Partager la publication "Victoire pour Palestine Action : les « 6 de Filton » acquittés"
Asa Winstanley, 4 février 2026 – Six militants de Palestine Action, qui avaient pénétré par effraction dans une usine d’armement israélienne au Royaume-Uni, ont été acquittés de toutes les charges retenues contre eux.

Les militants de Palestine Action, Jordan Devlin, Charlotte Head, Zoe Rogers, Samuel Corner, Leona Kamio et Fatema Zainab Rajwani, posent pour la photo la veille de l’attaque d’une usine d’armement Elbit en août 2024. Comité de défense Filton 24
Les militants ont déclaré mercredi à The Electronic Intifada que ce résultat constituait une victoire « monumentale » et « totale ».
Après huit jours de délibérations en janvier et février, le jury a acquitté Charlotte Head, Samuel Corner, Leona Kamio, Fatema Zainab Rajwani, Zoe Rogers et Jordan Devlin de toutes les charges.
Cinq des six accusés ont été libérés sous caution mercredi soir (VIDEO).
Tous les six ont été déclarés non coupables de cambriolage aggravé, le chef d’accusation le plus grave, passible de la réclusion à perpétuité.
Les six militants avaient été arrêtés sur place en août 2024 et placés en détention provisoire pendant 17 mois. Ils étaient les premiers des 24 accusés à comparaître en justice pour l’invasion et la destruction d’une usine à Filton, près de Bristol, dans l’ouest de l’Angleterre. Cette usine appartenait à une filiale d’Elbit Systems, le plus grand fabricant d’armes israélien.
Parmi ces 24 accusés figuraient certains des prisonniers qui ont récemment entamé une grève de la faim.
Une fois à l’intérieur, le groupe a détruit des drones quadricoptères israéliens, fréquemment utilisés pour massacrer des Palestiniens à Gaza.
Lors du procès, Fatema Zainab Rajwani, acquittée (alors étudiante en troisième année de cinéma), a déclaré ouvertement : « J’ai endommagé des drones, c’était mon objectif.» Elle a commenté une vidéo présentée au tribunal, affirmant : « On me voit démonter un drone quadricoptère avec un pied-de-biche », et expliquant que le groupe souhaitait « documenter la présence de quadricoptères et les crimes d’Elbit ». Quatorze autres accusés ont été arrêtés par la redoutable police antiterroriste britannique lors de plusieurs raids violents menés à l’aube en novembre 2024 et en juillet de l’année dernière.
Une source de Palestine Action a indiqué mercredi à The Electronic Intifada que les 24 prisonniers restants de l’affaire Filton allaient faire appel pour être libérés sous caution.
Ces détenus peuvent généralement être maintenus en détention provisoire jusqu’à six mois avant leur procès. Cependant, la politisation et la campagne de « terrorisme » fallacieuse menée par le gouvernement contre le groupe – en collusion avec Israël – ont permis de maintenir les militants en détention provisoire jusqu’à 17 mois.
Non coupables
Outre l’acquittement pour le chef d’accusation le plus grave, le jury a acquitté Fatema Zainab Rajwani, Zoe Rogers et Jordan Devlin de troubles à l’ordre public avec violence. Il a refusé de condamner Charlotte Head, Samuel Corner et Leona Kamio pour le même chef d’accusation.
Samuel Corner a également été acquitté de « coups et blessures volontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail » pour avoir prétendument frappé un agent de police.
Point crucial, le jury a refusé de condamner les accusés pour dommages matériels.
Pourtant, cinq membres du groupe avaient admis devant le tribunal avoir détruit des armes et du matériel israéliens appartenant à Elbit dans l’usine.
Le fait que le jury n’ait pas pu parvenir à un verdict majoritaire sur certains chefs d’accusation moins graves signifie en théorie qu’il pourrait y avoir de nouveaux procès dans certains cas – bien que les chances de succès soient minimes.
C’est pourquoi le sixième accusé, Samuel Corner, n’a pas été immédiatement libéré sous caution mercredi. Le parquet a demandé au tribunal un délai supplémentaire pour décider s’il souhaitait demander un nouveau procès concernant l’accusation de coups et blessures volontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail. Selon une source au sein de Palestine Action, certains points relatifs aux informations soumises à des restrictions de publication par le juge lors de ce procès expliquent que le verdict obtenu soit le meilleur possible pour le groupe.
La source a déclaré que ce verdict représentait une « victoire totale » pour les six militants de Palestine Action.
La plupart des autres membres du groupe « 24 de Filton » sont détenus en détention provisoire depuis des mois, voire plus d’un an dans certains cas.
L’un d’eux, Sean Middlebrough, s’est toutefois évadé lors d’une permission de sortie en novembre dernier. Dans une déclaration exclusive à The Electronic Intifada, il a affirmé qu’il n’était pas en fuite, mais qu’il « refusait d’être détenu comme prisonnier de guerre d’Israël dans une prison britannique ».
Des ministres, comme l’ancienne ministre de l’Intérieur Yvette Cooper, ont tenté de dépeindre les militants de Filton comme des criminels violents ayant agressé un policier. La presse britannique, dans sa grande majorité, a docilement relayé ces allégations et insinuations. Mais lors du procès des « Filton 6 », les images des caméras corporelles présentées au jury – dont certaines sont visibles dans la vidéo ci-dessus – ont montré exactement le contraire : des agents de sécurité d’Elbit agressant apparemment les militants à coups de masse.
