Le choix entre la liberté et la mort : Pourquoi la résistance ne cherche pas la validation des passifs

Adnan Hmidan, 12 février 2026. – À une époque de profonds déséquilibres mondiaux, où la justice est bafouée et où la force prime sur le droit, une question se pose : la résistance est-elle un acte de folie et d’inconscience ? La victime doit-elle être tenue pour responsable de la rage de l’oppresseur ? Aujourd’hui, nous assistons à un discours qui cherche, consciemment ou non, à inverser la vérité ; où le défenseur de la patrie et de l’honneur est qualifié d’inconsidéré, tandis que l’agresseur brutal est présenté comme une réalité qu’il faut tolérer.

Palestine : La résistance comme mode de vie – Affiche (source

Dénigrer les victimes : Une complicité dans la perversion

Le principal manque de discernement que nous constatons aujourd’hui est la tentative de faire porter à la victime la responsabilité des atrocités qu’elle subit. Des commentateurs surgissent, analysant la scène avec une logique implacable, et demandant : « Pourquoi ont-ils provoqué l’ennemi ? Pourquoi se sont-ils attiré cette destruction ? » Un tel raisonnement n’est rien de moins qu’une complicité manifeste avec l’agresseur dans la perversion. Il n’en demeure pas moins que l’agresseur est seul responsable de son agression, et que l’occupant reste la source originelle de toute forme de violence ultérieure.

Tenter de rendre la victime responsable de sa propre ruine simplement parce qu’elle a choisi de dire non et de défier l’agresseur est une atteinte à la dignité humaine, avant même d’être une grave erreur politique. L’oppresseur n’a besoin d’aucun prétexte pour massacrer ; la stagnation n’apaise pas sa soif de sang, au contraire, la soumission l’alimente. Par conséquent, la logique qui exonère le couteau et blâme le cou appartient aux soumis ; à ceux qui s’illusionnent en pensant que la paix peut s’acheter à l’assassin par une simple inclinaison de la tête.

La résistance n’est pas le fruit d’un vote

Une autre illusion répandue est la nécessité d’un consensus ou d’une majorité pour décider de résister. Il faut dire les choses telles qu’elles sont, sans détour : la résistance n’est pas un choix démocratique, ni soumise aux caprices de la majorité dans les moments de crise, car le prix de la liberté est exorbitant et l’âme humaine est naturellement encline à la sécurité et à éviter le sacrifice.

La résistance est le choix d’une élite convaincue ; de ceux qui possèdent une dignité et une clairvoyance qui transcendent la douleur passagère pour bâtir un avenir de fierté. Si, à travers l’histoire, les prophètes, les réformateurs et les révolutionnaires avaient attendu un vote populaire avant de s’opposer à l’injustice, aucune terre n’aurait été libérée et aucune justice n’aurait triomphé. Les masses peuvent privilégier la sécurité, c’est leur droit, mais l’avant-garde trace la voie par sa conscience, et les autres ne suivent que lorsque la victoire se profile.

La résistance est le choix et le destin des nations qui refusent de disparaître. Elle ne dépend ni des statistiques ni des sondages d’opinion, car les nations ne sont pas consultées sur leur droit à l’existence ; elles exercent ce droit par des actions concrètes.

En quête de sagesse auprès des défaitistes

À chaque époque, une classe émerge qui excelle dans l’art de prodiguer des conseils de défaitisme. Ces individus revendiquent sagesse et objectivité tout en mettant en garde contre l’imprudence de s’opposer à une puissance invincible. Ils tentent de nous convaincre que se soumettre aux diktats de l’occupant relève du réalisme politique ou d’une manœuvre stratégique, et que se contenter des miettes d’une existence misérable vaut mieux que de se sacrifier pour la dignité.

Pourtant, l’histoire humaine démontre clairement qu’aucun peuple n’a conquis sa liberté face à la tyrannie en déposant une requête ou en la mendiant. Ni les Vietnamiens, ni les Algériens, ni aucun autre peuple tombé sous le joug du colonialisme et de la tyrannie. En vérité, la liberté et la dignité ne s’acquièrent que par la lutte et le sacrifice, et les droits ne sont rétablis que par la force. Dès lors, la prudence et la sagesse des soumis ne sont qu’un anesthésiant local destiné à atténuer la douleur de l’humiliation et un chemin menant à un esclavage éternel.

Inconscience ou héroïsme ?

Qualifier la résistance d’acte d’inconscience revient à la réduire à une simple question matérielle. Résister n’est pas un suicide, mais un acte de foi, une conviction absolue de la nécessité du sacrifice. On pourrait même affirmer que l’inconscience consiste à abandonner sa terre, ses droits, ses libertés et son peuple, tout en gardant le silence, sous l’illusion que ce silence vous protégera.

Une victime confrontée à son occupant, pleinement consciente de l’inégalité du rapport de force, n’est nullement inconséquente, mais profondément réaliste. Elle a compris que le prix de la soumission est un prix quotidien, bien supérieur à celui d’une confrontation directe, qui n’exige qu’un seul sacrifice.

La résistance comme acte moral et destin historique

Par essence, la résistance est un acte moral qui prend parti pour l’être humain contre la machine. C’est le cri qui rappelle au monde qu’il existe des âmes inaliénables. Lorsqu’un peuple choisit la voie de la résistance, il ne choisit pas la mort. Il choisit un mode de vie digne de la liberté.

Nous savons, bien sûr, que le chemin est long et le prix élevé. Le sang versé est le carburant qui alimente le chemin du retour pour les générations futures. Ironiquement, ceux qui blâment aujourd’hui la résistance pour la souffrance des victimes sont les mêmes qui, demain, se lèveront pour mener le défilé de la victoire, prétendant en avoir été les instigateurs.

Nul ne saurait mettre sur le même plan le bourreau et la victime, et nul défenseur de la liberté ne saurait soumettre sa décision aux diktats des vaincus. La résistance existe pour perdurer car l’occupant existe pour disparaître. C’est un fait incontestable, une nécessité existentielle.

Ceux qui croient que la soumission apportera la paix se trompent lourdement. La reddition ne fait qu’attiser la sauvagerie de l’ennemi. Quant à la résistance, aussi difficile et amère soit-elle, elle est le remède indispensable pour extirper le fléau de l’occupation, de la tyrannie et de l’oppression.

Le monde entier et l’histoire devraient savoir que ceux qui choisissent de vivre dans la dignité ne demandent la permission à personne et ne prêtent aucune attention aux cris des alarmistes. Car la liberté n’est pas offerte ; elle se conquiert par la force.

Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR