expérience humaine vécue par ces femmes. Certaines ont parlé de la perte d’êtres chers, d’autres de la peur de l’avenir, et d’autres encore de l’épuisement permanent dû aux nombreuses responsabilités qu’elles portent chaque jour.

L’une des participantes, une femme âgée, s’est exprimée avec une voix empreinte de sagesse et d’expérience. Elle a raconté que sa vie avait connu de nombreuses crises, mais qu’elle n’avait jamais ressenti le poids des jours comme aujourd’hui. Pourtant, elle a affirmé que le fait d’être réunie avec d’autres femmes durant cette séance lui avait donné un sentiment de force. Elle a ajouté que, tout au long de l’histoire, la femme palestinienne a toujours été une source de résilience pour sa famille, et que ce rôle n’a pas changé malgré les circonstances.

L’atelier ne s’est pas limité à la parole. Il comprenait également d’autres activités destinées à favoriser l’expression émotionnelle de différentes manières. Dans l’un des exercices, les femmes ont été invitées à décrire leur sentiment actuel en un seul mot. Les réponses étaient diverses mais proches dans leur sens : fatigue, patience, espoir, attente, force.

Dans une autre activité, les participantes ont été invitées à imaginer la vie qu’elles aimeraient voir après la fin de ces circonstances difficiles. Certaines ont parlé de retourner dans leurs maisons, tandis que d’autres ont simplement exprimé le souhait que leurs enfants puissent vivre une vie normale, sans peur. Ce moment était chargé d’émotions, car parler de l’avenir porte toujours un mélange d’espoir et de nostalgie.

Au fil du temps, les femmes se sont senties plus à l’aise pour s’exprimer. Elles ont échangé des histoires, parfois même des rires, et les larmes qui sont apparues à certains moments faisaient partie du processus de libération émotionnelle dont chaque être humain a besoin.

L’une des participantes a déclaré que ce qu’elle avait le plus apprécié dans la séance était le sentiment que toutes se comprenaient sans avoir besoin de longues explications. Elle a ajouté que parler avec des femmes vivant les mêmes conditions permet de sentir que l’on n’est pas seule dans cette expérience.

Une autre participante a évoqué la Journée internationale des femmes d’une manière différente. Elle a expliqué que les femmes de Gaza n’ont pas besoin d’une célébration traditionnelle pour reconnaître leur valeur, car chaque jour où elles parviennent à protéger leurs familles est en soi un jour de force. Elle a également ajouté que cette rencontre dans le camp lui avait donné le sentiment que les histoires des femmes méritent d’être entendues et racontées.

Au cours de la séance, l’importance de poursuivre ce type de rencontres a également été soulignée, car elles offrent aux femmes l’occasion de se connecter et de se soutenir mutuellement. La vie dans le camp peut être remplie de pressions, mais l’existence d’espaces de dialogue peut alléger une grande partie de ce poids.

À l’approche de la fin de l’atelier, la formatrice a demandé aux participantes de partager une chose pour laquelle elles se sentent reconnaissantes malgré les circonstances. Certaines femmes ont mentionné leurs enfants, d’autres la solidarité entre les habitants du camp. L’une d’entre elles a affirmé que ce qui lui donne le plus de force est sa conviction que ces jours difficiles ne dureront pas éternellement.

Avant la clôture de la séance, les femmes se sont levées et ont formé un petit cercle, échangeant des mots d’encouragement et de simples souhaits pour un avenir meilleur. Cette scène n’était pas seulement la conclusion d’une activité, mais un moment profondément humain qui exprimait la solidarité pouvant naître entre des personnes partageant la même épreuve.

Lorsque les femmes ont commencé à quitter les lieux, il était évident que la rencontre avait laissé une empreinte dans le cœur de beaucoup d’entre elles. Certaines ont continué à discuter entre elles, tandis que d’autres ont exprimé leur souhait de participer à d’autres séances similaires.

En fin de compte, de telles initiatives montrent que le soutien psychologique n’est pas un luxe en temps de crise, mais une nécessité essentielle qui aide les gens à continuer. Une femme qui trouve un espace pour exprimer ses émotions devient plus capable de soutenir sa famille et de faire face aux défis quotidiens.

Ainsi, au milieu des tentes qui tentent d’abriter des vies entières, les histoires des femmes de Gaza continuent de dessiner une image différente de la force. Une force qui ne repose pas seulement sur l’endurance, mais aussi sur la capacité de partager la douleur et de la transformer en énergie pour avancer.