Le comité a détaillé le déroulement du procès.
Selon le comité, les verdicts ont démontré que « le jury n’a pas retenu la thèse de l’accusation selon laquelle les accusés seraient entrés dans l’usine d’armement Elbit avec l’intention d’utiliser les objets qu’ils transportaient comme armes ».
Le comité a indiqué que le jury avait au contraire « retenu l’argument de la défense, selon lequel la seule intention des accusés était d’utiliser les objets, notamment des masses, comme outils pour détruire les armes israéliennes… Le jury a compris que ce ne sont pas ceux qui détruisent les armes israéliennes qui sont coupables, mais bien celui qui utilise ces armes pour commettre un génocide à Gaza. »
Le procès a également révélé que des images avaient disparu de plusieurs caméras de vidéosurveillance internes d’Elbit, couvrant des angles clés, a précisé le comité. Les enregistrements des caméras corporelles des agents de sécurité avaient également été activés et désactivés à plusieurs reprises, et modifiés par Elbit.
Suffragettes du XXIe siècle
L’avocat de la défense, Rajiv Menon, a comparé les six accusés aux suffragettes – ces femmes qui revendiquaient le droit de vote. Au début du XXe siècle, les suffragettes étaient systématiquement qualifiées de « terroristes et d’extrémistes », même si « la réalité est bien sûr tout autre », a déclaré Menon.
L’avocat a également indiqué que le juge Jeremy Johnson avait tenté d’écarter les preuves concernant Elbit Systems et avait interrompu l’avocat de la défense lorsqu’il posait des questions sur le fabricant d’armes israélien.
Menon a affirmé que le juge « a restreint ce que les accusés ont été autorisés à vous dire… ce qu’ils savaient du rôle d’Elbit dans l’attaque israélienne contre Gaza. De ce fait, vous ignorez tout ce que les accusés savaient d’Elbit avant » d’intenter une action contre l’usine.
L’avocat a déclaré au jury qu’Elbit est une « multinationale de l’armement qui a joué un rôle crucial dans la mort de dizaines de milliers de Palestiniens ».
À la fin des débats, le juge a déclaré au jury que la « situation au Moyen-Orient » et les activités d’Elbit n’étaient « pas pertinentes » pour cette affaire et lui a ordonné de « suivre les instructions légales que je vous ai données et rien d’autre ». Le juge a également imposé plusieurs restrictions de publication concernant cette affaire. De ce fait, je ne suis toujours pas autorisé à divulguer certains détails ici.
Néanmoins, l’affaire ayant été jugée en audience publique, je suis en mesure de rapporter ce qui suit.
Au cours du procès, un juré a demandé s’il était permis d’acquitter les accusés car ces derniers croyaient sincèrement détruire des armes pour empêcher leur utilisation dans un génocide.
La réponse du juge fut négative.
Les procès des 24 autres prisonniers de Filton devraient avoir lieu ultérieurement.
Coup dur pour le Royaume-Uni et Israël
Clare Rogers, la mère de l’accusée Zoe Rogers et militante acharnée, a déclaré dans le communiqué du comité : « Ce sont six jeunes gens de conscience… Ils avaient tout essayé : marches, pétitions, lettres aux députés, campements… Ils estimaient n’avoir d’autre choix que d’agir eux-mêmes pour tenter de sauver le plus de vies possible.»
Ces verdicts constituent un revers cinglant pour le gouvernement britannique qui s’efforce de discréditer les militants pro-palestiniens en les qualifiant de criminels violents et de « terroristes ». En juillet dernier, la ministre de l’Intérieur a pris une décision controversée en interdisant Palestine Action, le qualifiant de groupe « terroriste ». C’était la première fois qu’un groupe de protestation non violent était mis hors la loi en vertu de la loi antiterroriste britannique draconienne de 2000.
Lisa Minerva Luxx, militante du Comité de défense des 24 de Filton, a critiqué le gouvernement pour avoir biaisé le procès : « Ce fut un procès médiatique. Yvette Cooper et le Premier ministre Keir Starmer ont sorti les preuves de leur contexte et les ont diffusées à la télévision et dans la presse à sensation du pays entier afin de justifier la désignation de Palestine Action comme organisation terroriste.»
Alors que le résultat du recours juridique contre cette interdiction est attendu d’ici une semaine, le verdict porte un sérieux coup à la crédibilité de cette interdiction.
Et ce, malgré les efforts considérables déployés par le gouvernement – et même par le système judiciaire – pour tenter de truquer cette affaire.
Cette affaire a également de graves conséquences pour le maintien du droit à un procès devant jury au Royaume-Uni. Le fait qu’un jury de leurs pairs ait acquitté ou refusé de condamner les six premiers accusés du procès des 24 de Filton démontre l’importance et le potentiel démocratique des procès devant jury.
C’est précisément pour ces raisons que le gouvernement britannique cherche à abolir, ou à restreindre considérablement, le droit au procès devant jury au Royaume-Uni. Le but de ces prétendues « réformes » semblent être précisément, pour une large part, de soutenir Israël et d’empêcher les jurés d’acquitter selon leur conscience.
Article original en anglais sur The Electronic Intifada / Traduction MR