Dans le camp d’Al-Israa, la Journée internationale des femmes n’a donc pas été simplement une date inscrite dans le calendrier, mais un moment profondément humain où les voix des femmes se sont réunies pour dire quelque chose de simple, mais de profond : l’espoir peut naître même dans les lieux les plus difficiles, tant qu’il y a quelqu’un pour croire que demain peut être meilleur. »

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« Au bord du feu régional : comment la guerre menée par Israël et les USA a remodelé le quotidien de survie à Gaza

Les habitants de Gaza n’avaient pas besoin d’une nouvelle guerre pour ressentir le poids de l’isolement. Le blocus prolongé et les guerres successives ont laissé le territoire dans un état d’épuisement chronique. Pourtant, la guerre américano-israélienne qui embrase la région est venue ajouter une nouvelle couche de complexité à une réalité déjà fragile. Bien que cette confrontation apparaisse, à première vue, comme un conflit régional de grande ampleur s’étendant à travers les cartes du Moyen-Orient, ses répercussions quotidiennes atteignent clairement les ruelles étroites de Gaza, où les nouvelles politiques se transforment directement en changements dans les prix, dans la disponibilité du carburant et dans la capacité des familles à assurer leurs besoins les plus élémentaires. Dès les premiers jours de l’escalade des tensions régionales, les marchés locaux du territoire ont commencé à connaître des changements rapides. Les marchandises qui arrivaient déjà difficilement sont devenues encore plus rares, et les chaînes d’approvisionnement, qui fonctionnaient déjà très lentement, ont subi de nouvelles perturbations. Les commerçants parlent de difficultés de transport, de l’augmentation des coûts d’importation et d’une incertitude généralisée qui pousse chacun à faire preuve d’une extrême prudence dans les ventes et les achats. Cette inquiétude commerciale se traduit rapidement par une hausse des prix. Les prix ont grimpé en peu de temps à des niveaux sans précédent, au point que de nombreux produits de base sont devenus hors de portée pour les familles.

Dans les camps, la question ne porte plus sur le type de nourriture que l’on peut préparer, mais sur la possibilité même de trouver de la nourriture. Le pain, qui constituait l’élément le plus simple de la table, est devenu plus coûteux qu’auparavant. Les légumes, autrefois disponibles sur les marchés locaux, ont vu leurs prix atteindre des niveaux qui obligent les familles à réduire leur consommation au strict minimum. Quant à la viande, elle est devenue pour beaucoup de familles un luxe inaccessible. Chaque jour qui passe réduit davantage les options alimentaires, et le repas quotidien devient une équation difficile.

Cependant, l’impact le plus visible de la guerre régionale s’est manifesté dans le secteur de l’énergie. À Gaza, le carburant n’est pas seulement une marchandise économique : c’est un élément essentiel qui détermine la capacité de la société à fonctionner et à continuer. Le fonctionnement des générateurs électriques, le transport des marchandises, l’activité des boulangeries, les pompes qui fournissent l’eau, et même la circulation des ambulances dépendent tous de la disponibilité du carburant. Avec les perturbations des marchés de l’énergie dans la région à la suite de la guerre, les effets ont rapidement commencé à apparaître dans l’enclave. Les quantités disponibles ont diminué, les prix ont fortement augmenté, et obtenir du carburant exige désormais des coûts bien plus élevés qu’avant le déclenchement de la guerre.

Il en va de même pour le gaz de cuisson, un élément essentiel de la vie quotidienne des familles. Dans de nombreux camps et centres de déplacement, trouver une bouteille de gaz pleine est devenu un véritable défi. Les prix ont doublé et les longues files d’attente font désormais partie de la routine quotidienne. Certaines familles ont été contraintes de réduire le nombre de repas chauds qu’elles préparent chaque jour, d’autres ont recours à des méthodes alternatives de cuisson, moins sûres.

Dans cet environnement économique instable, la vie quotidienne ressemble à une succession de défis accumulés. Les familles qui ont perdu leurs sources de revenus pendant la guerre précédente se retrouvent aujourd’hui confrontées à une nouvelle vague de pressions économiques.

Dans les camps de déplacement disséminés à travers le territoire, cette crise apparaît encore plus clairement. Les tentes serrées les unes contre les autres forment des villes temporaires où vivent des milliers de personnes contraintes de quitter leurs maisons pendant la guerre précédente. Dans ces espaces restreints, assurer la nourriture et le carburant devient un défi qui nécessite une forte coopération entre les familles.

La faim ici n’est pas une sensation passagère, mais une expérience quotidienne vécue par des milliers de familles. Les mères tentent de répartir la nourriture limitée de manière à garantir que les enfants reçoivent la plus grande part, tandis que les pères choisissent souvent de réduire leurs propres portions pour permettre aux autres membres de la famille de manger suffisamment. Ces détails révèlent l’ampleur des sacrifices que les familles consentent pour continuer à vivre, mais ils mettent aussi en lumière la fragilité de la situation qui dépend de plus en plus de l’aide humanitaire.

Au milieu de ce paysage complexe, les interventions des équipes de l’UJFP apparaissent comme un élément essentiel des efforts visant à atténuer la gravité de la crise. Ces équipes travaillent quotidiennement pour faire fonctionner des cuisines de campagne dans plusieurs sites accueillant un grand nombre de déplacés, notamment à Al-Mawasi de Khan Younès dans les camps d’Al-Fajr et d’Al-Sumoud, qui accueillent de nombreux agriculteurs ayant fui leurs villages de l’est de Khan Younès, ainsi que dans de vastes zones de Deir al-Balah, devenue un centre majeur d’accueil pour les personnes déplacées provenant de différentes régions de la bande de Gaza.

Dès les premières heures du matin, les équipes commencent leur travail, les denrées alimentaires disponibles sont rassemblées et préparées en grandes quantités afin de fournir des repas chauds à des milliers de personnes. La cuisinedevient une opération logistique complexe qui nécessite une coordination précise dans un contexte de pénurie de carburant, de hausse des prix des denrées et de difficultés de transport des approvisionnements. Malgré ces défis, les cuisines continuent de fonctionner chaque jour, car le besoin n’a jamais été aussi grand. Les familles qui arrivent aux points de distribution ont souvent attendu de longues heures. Certaines viennent de tentes éloignées dans les camps, tandis que d’autres parcourent de longues distances à pied.

Dans les camps d’Al-Fajr et d’Al-Sumoud à Al-Mawasi, près de Khan Younès, des centaines de familles se rassemblent autour des points de distribution à l’approche de midi. Les enfants portent de petits récipients ou des sacs en plastique, tandis que les adultes attendent dans des files organisées. La scène se répète chaque jour, pour de nombreuses familles, ces repas représentent la source d’alimentation de la journée. À Deir al-Balah, où se concentrent de nombreux déplacés venus de la ville de Gaza et du nord du territoire, le besoin de ces cuisines de campagne apparaît plus évident.

L’action humanitaire dans ces conditions constitue aussi un moyen de préserver la cohésion sociale au sein des camps. Lorsque les ressources deviennent rares, les tensions entre les habitants peuvent s’intensifier. Mais l’existence d’un système régulier de distribution de repas contribue à réduire cette pression et donne aux familles le sentiment qu’un soutien constant existe. Les enfants qui reçoivent chaque jour un repas chaud ont davantage de chances de maintenir une certaine stabilité sanitaire, et les mères ressentent moins d’inquiétude en sachant que leurs enfants auront suffisamment à manger. Quant aux personnes âgées et aux malades, qui ont du mal à chercher de la nourriture ou du carburant, ils dépendent largement de cette aide qui leur parvient directement dans les camps.

Les dons apportés par les soutiens de ces initiatives via l’UJFP sont directement transformés en denrées alimentaires, en carburant et en équipements nécessaires pour maintenir les cuisines en fonctionnement. Ces contributions peuvent sembler modestes en termes de chiffres, mais pour les familles qui dépendent de ces repas, elles représentent une véritable différence entre une journée remplie d’inquiétude et une journée où un certain sentiment de sécurité est possible. Gaza vit aujourd’hui un moment historique extrêmement complexe, où les effets du blocus prolongé se mêlent aux conséquences des guerres précédentes et aux répercussions du conflit régional en cours. Au cœur de cette réalité, les habitants continuent de chercher des moyens de préserver leur vie quotidienne malgré toutes les difficultés. D’une tente à l’autre, d’une file d’attente à l’autre, les histoires humaines continuent d’apparaître. Des mères tentent de protéger leurs enfants de la faim, des pères font leur possible pour assurer la subsistance de leurs familles, et des volontaires travaillent de longues heures dans les cuisines de campagne afin de préparer le plus grand nombre de repas.

Le repas devient un acte de solidarité, un outil de survie et un message affirmant que la société, malgré toutes les pressions qu’elle subit, reste capable de protéger ses membres les plus vulnérables. Ainsi, tandis que la guerre régionale continue de redessiner les contours d’une nouvelle phase d’instabilité au Moyen-Orient, les efforts humanitaires à Gaza demeurent la dernière ligne de défense pour maintenir la vie possible. Chaque assiette de nourriture distribuée, chaque cuisine de campagne qui continue de fonctionner, représente une tentative quotidienne de préserver la dignité humaine dans un lieu confronté à l’une des crises les plus difficiles de son histoire. »

Photos et vidéos des distributions de repas : aux familles du camp d’Al-Fajr / aux familles du camp d’Al-Hilal


Retrouvez l’ensemble des témoignages d’Abu Amir et Marsel :

*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l’Union Juive Française pour la Paix.
*Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l’enfance.
Tous les deux sont soutenus par l’UJFP en France.

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* Témoignages du 20 novembre 2023 au 5 janvier 2025 (partie 1 à 268)
* Témoignages du 5 janvier au 9 mai 2025 (partie 269 à 392)
* Témoignages du 10 mai au 5 octobre 2025 (partie 393 à 540)
* Témoignages du 6 octobre au 31 décembre 2025 (partie 541 à 614)
Pour participer à la collecte "Urgence Guerre à Gaza" : HelloAsso.com
Les témoignages sont publiés sur UJFP / Altermidi / Le Poing